Etienne Clé­men­tel, un Rio­mois ou­blié ?

Des cher­cheurs fran­çais oeuvrent pour rap­pe­ler son im­por­tance dans l’his­toire de la IIIe Ré­pu­blique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - PUY-DE-DÔME - Fran­çois Des­noyers

Il fut l’homme clé du front éco­no­mique du­rant la Grande Guerre. Mal­gré ce rôle cen­tral, le Puy­dô­mois Etienne Clé­men­tel n’oc­cupe pas une place de pre­mier plan dans la mé­moire col­lec­tive. Une équipe de cher­cheurs fran­çais oeuvre pour rap­pe­ler son im­por­tance dans l’his­toire de la IIIe Ré­pu­blique.

En 1921, la salle des ma­riages de l’hô­tel de ville de Riom re­çoit un nou­veau dé­cor, dû à Eu­gène Mo­rand. Un autre ar­tiste, Etienne Clé­men­tel, réa­lise les des­susde­porte. Ce n’est pas n’im­porte quel ar­tiste : le peintre est éga­le­ment le maire de la com­mune, un ra­di­cal sé­na­teur et pré­sident du Con­seil gé­né­ral du Puy­deDôme. C’est alors l’homme fort du dé­par­te­ment. Seul le so­cia­liste Alexandre Va­renne (fon­da­teur du jour­nal La Mon­tagne, ndlr) peut alors ri­va­li­ser avec lui.

No­taire à Riom en 1889 puis mi­nistre du Com­merce

Clé­men­tel est por­té par des centres d’in­té­rêts mul­tiples, tout à la fois prêt à réa­li­ser des oeuvres pour agré­men­ter sa mai­rie et, dans le même temps, en­ga­gé dans des com­bats po­li­tiques de pre­mier plan à Pa­ris. C’est éga­le­ment un homme qui a mar­qué son temps de son em­prunte. « Une per­son­na­li­té qui illustre par­fai­te­ment ce que la IIIe Ré­pu­blique a pu don­ner de mieux », ré­sume Éric Bus­sière, pro­fes­seur à l’Uni­ver­si­té Pa­ris IV­Sor­bonne. Et c’est en­fin un homme dont les his­to­riens qui l’ont étu­dié es­timent qu’il est par trop tom­bé dans un ou­bli re­la­tif. C’est ce qui ex­plique, entre autres, la dé­marche en­tre­prise par sa pe­tite­fille, Ma­rieCh­ris­tine Kess­ler, di­rec­trice émé­rite de re­cherche au CNRS : consti­tuer un groupe de tra­vail plu­ri­dis­ci­pli­naire pour étu­dier la per­sonne d’Étienne Clé­men­tel. L’ob­jec­tif est la pu­bli­ca­tion d’un ou­vrage au pre­mier tri­mestre 2018.

Un col­loque d’étape a été l’oc­ca­sion cette se­maine, dans les murs de la Sor­bonne, de don­ner à voir l’éten­due des re­cherches qui ont été me­nées jus­qu’alors. La jour­née a per­mis de prendre la me­sure du rôle de pre­mier plan qu’a joué le po­li­tique au­ver­gnat, tout par­ti­cu­liè­re­ment dans les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dé du­rant la Grande Guerre. Au dé­but du XXe siècle, Étienne Clé­men­tel a en ef­fet connu une as­cen­sion ra­pide.

Né en 1864, no­taire à Riom en 1889, il rem­porte plu­sieurs suf­frages, ac­cède à l’As­sem­blée na­tio­nale, puis entre dans dif­fé­rents mi­nis­tères. Il s’im­pose comme un fin connais­seur du bud­get de l’État, ce qui lui vaut de di­ri­ger la com­mis­sion des Fi­nances à la Chambre (19141915). Sur­tout, il se voit confier, entre 1915 et 1919, par plu­sieurs gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs, un grand mi­nis­tère du Com­merce et de l’In­dus­trie.

Clé­men­tel in­vente le chèque pos­tal

« Du­rant la guerre, il y avait le front, mais aus­si le front éco­no­mique, et c’est lui qui a me­né ce der­nier de ma­nière très ef­fi­cace », ex­plique Ma­rie­Ch­ris­tine Kess­ler. Il est alors au som­met de sa car­rière. « Il va exer­cer le rôle im­pli­cite de mi­nistre de l’Éco­no­mie na­tio­nale char­gé de la vie des ci­vils », in­dique Guy Rousseau, pro­fes­seur d’his­toire ho­no­raire en khâgne au ly­cée Blaise­Pas­cal, à Cler­montFer­rand. Clé­men­tel va alors or­ga­ni­ser la vie éco­no­mique : ra­vi­taille­ment des ci­vils, co­or­di­na­tion des im­por­ta­tions et des ex­por­ta­tions, né­go­cia­tions d’ac­cords éco­no­miques in­ter­al­liés. Mais, comme le sou­ligne Clo­tilde Druelle­Korn, maître de confé­rence à l’Uni­ver­si­té de Li­moges, il va dans le même temps « conce­voir la mo­der­ni­sa­tion éco­no­mique de la France pour l’après­guerre ».

Par­mi ses réa­li­sa­tions fi­gure no­tam­ment la créa­tion du chèque pos­tal, « ap­pe­lé à un grand dé­ve­lop­pe­ment dès 1918 dans un temps où les es­pèces nu­mé­raires sont rares. ».

Après la vic­toire, il joue « un rôle émi­nent dans la pré­pa­ra­tion des trai­tés de paix », rap­pelle Guy Rousseau. On re­trouve Clé­men­tel en 1924­1925 dans le « Car­tel des gauches » dont il dé­mis­sionne. Puis, en 1929, il tente sans suc­cès de fon­der un gou­ver­ne­ment, voyant du même coup le poste de pré­sident du Con­seil lui échap­per.

Il reste très at­ta­ché à l’Auvergne et à Riom

Du­rant toutes ces an­nées, l’homme reste pro­fon­dé­ment at­ta­ché à son Auvergne. Un at­ta­che­ment qu’il a dé­mon­tré par de nom­breuses ini­tia­tives de na­ture po­li­tique (en fa­veur du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et ur­ba­nis­tique de Riom no­tam­ment), mais éga­le­ment ar­tis­tique. Il a peint à nombre de re­prises les pay­sages de son ter­roir d’ori­gine, il les a éga­le­ment beau­coup pho­to­gra­phiés.

Et puis on lui doit aus­si une oeuvre mé­con­nue : le li­vret d’un opé­ra de 1933 nom­mé… Ver­cin­gé­to­rix. En­fant de ce ter­ri­toire ar­verne que tous deux ont ché­ri, Clé­men­tel voyait en lui une fi­gure ré­fé­ren­tielle.

« Clé­men­tel va exer­cer le rôle im­pli­cite de mi­nistre de l’Éco­no­mie na­tio­nale char­gé de la vie des ci­vils » GUY ROUSSEAU. Pro­fes­seur d’his­toire ho­no­raire en khâgne au ly­cée Blaise-Pas­cal à Cler­mont Clé­men­tel va « conce­voir la mo­der­ni­sa­tion éco­no­mique de la France pour l’après­guerre »

MÉ­MOIRE. La pe­tite-fille d’Eu­gène Clé­men­tel, Ma­rie-Ch­ris­tine Kess­ler, di­rec­trice émé­rite de re­cherche au CNRS, a sou­hai­té consti­tuer un groupe de tra­vail plu­ri­dis­ci­pli­naire pour étu­dier la per­sonne d’Etienne Clé­men­tel en vue de la pu­bli­ca­tion d’un ou­vrage au pre­mier tri­mestre 2018.

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