La moi­tié des oi­seaux d’Auvergne en liste rouge

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - GRAND ANGLE - Anne Bourges anne.bourges@cen­tre­france.com

Presque la moi­tié des es­pèces d’oi­seaux ni­cheurs ou hi­ver­nants en Auvergne est me­na­cée. Qua­torze ont même dis­pa­ru du ter­ri­toire. Mais cer­taines po­pu­la­tions vul­né­rables ont une dy­na­mique en­cou­ra­geante.

La nou­velle liste rouge des oi­seaux d’Auvergne vient d’être pu­bliée : 49,1 % des ni­cheurs sont me­na­cés à dif­fé­rents ni­veaux sur les quatre dé­par­te­ments étu­diés par la Ligue pour la pro­tec­tion des oi­seaux (LPO) Auvergne en­tou­rée d’ex­perts (1).

Ten­dance gé­né­rale. 1 Presque une es­pèce sur deux est me­na­cée : c’est énorme. « Mal­gré la re­la­tive pré­ser­va­tion des ha­bi­tats de moyenne mon­tagne par rap­port à d’autres ré­gions, l’avi­faune de l’Auvergne est glo­ba­le­ment me­na­cée. »

Mais Pierre Tour­ret et Da­vid Happe, re­pré­sen­tant la LPO et la Dreal Auvergne, ne sont pas aus­si alar­mistes que l’on pour­rait s’y at­tendre. Ils rap­pellent que l’échelle de l’an­cienne ré­gion est pe­tite. Et que l’Auvergne est en­core loin du « no birds’land », avec des es­paces as­sez pré­ser­vés. « D’une ma­nière gé­né­rale, et mal­gré leur dé­clin ac­tuel, cer­taines es­pèces me­na­cées sont en­core bien re­pré­sen­tées en Auvergne par rap­port au reste de la France ». Le rap­port rap­pelle le cas « d’es­pèces qui ont dis­pa­ru de plaine où y sont de­ve­nues rares, mais ont trou­vé re­fuge dans les es­paces her­ba­cés de moyenne mon­tagne ». Mais la ten­dance est à la ré­gres­sion de ces der­niers re­fuges, d’où la vul­né­ra­bi­li­té de groupes en­core bien re­pré­sen­tés en Auvergne.

Les deux spé­cia­listes évoquent en­fin la dy­na­mique po­si­tive ob­ser­vée dans les po­pu­la­tions pro­té­gées par la loi de 1976. En si­tua­tion cri­tique au­tre­fois, fau­con pè­le­rin et grand duc sont des exemples en­cou­ra­geants.

Qua­torze es­pèces dis­pa­rues. 2 Adieu alouette ca­lan­drelle, bous­carde de cet­ti, fau­vettes pas­se­ri­nette ou pit­chou, gor­ge­bleue à mi­roir, etc. D’ailleurs, qui sait en­core que le grand té­tras ni­chait au­tre­fois en Auvergne ?

Les der­niers co­che­vis hup­pés ne viennent plus : cette pe­tite alouette qui fré­quen­tait les pe­louses rases de plaine a quit­té le sec­teur du stade de SaintPour­çain­sur­Sioule, son der­nier bas­tion. Et pour l’ou­tarde ca­ne­pe­tière, on a vu les der­niers nids sur Chan­telle avant 2000.

Dix-sept es­pèces en 3 « dan­ger cri­tique ». Ce­la fait un peu plus de 10 % des oi­seaux ni­cheurs d’Auvergne. Sa­chant que « quatre ont peut­être dé­jà dis­pa­ru : le blon­gios nain, le hé­ron pour­pré, la gé­li­notte des bois et la fau­vette or­phée ». Le rap­port sou­ligne aus­si que sept de ces es­pèces en dan­ger cri­tique chez nous sont en­core chas­sées.

Les es­pèces me­na­cées ne sont pas tou­jours spec­ta­cu­laires. Ce sont par­fois des oi­seaux fa­mi­liers que l’on n’ima­gine pas dis­pa­raître. Grives, bu­sards, ta­riers des prés, moi­neaux fri­quets ou soul­cie. Leurs po­pu­la­tions s’étriquent en si­lence. Même la mouette rieuse, com­mune ailleurs, a presque dis­pa­ru d’Auvergne où la ges­tion des pièces d’eau ne lui per­met plus de ni­cher. Elle était pour­tant abon­dante de la So­logne bour­bon­naise, jus­qu’à la pla­nèze de Saint­Flour en pas­sant par les la­gu­nages agri­coles.

Les me­naces. La dé­pri5 se agri­cole, l’in­ten­si­fi­ca­tion des modes de pro­duc­tion gagnent la moyenne mon­tagne, et les es­pèces qui dé­pendent de ces agro­sys­tèmes her­ba­gers se fra­gi­lisent (lire par ailleurs). De la même ma­nière, « chê­naies de plaine et hê­traies, sa­pi­nières de mon­tagne connaissent presque par­tout une in­ten­si­fi­ca­tion de l’ex­ploi­ta­tion ». Même ré­sul­tat.

Pa­ral­lè­le­ment à ces pres­sions, les ha­bi­tats in­ter­mé­diaires (ter­rasses culti­vées, ver­gers et vignes) sont aban­don­nés, pen­dant que l’ur­ba­ni­sa­tion « a pro­gres­sé ra­pi­de­ment au­tour des grandes voies ».

Pierre Tour­ret rap­pelle en­fin l’im­pact des trai­te­ments aux bio­cides : « l’exemple le plus ca­ri­ca­tu­ral en étant l’uti­li­sa­tion de la bro­ma­dio­lone ». Ils re­ten­tissent sur tout un cor­tège d’es­pèces en re­mon­tant les chaînes ali­men­taires de l’avi­faune.

« Des­truc­tion des zones hu­mides, drai­nage et ir­ri­ga­tion, chan­ge­ment cli­ma­tique, sont au­tant de me­naces pas­sées, pré­sentes et fu­tures qui af­fectent de fa­çon pro­fonde la ma­jo­ri­té des es­pèces ni­cheuses en Auvergne. »

(1) La liste a été confiée par la Dreal Auvergne à la LPO (avec : DDT 63, VetA­gro Sup, Con­seil scien­ti­fique ré­gio­nal du pa­tri­moine na­tu­rel, ONF, Parc na­tio­nal ré­gio­nal des Vol­cans d’Auvergne, Fé­dé­ra­tion des chas­seurs 63) dans le cadre de la ré­vi­sion des listes rouges en­ga­gée en 2011.

(2) Sur 194 es­pèces, dix­sept ne sont pas concer­nées par la liste : in­tro­duites (6), oc­ca­sion­nel­le­ment ni­cheuses (10), trop ré­centes (1).

GUÊPIERS D’EUROPE. Vul­né­rable, ce très bel oi­seau de la taille d’un merle en­chante les an­ciennes sa­blières, les gra­vières, fa­laises d’ébou­lis et berges sa­blon­neuses… Bref, des ha­bi­tats fra­gi­li­sés en Auvergne comme presque par­tout en France. Son ré­gime in­sec­ti­vore le rend aus­si par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible aux mu­ta­tions agri­coles qui pé­na­lisent la bio­di­ver­si­té or­di­naire. Seu­le­ment 67 des 194 es­pèces d’oi­seaux hi­ver­nants, ni­chant ou ayant ni­ché en Auvergne, ne sont pas me­na­cées. PHOTO FRANCIS JOURNEAUX

4 Soixante-deux en dan­ger ou vul­né­rables.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.