Quand l’im­pôt mo­di­fiait les fa­çades en ville

Re­dé­cou­verte des par­ti­cu­la­ri­tés ar­chi­tec­tu­rales de la ville

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - CLERMONT VIVRE SA VILLE - Pierre-Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Les im­pôts fon­ciers sont vieux comme le monde… ou presque, mais une taxa­tion vo­tée en 1798 a eu des consé­quences in­at­ten­dues sur la ville…

Les pou­voirs en place ont de tout temps cher­cher à le­ver l’im­pôt. Les an­ciens Ro­mains ont même in­ven­té un im­pôt sur la for­tune avant la lettre ! Dé­nom­mé os­tia­rium, il taxait les portes alors que ce­lui dé­nom­mé co­lum­na­rium comp­tait le nombre des co­lonnes dans les édi­fices pour cal­cu­ler la taxe...

La ver­sion « mo­derne » de cet im­pôt a été mise en place en France par le Di­rec­toire, pen­dant la Ré­vo­lu­tion, le 24 no­vembre 1798. Il fai­sait par­tie des « quatre vieilles » contri­bu­tions di­rectes, avec la contri­bu­tion fon­cière, la mo­bi­lière et la contri­bu­tion des pa­tentes, toutes trois pro­mul­guées au dé­but de la Ré­vo­lu­tion. Son as­siette était éta­blie sur le nombre et la taille des portes et fe­nêtres !

Il ne tou­chait pas les ou­ver­tures des bâ­ti­ments agri­coles, ni les ou­ver­tures des­ti­nées à aé­rer les caves ou pra­ti­quées dans les toits. Comme tou­jours une fois l’im­pôt mis en place, les contri­buables se sont fait un ma­lin plai­sir de tout faire pour y échap­per… Consé­quence, portes et fe­nêtres ont consi­dé­ra­ble­ment di­mi­nué de taille voire de fré­quence dans les nou­velles construc­tions et les plus « jus­qu’au­bou­tistes » des pro­prié­taires ont car­ré­ment mu­ré des fe­nêtres exis­tantes dans les biens qu’ils louaient. Pro­blème dans un siècle, le XIXe, où l’hy­giène lais­sait à dé­si­rer, les ma­la­dies, comme la pneu­mo­nie, ont fait en­core plus de ra­vages…

Au mi­lieu du XIXe siècle, un homme d’église dé­cla­rait : « Il y a en France des cen­taines de mil­liers de mai­sons qui n’ont que peu d’ou­ver­tures et sou­vent seule­ment une porte et ce­la, à cause d’une chose qu’on ap­pelle l’im­pôt des portes et fe­nêtres. Met­tez­moi de pauvres fa­milles, des vieilles femmes, des pe­tits en­fants, dans ces lo­gis­là, et voyez les fièvres et les ma­la­dies. Hé­las ! Dieu donne l’air aux hommes, la loi le leur vend… »

Cet im­pôt mal pen­sé (en existe­t­il de « bien pen­sés » ?) fut sup­pri­mé en 1926 sous l’in­fluence utile des « hy­gié­nistes ». A Cler­mont, les archives mu­ni­ci­pales ne trouvent pas trace d’élé­ments pro­bants de cette taxa­tion mais quelques fa­çades aveugles nous laissent à pen­ser que les pro­prié­taires ont oc­cul­té vo­lon­tai­re­ment des fe­nêtres pour se sous­traire à l’im­pôt tout en re­pro­dui­sant des « trom­pel’oeil » pour conser­ver l’es­thé­tique des fa­çades. Si vous connais­sez des im­meubles avec des fe­nêtres aveugles, faites nous par­ve­nir des pho­tos sur pgg@orange.fr ou si­gna­lez­les par cour­rier pos­tal à : Cler­mont Vivre sa Ville, La Mon­tagne Centre­France, 45, rue du Clos­Four, 63020 Cler­mont­Fd Ce­dex 02.

AVEUGLE. La fa­çade qui fait l’angle de l’ave­nue des Etats-Unis et de la rue du 11-No­vembre.

PRA­TIQUE. Vers 1900, la fa­çade aveugle por­tait une « ré­clame » pour les Ga­le­ries de Jaude.

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