Au ver­dict, le condam­né à mort s’éva­nouit

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - ABOLITION DE LA PEINE DE MORT -

Une veille de Noël, non loin de Saint-Sauves-d’Auvergne (Puy-de-Dôme).

Il est près de 21 heures. Dans sa mai­son­nette, le garde­bar­rière du pas­sage à ni­veau 293 dort, comme ses quatre en­fants, dont le plus jeune n’a que quelques mois. Sa femme est dans la cui­sine quand les trois hommes qui avaient de­man­dé à ache­ter du miel et du beurre dans la soi­rée re­viennent à la charge. Le reste de­meure né­bu­leux. Ce qui est cer­tain, c’est que le couple est re­trou­vé mort par leur fille le len­de­main ma­tin. Leurs corps sont cri­blés de balles. Trois hommes, qui avaient été vus ro­dant dans les pa­rages, sont ar­rê­tés. L’un d’eux, Ma­ha­moud Ti­gher­mine, 36 ans, a tra­ vaillé à la ré­fec­tion de la voie fer­rée, entre La­queuille et Le Mont­Dore, quelques se­maines plus tôt. Sous les ordres du garde­bar­rière, Jean­Ma­rie Cas­sagne.

L’ombre de l’écha­faud

À la fin du chan­tier, il était ren­tré à Pa­ris. Avant de re­ve­nir le 23 dé­cembre, ac­com­pa­gné de deux hommes, Mou­loud Mas­saoui, 30 ans, mi­neur et Mou­loud Bel­ka­di, 22 ans, plâ­trier­peintre ve­nus, avec lui, « cher­cher du tra­vail à la mine » de Mes­seix. Ou faire du mar­ché noir. Ils ne fe­ront rien de ce­la.

Le 30 oc­tobre 1949, les trois hommes sont ju­gés par la cour d’As­sises de Riom. Ils s’ac­cusent l’un l’autre des meurtres des époux Cas­sagne.

Ti­gher­mine, qui a avoué les crimes pen­dant l’en­quête, avant de se ré­trac­ter, est condam­né à mort. Ses co­ac­cu­sés, au bé­né­fice de cir­cons­tances at­té­nuantes, sont condam­nés aux tra­vaux for­cés à per­pé­tui­té. À l’énon­cé du ver­dict, Ti­gher­mine s’éva­nouit. Les gardes ne par­viennent pas à le ré­ani­mer. Le jour­na­liste de La Mon­tagne, Jean Bar­bat, écrit « après avoir abat­tu sans fai­blir ses deux vic­times, Ti­gher­mine s’est mon­tré lâche de­vant l’ombre de l’écha­faud ».

Tan­dis que la peine de Bel­ka­di se­ra re­vue à la baisse (vingt an­nées de tra­vaux for­cés), Ti­gher­mine se­ra exé­cu­té le 15 mars 1950 dans l’en­ceinte de la pri­son de Riom. Il se­ra der­nier guillo­ti­né du dé­par­te­ment.

ACCUSÉ. Ti­gher­mine est le der­nier condam­né à mort exé­cu­té dans le Puy-de-Dôme. DESSIN HENRI FOURNERIE ---ARCHIVES LA MON­TAGNE--

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