Mains dans le cam­bouis

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

En ces temps hau­te­ment po­li­tiques, tout le monde a sa pe­tite idée du sort qu’on de­vrait ré­ser­ver aux institutions. Le sé­na­teur so­cia­liste Gaë­tan Gorce peut tou­te­fois se van­ter d’y ré­flé­chir « de­puis plu­sieurs an­nées » et vient de pu­blier un rap­port.

Opé­ra­tion « sau­vons les institutions fran­çaises » ces der­niers temps. Les uns veulent la peau du Pre­mier mi­nistre, d’autres, in­tro­duire une dose de pro­por­tion­nelle à l’As­sem­blée, d’autres en­core se dé­mènent contre les cu­mu­lards de man­dats. Gaë­tan Gorce, lui, mi­lite pour un retour au sep­ten­nat, non re­nou­ve­lable, et pour un vote obli­ga­toire avec bul­le­tins blancs comp­ta­bi­li­sés.

Fin sep­tembre, le sé­na­teur so­cia­liste de la Nièvre pre­nait lui­même la dé­ci­sion de dif­fu­ser un rap­port sur la ré­forme des institutions (que le Sé­nat, faute de consen­sus, au­rait ran­gé dans un ti­roir) sur le­quel il plan­chait de­puis l’au­tomne avec d’autres col­lègues. Quelques pro­po­si­tions donc des­ti­nées à re­boos­ter la Ve Ré­pu­blique, à re­don­ner un « se­cond souffle » à ses institutions.

Un pré­sident dé­ta­ché du quo­ti­dien

Car, chez lui, pas ques­tion de bas­cu­ler dans une VIe Ré­pu­blique. Tout n’est pas à je­ter dans ces bonnes vieilles institutions, « bâ­ties en pleine guerre d’Al­gé­rie ». Des institutions dont les « prin­cipes res­tent va­lables », es­time le sé­na­teur, qui in­cri­mine da­van­tage la « dé­rive des pra­tiques de la Ve Ré­pu­blique» vers une«hy­per­pré si den­tia lis ati on, ac­cen­tuée qui plus est parle quin­quen­nat » et les jeux de ca­len­drier élec­to­ral. « Il faut que le pré­sident se dé­tache du quo­ti­dien, qu’il re­prenne de la hau­teur. Il doit re­vê­tir ce rôle d’ar­bitre, de sage, de vi­gie, que lui don­nait la Ve Ré­pu­blique. Il est là pour don­ner un cap au pays. Or, ce­la ne peut pas se faire en ayant les mains dans le cam­bouis », com­mente l’élu ni­ver­nais qui re­grette d’avoir vu et de voir des pré­si­dents comme Ni­co­las Sar­ko­zy ou Fran­çois Hol­lande « in­ter­ve­nir sur tous les su­jets ». « Les pro­blèmes du quo­ti­dien, la vi­tesse, c’est d’abord le rôle du gou­ver­ne­ment et du Pre­mier mi­nistre. » Le pré­sident ne peut as­su­rer ce rôle, se­lon Gaë­tan Gorce, que dans la du­rée. Donc retour au sep­ten­nat, mais non re­nou­ve­lable, pour « le dé­li­vrer du sou­ci de sa ré­élec­tion ».

Gaë­tan Gorce ne se fait pas trop d’illu­sions non plus. « On a ma­ni­fes­te­ment un pro­blème de dys­fonc­tion­ne­ment de notre dé­mo­cra­tie que l’on ne va pas ré­soudre juste avec une re­fonte des institutions. Mais ça peut y contri­buer ! »

Il faut aus­si, se­lon lui, que les élus se res­sai­sissent. « La gauche et la droite ne savent plus se dé­fi­nir. Leur dis­cours est am­bi­gu, confus. Or, si elles n’as­sument plus leurs spé­ci­fi­ci­tés, la po­li­tique s’af­fai­blit. Il faut que chaque camp re­trouve ses fon­da­men­taux. » Le sé­na­teur se dit très cri­tique à l’égard de par­tis qui se sont sclé­ro­sés, mais sont ca­pables de se ré­gé­né­rer « en re­par­tant de la base » : « Il faut plus que ja­mais dé­cen­tra­li­ser au plus près du ter­rain », pro­pose l’élu de la Nièvre, qui a dé­bu­té au PS à 16 ans et re­grette cer­tains éga­re­ments ac­tuels. « Le sens de l’in­té­rêt pu­blic, le sou­ci de l’in­té­rêt gé­né­ral, la force de convic­tion sont au­tant de ver­tus à re­trou­ver. Pour moi, la po­li­tique, c’est un sa­cer­doce, et non l’as­sou­vis­se­ment d’une am­bi­tion per­son­nelle. » Que per­sonne ne se sente vi­sé…

« La gauche et la droite ne savent plus se dé­fi­nir »

GAË­TAN GORCE. « La gauche doit res­ter du cô­té des per­dants de la so­cié­té, de la mon­dia­li­sa­tion… ». PHOTO FRÉ­DÉ­RIC LONJON

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