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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

e n’ai sui­vi qu’une di­zaine de mi­nutes le dé­bat de « la pri­maire de la droite et du centre », or­ga­ni­sé sur TF1 jeu­di soir. Les sept can­di­dats étaient là, ali­gnés, droits comme des i, à leur pe­tit pu­pitre ; on au­rait dit un ba­by­foot. Se ren­daient­ils compte de l’ef­fet pro­duit ? Du­rant le bref mo­ment où j’ai re­gar­dé, il était ques­tion du temps de tra­vail heb­do­ma­daire ; dis­cus­sion tech­ni­que­ment hy­per­com­plexe où cha­cun sem­blait sûr de pro­po­ser le bon mec­ca­no. Un concours de ca­me­lots de foire. Je n’y com­pre­nais rien, et je me re­mé­mo­rais ce mot d’As­tolphe de Cus­tine, écri­vain et mo­ra­liste du temps de LouisP­hi­lippe : « Les hommes d’au­jourd’hui avec leur rage de gou­ver­ner me pa­raissent comme les ha­bi­tants d’une mai­son où tout le monde s’obs­ti­ne­rait à faire la cui­sine. » On en avait là un exemple frap­pant. Je n’ai pas in­sis­té.

Inau­gu­rée en France par le Par­ti so­cia­liste, et re­prise aus­si­tôt par la droite, qui rou­gi­rait qu’on puisse en­core l’ac­cu­ser de sa­cri­fier au fa­meux « culte du chef », cette pro­cé­dure de la pri­maire se dis­tingue par sa sub­ti­li­té. Elle consiste en ef­fet à ten­ter de nous per­sua­der que des gens dont tout le monde sait qu’ils se dé­testent, et qui n’ont de cesse de dé­bal­ler tout le vieux linge sale pour se le mettre sous le nez, se­ront de­main unis et loyaux comme les mous­que­taires d’Alexandre Du­mas. On a en outre in­ven­té le pré­cieux concept de « pri­maire ou­verte », chefd’oeuvre dé­mo­cra­tique qui per­met à n’im­porte qui d’al­ler vo­ter à part égale avec les mi­li­tants, les­quels, eux, paient leur co­ti­sa­tion et se dé­vouent toute l’an­née pour leur par­ti. Ils sont vrai­ment bien gen­tils, les mi­li­tants, je trouve.

Ce sys­tème, en tout cas, plaît aux mé­dias tourne dé­sor­mais à plein ré­gime. J’ai ap­pris en ef­fet, non sans une stu­peur in­cré­dule, qu’il n’y au­ra pas UN mais TROIS dé­bats de la pri­maire de la droite et du centre. Et puis­qu’elle com­porte un se­cond tour, il est lo­gi­que­ment à re­dou­ter qu’il y au­ra aus­si le grand dé­bat du se­cond tour, entre les fi­na­listes. Ça va sai­gner.

Et puis, comme évi­dem­ment on ne peut pas moins faire pour la gauche que pour la droite, nous au­rons droit au même cé­ré­mo­nial au dé­but de l’an­née pro­chaine. Il se­ra même pi­men­té d’une épice nou­velle, puisque, sauf im­pré­vu, le pré­sident en exer­cice, s’il veut se re­pré­sen­ter, se­ra ame­né à y par­ti­ci­per lui aus­si. Du ja­mais vu ! A gauche de la gauche, le ré­vo­lu­tion­naire M. Mé­len­chon, chef, si dé­crié. Il s’avan­ce­ra seul, flam­berge au vent, qu’on se le dise ! C’est au moins un trait qu’il par­tage avec Mme Le Pen. A propos de cette der­nière, quel dom­mage qu’elle n’or­ga­nise pas, elle aus­si, une pri­maire ou­verte ! J’au­rais bien ai­mé la voir dé­battre avec, par exemple, le pit­to­resque M. de Les­quen, pré­sident de Ra­dio­Cour­toi­sie, ce­lui qui parle de la race congoïde et de la race cau­ca­soïde. Ou avec M. Mé­nard, maire de Bé­ziers, l’homme des me­na­çantes af­fiches « Ça y est, ils ar­rivent ! » re­la­tives aux mi­grants.

Mais bon : gauche ou droite, ex­trêmes ou pas, je plains l’élec­teur scru­pu­leux qui, « pour mieux com­prendre », se­lon une ex­pres­sion af­fec­tion­née des jour­na­listes de té­lé, en­vi­sa­ge­rait d’ava­ler tout ça avant de se dé­ter­mi­ner. Ah, nous sommes gen­tils et pa­tients, nous aus­si, les élec­teurs. Il fau­dra y al­ler quand même, bien sûr. Je ne suis pas en train de faire la pro­pa­gande de la dé­ser­tion. Nous vo­te­rons comme tou­jours, sur une in­tui­tion, sur un fonds de sen­si­bi­li­té, ou par dé­faut.

Mais puisque j’en suis dans les ci­ta­tions,

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