Sen­ti­ment d’im­pos­ture et or­gueil

La 22e édi­tion du Fes­ti­val Jean­Carmet va­lo­rise les ac­teurs de se­cond rôle et les jeunes es­poirs, et pro­pose avant­pre­mières et ren­contres avec des co­mé­diens et réa­li­sa­teurs, jus­qu’à mar­di à Mou­lins.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE - Sté­pha­nie Mé­na ste­pha­nie.me­na@cen­tre­france.com

Ex­pres­sive, at­ten­tive et ma­li­cieuse à la fois, Em­ma de Caunes, ra­dieuse. En 20 ans de car­rière, la fille d’An­toine de Caunes, la pe­tite­fille de Jac­que­line Jou­bert, s’est fait un pré­nom dans l’uni­vers du ci­né­ma, du théâtre et de la té­lé­vi­sion.

Pour ra­con­ter cette car­rière, elle était à Mou­lins (Allier) ven­dre­di soir, face au pu­blic du fes­ti­val JeanCar­met. La 22e édi­tion de ce fes­ti­val dé­dié aux se­conds rôles avait pré­vu une soi­rée spé­ciale pour qu’elle se livre, au cô­té de l’un de ses réa­li­sa­teur­sa­mis, le ci­néaste Oli­vier Ja­han (Les Châ­teaux de sable, 2013 ; T’em­bras­ser une der­nière fois, 2010).

Son en­fance. Dès 4/5 ans, j’ai su qu’il fal­lait faire le clown pour at­ti­rer l’at­ten­tion, don­ner de l’émo­tion, plu­tôt du rire quand on a 5 ans. J’étais spé­cia­liste de l’imi­ta­tion d’El­vis Pres­ley. Le di­manche ma­tin, pen­dant que mes pa­rents ré­cu­pé­raient de leurs folles soi­rées, je re­gar­dais le Ci­né­Club, une émis­sion de té­lé­vi­sion qu’ils avaient en­re­gis­trée. Je sa­vais très bien me ser­vir du ma­gné­to­scope ! A contra­rio, mon ado­les­cence a été re­belle et je vou­lais de­ve­nir réa­li­sa­trice.

Ses dé­buts. C’était pour des pubs : Clea­ra­sil, Dim ou Crunch… J’avais été re­pé­rée dans la rue, lors d’un « cas­ting sau­vage » comme il y en a sou­vent à Pa­ris. Le fait qu’on me sé­lec­tionne par ha­sard, c’était im­por­tant pour moi. Je voyais cette op­por­tu­ni­té comme une fa­çon de ga­gner mon in­dé­pen­dance. J’étais par­tie pour faire de la réa­li­sa­tion jus­qu’à l’ar­ri­vée d’Oli­vier Ja­han. Il ve­nait d’être sé­lec­tion­né à Cannes pour un court­mé­trage, Par­lez après le si­gnal so­nore .Il m’a choi­sie pour son nou­veau pro­jet. Pour des ques­tions de lé­gi­ti­mi­té, j’ai hé­si­té à al­ler là­de­ dans. Dans le mi­lieu du ci­né­ma, quand on porte un nom cé­lèbre, il faut tel­le­ment prou­ver ce qu’on vaut.

Point de vue. Cer­tains réa­li­sa­teurs sont tor­tu­rés, dans le rap­port de force, ce qui ne marche pas du tout avec moi. D’autres veulent que vous ne chan­giez pas une vir­gule au scé­na­rio, d’autres en­core veulent que vous im­pro­vi­siez, comme Mi­chel Gon­dry. Par exemple, sur le tour­nage de La Science des rêves, il a gar­dé une sorte de ré­pé­ti­tion dé­con­nante avec Char­lotte Gains­bourg, on ne sa­vait même pas qu’il tour­nait.

Les pre­miers suc­cès. Ona beau ve­nir d’une fa­mille de sal­tim­banques, quand les choses ar­rivent vite et qu’on est jeune, on n’est ja­mais ar­mé. Le Cé­sar du Jeune Es­poir (*) est un ca­deau em­poi­son­né, on se dit que ça va du­rer. Or, pas du tout. Un prix, même pres­ti­gieux, ne veut pas dire qu’on va vous pro­po­ser des rôles, des rôles qui vous plaisent et suf­fi­sam­ment pour que vous en vi­viez.

Ses meilleurs sou­ve­nirs. Je n’ai ja­mais au­tant ri que sur le tour­nage de Mis­sion Cléo­pâtre. Ima­gi­nez, vous êtes en­tou­ré d’Alain Cha­bat, Chan­tal Lau­by, Pierre Tcher­nia, Ja­mel Deb­bouze… Là, on jouait, au sens pre­mier du terme ! Le tour­nage de Res­tons grou­pés de Jean­Paul Sa­lo­mé a été aus­si une franche ri­go­lade. On jouait des tou­ristes aux États­Unis et l’équipe tech­nique amé­ri­caine nous pre­nait pour des tou­ristes ! C’est deux cultures de tra­vail qui se ren­con­traient. Ce qu’on jouait, on le vi­vait.

À la té­lé. La pro­mo­tion du film est pour moi un exer­cice très dif­fi­cile. On est dans des émis­sions té­lé où est dif­fu­sé un ex­trait d’ex­trait de ban­dean­nonce et vous avez deux se­condes pour dé­fendre votre bout de gras. À la lec­ture d’un scé­na­rio, il ne faut pas seule­ment se dire « je peux jouer dans ce film » mais aus­si « je peux le dé­fendre ».

La dé­fi­ni­tion d’un ar­tiste. Le chan­teur amé­ri­cain Bruce Spring­steen vient de sor­tir son au­to­bio­gra­phie in­ti­tu­lée Born to Run qui est su­per bien et il dit un truc qui m’a tou­chée : un ar­tiste c’est à la fois le sen­ti­ment d’im­pos­ture et un or­gueil dé­me­su­ré. L’un ne va pas sans l’autre.

La ma­tu­ri­té. J’ai vou­lu faire mes classes avec le ci­né­ma d’au­teur et le théâtre. J’ai ani­mé pen­dant dix ans une émis­sion La Mu­si­cale sur le mo­dèle de ce que ma grand­mère Jac­que­line Jou­bert avait fait avec Ma Vie avec. Elle m’a fi­lé le vi­rus. Je m’en sors pas trop mal. Je na­vigue entre les dif­fé­rents mi­lieux. Main­te­nant, j’ai 40 ans, c’est un nou­veau cycle qui dé­marre. Je tourne ac­tuel­le­ment une grosse sé­rie amé­ri­ca­no­an­glo­fran­co­je­ne­sais­quoi, au Ca­na­da. J’ai l’im­pres­sion de re­tour­ner à l’école. C’est hy­per in­tense, on tourne 52 mn de film en sept jours !

(*) En 1998 pour Syl­vie Ve­rheyde. ,de

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