« Le pu­blic aime se foutre de moi »

Po­pu­laire, comme les bals qu’il chan­tait dans les an­nées 1970, Mi­chel Sar­dou pour­suit sa car­rière, tou­jours sous les pro­jec­teurs. Mais pour l’heure, il pri­vi­lé­gie les planches aux salles de concert avec Re­pré­sailles.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

Il est – très – connu pour ses prises de po­si­tion, son franc­par­ler. Alors il le dit sans dé­tour : il adore le théâtre ! Et parce qu’il est bien sur scène, il est même prêt à par­ta­ger le de­vant de celle­ci. No­tam­ment avec Ma­rieAnne Cha­zel, avec qui il forme un couple dans la tour­mente pour Re­pré­sailles, une pièce si­gnée Éric As­sous, ac­cueillie avec en­thou­siasme sur la scène pa­ri­sienne. Le duo d’ac­teurs s’ap­prête à prendre la route pour une longue tour­née. Il pas­se­ra à Au­rillac, au Prisme, le 15 oc­tobre. Ren­contre avec Mi­chel Sar­dou.

Avec Re­pré­sailles, c’est la deuxième fois que vous mon­tez sur les planches pour por­ter les mots d’Éric As­sous. Mais on ne peut pas dire qu’il vous fasse un ca­deau… Le rôle de Francis est ce­lui d’un in­fi­dèle, d’un men­teur. Ça ne vous a pas re­froi­di ? Au contraire ! Éric As­sous me connaît très bien. Il sait ce que j’aime jouer, le genre de rôle qui me va et dans le­quel le pu­blic va ai­mer me re­trou­ver. C’est in­va­ria­ble­ment un rôle où je n’au­rai jus­te­ment pas le beau rôle : un rôle où je se­rai ri­di­cule. Dans Re­pré­sailles, j’in­ter­prète un mec qui ment beau­coup, qui se goure dans ses men­songes. J’ai tout du sale type, oui. Dans cette pièce, Ma­rie­Anne Cha­zel me coince, elle me tor­chonne. Le pu­blic aime ça : il aime se foutre de moi. Et moi ? Je crois que je suis très content de faire plai­sir au pu­blic, de lui don­ner ce qu’il veut.

Alors c’est vrai ? Vous avez ac­cep­té tout de suite ce rôle plu­tôt in­grat du « sa­laud de ser­vice » ? Ah oui ! J’ai une lec­ture as­sez simple des scripts que je re­çois. Je dois rire ra­pi­de­ment. Il faut que ça m’em­balle dans les pre­miers ins­tants. Je dé­teste ces his­toires où les in­trigues sont ins­tal­lées sur des di­zaines de pages, où on ne com­prend pas où on veut en ve­nir avant la moi­tié de la pièce… Là, je me sou­viens avoir ri et être sûr de vou­loir faire la pièce dès la cin­quième page. Éric As­sous a cette écri­ture, comme celle de Jean Poi­ret : une vi­va­ci­té, un sens co­ mique pré­cis. Donc je ne pou­vais que dire oui.

C’est la troi­sième fois que vous jouez le ma­ri de Ma­rieAnne Cha­zel. Vous êtes dé­jà ce qu’on peut ap­pe­ler un vieux couple… Si vous de­viez la trom­per et voir Ro­sa­lie être in­ter­pré­tée par une autre ac­trice, qui se­rait-ce ? Je pré­fère ne pas y pen­ser ! Je suis trop bien avec Ma­rie­Anne : je me sens en sé­cu­ri­té, ras­su­ré. On se com­plète très bien sur scène. J’ai joué avec d’autres jeunes co­mé­diennes. J’ai des noms en tête. Mais avec Ma­rie­Anne, nous for­mons un couple cré­dible : ça fonc­tionne. Alors je n’ai pas en­vie d’en chan­ger. Je n’y pense pas !

Vous avez dé­cla­ré il y a quelques mois que le théâtre vous in­té­res­sait plus que la chan­son. C’est tou­jours ce

C’est un tout pe­tit peu plus com­plexe que ça… Le théâtre et la chan­son, c’est sem­blable… mais dif­fé­rent. C’est­à­dire que la dis­ci­pline du théâtre est beau­coup plus dure que la dis­ci­pline de la chan­son. Sur scène, cette co­mé­die de­mande un rythme très sou­te­nu. Vous ne pou­vez pas jouer ce genre de pièce en ra­len­tis­sant. Si vous ra­len­tis­sez le tem­po, c’est fi­ni, plus per­sonne ne rit. Ça ne fonc­tionne que sur les nerfs, sur l’éner­gie. Pour la chan­son, je fais mon rythme. C’est moi le res­pon­sable, c’est moi le pa­tron. Au théâtre, j’ai des par­te­naires, j’ai un texte, qui n’est pas de moi, et qu’il faut que je res­pecte. Si ja­mais un soir je ra­len­tis­sais, Ma­rie­Anne me bot­te­rait les fesses… Là Re­pré­sailles

en sor­tant de scène, les soirs, j’ai mal dans les os, j’ai mal par­tout. Quand je sors d’un tour de chant, je bois un coup, je me re­pose un pe­tit peu et puis je vais au res­to. Mais là, en ce mo­ment, pour le théâtre, dès que je sors de scène je vais me cou­cher. Ça es­sore !

et vous pré­fé­rez donc ce rythme ef­fré­né, exi­geant, très dur ? Eh oui. C’est phy­sique et c’est une dis­ci­pline for­mi­dable. Si je dois re­tour­ner au chant, ça va me ser­vir, cette ri­gueur.

Donc le pro­jet de chan­ter à nou­veau, d’ima­gi­ner une autre tour­née, reste dans votre tête ? Nor­ma­le­ment oui. Tout va dé­pendre de moi. En fait j’ai eu une grave ma­la­die à la gorge. Je me suis fait opé­rer. Pen­dant quelques an­nées je n’ai pas pu chan­ter. Par­ler oui, mais chan­ter non. J’ai une tes­si­ture de té­nor. Je peux mon­ter très haut. Mais au­jourd’hui j’ai 69 ans. Alors je cours moins vite et je grimpe moins haut. Après cette tour­née, pour Re­pré­sailles, je vais prendre des cours avec un pro­fes­seur du conser­va­toire qui s’oc­cupe des chan­teurs clas­siques. Elle, elle va me dire « Tu peux y al­ler six soirs par se­maine pen­dant 2 heures et de­mie ». Ou pas. Si elle es­time que je peux y al­ler, je signe et on y va.

Bon, pour l’heure, vous êtes à l’af­fiche de Re­pré­sailles. Se­lon vous, quelles se­raient les pires re­pré­sailles qu’on pour­rait exer­cer sur vous au­jourd’hui, Mi­chel Sar­dou ?

Ça se­rait de m’en­le­ver ma femme. Je ne vou­drais ja­mais com­mettre une er­reur qui ris­que­rait de la faire s’en al­ler. J’ai le bon­heur d’avoir une femme ex­tra­or­di­naire, qui me sou­tient, qui me conseille, qui a du charme. Qui a tout pour elle. Si je la per­dais, je se­rais com­plè­te­ment pau­mé. La perdre se­rait la pire des re­pré­sailles. Le reste, je m’en fous.

Et vous, vous êtes re­van­chard, ran­cu­nier ?

Oh non, je ne suis pas ran­cu­nier ! Je ne suis pas tou­jours fa­cile. Mais je n’ai pas de ran­cune et je ne fais pas dans les coups bas. Je ne pré­pare pas de ven­geance par­der­rière. Si j’ai un sou­ci avec quel­qu’un, je m’ex­plique les yeux dans les yeux, de ma­nière loyale.

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