L’écri­vain Dou­glas Ken­ne­dy se­ra à Cler­mont le 13 oc­tobre

Dans son der­nier livre, à la ma­nière de Mon­taigne, Dou­glas Ken­ne­dy se ra­conte jus­qu’à l’in­time, pour abor­der des ques­tions es­sen­tielles. Des his­toires uni­ver­selles en forme de « mémoires philosophiques ».

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Jean-Marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

MÉMOIRES PHILOSOPHIQUES. Dans son der­nier livre, D. Ken­ne­dy se ra­conte jus­qu’à l’in­time, pour abor­der des ques­tions es­sen­tielles.

Trump est le ré­sul­tat de beau­coup de frus­tra­tions du sys­tème amé­ri­cain

Re­con­nu comme un au­teur ma­jeur en France, l’écri­vain amé­ri­cain Dou­glas Ken­ne­dy pu­blie cette se­maine un livre sin­gu­lier. Toutes ces grandes ques­tions ­ sans ré­ponse n’est pas tout à fait un ro­man, il y évoque beau­coup ses sou­ve­nirs per­son­nels, voire in­times et des his­toires vé­cues par des proches. Des « mémoires philosophiques », re­ven­dique­t­il, au­tour de 7 ques­tions cru­ciales po­sées par la condi­tion hu­maine.

Du­rant l’in­ter­view, réa­li­sé en fran­çais, il glisse le CD de la Messe en si mi­neur de Bach dans la pla­tine. Dans la ver­sion di­ri­gée par John Eliot Gar­di­ner avec le Choeur Mon­ter­di, pré­cise­t­il. « Je ne suis pas croyant. La mu­sique clas­sique est mon église. »

Ce livre est un ob­jet in­clas­sable entre les Es­sais de Mon­taigne et les Con­fes­sions de saint Au­gus­tin ? En fait j’adore les deux ! Mon­taigne a été le pre­mier phi­lo­sophe exis­ten­tiel. Il a uti­li­sé sa vie pour illus­trer des idées philosophiques. C’est un mo­dèle pour moi. Ce livre n’est pas exac­te­ment une étude phi­lo­so­phique parce qu’il est très ac­ces­sible. Si j’uti­lise beau­coup d’as­pects de ma vie et les his­toires des autres, c’est pour don­ner un point de vue uni­ver­sel. Les lec­teurs me disent que ce livre fonc­tionne comme un mi­roir, ils y voient leurs propres di­lemmes aus­si. En tout cas, c’est mon es­poir !

La ma­tière de ce livre est pour­tant votre ma­té­riau ro­ma­nesque ha­bi­tuel. Tout à fait. Mais il offre aus­si des clés pour com­prendre mon oeuvre, et ce­la montre qu’un écri­vain uti­lise tout, même si ce n’est pas des choses im­mé­dia­te­ment au­to­bio­gra­phiques. Vol­taire a écrit dans Can­dide : « Il faut culti­ver son jar­din. » Chaque écri­vain a un jar­din et des thèmes constants.

Livre de la sa­gesse, de la soixan­taine ? J’es­père que j’ai une cer­taine sa­gesse de la vie. Avoir écrit sur toutes ces grandes ques­tions sans ré­ponse est peut être une forme de sa­gesse. Mais ces ques­tions res­tent pri­mor­diales. À 20 ans on ne voit pas les choses comme à 60. On a vé­cu une vie, on a été bles­sé, on a lut­té, on a com­pris qu’une vie, c’est un grand mé­lange de choses mal­veillantes, bien­veillantes et entre les deux. Un autre as­pect quand on a 61 ans, il faut pen­ser que c’est le der­nier tiers de notre vie. Si j’ai la chance de par­ve­nir jus­qu’à 90 ans ! J’adore vivre même si de temps en temps, c’est dif­fi­cile. Dif­fi­cile aus­si de se dire que dans trente ans, l’his­toire se­ra fi­nie.

Vous n’êtes pas croyant mais avez-vous des cer­ti­tudes ? Je n’ai pas de cer­ti­tude, au contraire, c’est le thème du livre. Je ne suis pas croyant mais je ne suis pas ab­so­lu­ment athée. L’idée qu’après la mort je vais ren­con­trer Dieu, Jé­sus, le Pa­ra­dis ou l’En­fer ne me pré­oc­cupe pas. Ce qui reste après ne m’in­té­resse pas. La vie, c’est main­te­nant. Et il faut en pro­fi­ter, c’est trop ra­pide.

Une hui­tième grande ques­tion : Trump ou Clin­ton ? Trump est un monstre. Un homme in­ca­pable d’être à la Mai­son Blanche. Mi­so­gyne, mi­san­thrope, ra­ciste, sans au­cune culture.

Que nous dit la po­pu­la­ri­té de Trump sur l’Amé­rique d’au­jourd’hui ? Il est po­pu­laire peut être pour 35 % de la po­pu­la­tion. Il y a des po­pu­listes par­tout. L’ombre de l’ex­trême droite est par­tout. Toutes les per­sonnes in­tel­li­gentes ont peur de Trump. Aux États Unis, 20 % de la po­pu­la­tion est très bien édu­quée. Ce­la fait 70 mil­lions de per­sonnes. C’est im­mense. Mais reste les autres 300 mil­lions. Trump est le ré­sul­tat de beau­coup de frus­tra­tions du sys­tème amé­ri­cain. De­puis les an­nées Re­gan, une large part de la classe moyenne sou­tient le can­di­dat du par­ti Ré­pu­bli­cain y com­pris en vo­tant contre ses propres in­té­rêts. Pour des rai­sons émo­tion­nelles, de dra­peau, de pa­trio­tisme, contre les élites de la côte Est ou de la côte Ouest…

Vous en­ga­gez-vous contre Trump ? Oui. Contre le par­ti Ré­pu­bli­cain de­ve­nu le par­ti des plou­to­crates, néo­chré­tiens, spé­cu­la­teurs, des hy­per­con­ser­va­teurs sur les ques­tions so­ciales. Je vis dans le monde en­tier. Je suis très pro­gres­siste. Je crois en une éco­no­mie li­bé­rale mais dans une dé­mo­cra­tie so­ciale. Je pense que c’est pos­sible.

La France aus­si est-elle en train de chan­ger ? La France a été bles­sée par les at­ten­tats, mais elle reste la France. J’es­père qu’elle va res­ter une so­cié­té ou­verte et pro­gres­siste. J’aime la France et je lui suis si re­con­nais­sant de mon suc­cès ici. Et vive la France !

DOU­GLAS KEN­NE­DY. Ci­tant Sa­muel But­ler : « Vivre, c’est jouer du vio­lon en pu­blic en ap­pre­nant à maî­tri­ser l’ins­tru­ment au fur et à me­sure. » PH

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