Trois mois après, la co­lère reste forte sur la Pro­me­nade des An­glais

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - FRANCE & MONDE ACTUALITÉS -

Contre « la bê­tise hu­maine »

L’émo­tion mais aus­si la co­lère et la peur res­tent fortes à Nice, trois mois après le drame.

« Tous ces en­fants fau­chés, c’est ter­rible », confie Mi­chèle, 74 ans. Cette re­trai­tée fran­ci­lienne, en va­cances chez sa fille, a pris le temps de ve­nir se re­cueillir avec son ma­ri de­vant le mé­mo­rial im­pro­vi­sé dans un kiosque pu­blic près du lieu de l’attentat.

En si­lence, en larmes ou en simple tou­riste, une pe­tite foule de plu­sieurs di­zaines de per­sonnes ont fait de même, avec ou sans bou­quet de fleurs. La cé­ré­mo­nie of­fi­cielle, elle, se dé­rou­lait dans un pé­ri­mètre bou­clé, sur la col­line du Châ­teau qui s’élève en bord de mer, près du Vieux­Nice.

« Le bla­bla ne va pas ra­me­ner les morts, même si ça rend hommage, j’ai pré­fé­ré ve­nir ici », confie Amel, une Fran­co­Tu­ni­ sienne. Seule, comme le soir de l’attentat, elle pleure : « C’était moins une, j’ai failli y pas­ser. J’ai pen­sé qu’ils re­com­men­çaient le feu d’ar­ti­fice, mais non, c’était des coups de feu ». De­puis, elle ne sort plus faire son jog­ging sur la Pro­me­nade des An­glais.

Isa­belle, 55 ans, en short gris et tee­shirt rose vif, n’a pas re­non­cé à s’en­traî­ner sur cette grande ar­tère du front de mer bor­dée d’un très large trot­toir, pas­sage obli­gé de tous les vi­si­teurs à Nice. « Je fais mon jog­ging mais je m’ar­rête là, c’est trop fort », souffle­t­elle en stop­pant à cô­té d’un amon­cel­le­ment de fleurs, pierres, bou­gies, pe­luches jon­chant le sol. Elle fond en san­glots et ajoute : « Je connais beau­coup de monde qui y était. Les ré­cits sont épou­van­tables ».

Non loin de l’en­droit où s’est dé­rou­lé le drame, une bou­gie dans son étui rouge a été fraî­che­ment ral­lu­mée au mi­lieu d’un par­terre de cierges inon­dés par les fortes pluies de la veille. Le kiosque, qui dis­pa­raît sous une ava­lanche d’ob­jets, de prières ou de ban­de­roles contre « la bê­tise hu­maine », se mé­ta­mor­phose en cal­vaire. On y monte en si­lence, on s’ar­rête de­vant chaque hommage ano­nyme, on se re­cueille. Une dame re­nifle et sort son mou­choir. Une autre parle sans dis­con­ti­nuer. Une mère de fa­mille, le vi­sage fer­mé, re­vit la peur de sa vie. Sa fille est res­tée in­joi­gnable pen­dant des heures après l’attentat et elle l’a cru morte…

PHO­TO AFP

LIEUX DU DRAME. Près du kiosque, trans­for­mé en cal­vaire.

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