« Ne pas dé­vier de ligne »

Fi­dèle lieu­te­nant de Ni­co­las Sar­ko­zy, l’an­cien mi­nistre de l’In­té­rieur Brice Hor­te­feux dé­fend son can­di­dat, à cinq se­maines du pre­mier tour de la pri­maire.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 JOURS EN POLITIQUE - Cé­dric Gou­rin ce­dric.gou­rin@cen­tre­france.com

« Alain Jup­pé était hos­tile à la ré­ten­tion pré­ven­tive… »

En fin connais­seur de la vie po­li­tique, quel bi­lan dres­sez-vous du pre­mier dé­bat de la pri­maire, jeu­di ? Le dé­bat a per­mis de dé­mon­trer deux réa­li­tés qui n’étaient pas évi­dentes. Tout d’abord, que la plu­part des can­di­dats avaient la vo­lon­té de ne pas s’échar­per, et donc d’of­frir l’image d’une op­po­si­tion res­pon­sable. En­suite, une presque si­mi­li­tude de pro­po­si­tions en ma­tière économique, même si Ni­co­las Sar­ko­zy est le seul à avoir pris un en­ga­ge­ment de baisse im­mé­diate de 10 % de l’im­pôt sur le re­ve­nu. Au to­tal, cette pre­mière étape a été bien fran­chie.

Votre re­gard plus pré­cis sur la pres­ta­tion de votre ami et can­di­dat, Ni­co­las Sar­ko­zy ? J’étais un peu in­quiet avant ce dé­bat, car toute la presse avait pré­dit des charges vio­lentes des autres can­di­dats contre lui. Ce­la n’a pas été le cas : dé­ci­dé­ment, ce n’est pas la même chose que de cri­ti­quer hors sa pré­sence et d’at­ta­quer en face…

Je pense que, du fait de son ex­pé­rience, il a do­mi­né le dé­bat, même si la plu­part des com­pé­ti­teurs ont été dignes. J’ai été très heu­reux qu’il puisse rap­pe­ler sa pro­messe d’al­lé­ge­ment fis­cal, mais aus­si sa po­si­tion : il n’est pas

ques­tion de de­man­der aux Fran­çais de tra­vailler plus pour ga­gner moins, contrai­re­ment à celle dé­fen­due par d’autres.

Dans ce dé­bat, Ni­co­las Sar­ko­zy ne s’est pas mon­tré très of­fen­sif... Son ex­pé­rience per­son­nelle lui donne sans doute plus de hau­teur, mais n’en­lève rien à son vo­lon­ta­risme et sa dé­ter­mi­na­tion.

L’im­pres­sion qui do­mine, c’est qu’Alain Jup­pé et Ni­co­las Sar­ko­zy ont pris soin de ne pas s’af­fron­ter… Ni­co­las Sar­ko­zy a de­man­dé à tous ceux qui le sou­tiennent, qu’il s’agisse de Fran­çois Ba­roin, de Laurent Wau­quiez ou de moi­même, de re­fu­ser toute po­lé­mique avec les autres can­di­dats, car nous ap­par­te­nons tous à la même fa­mille, Les Ré­pu­bli­cains.

Ad­met­tez que l’an­cien pré­sident est dans une sé­quence dif­fi­cile, entre des tirs de toutes parts et de mau­vais son­dages. Comme il n’est pas dans les codes, il se heurte au mur du sys­tème po­li­ti­co­mé­dia­tique. Ce­la n’a au­cune im­por­tance car lui s’adresse au peuple, pas à ce « mi­lieu ». Je vous donne un exemple : il est le seul à pro­po­ser un ré­fé­ren­dum. Les autres sont contre, ce qui est leur droit. Mais le ré­fé­ren­dum, c’est la ga­ran­tie que le der­nier mot re­vient aux ci­toyens et la cer­ti­tude que nous ré­for­me­rons tout de suite. C’est­à­dire qu’après avoir été l’unique can­di­dat à pré­sen­ter si­mul­ta­né­ment son pro­jet, Ni­co­las Sar­ko­zy est le seul à avoir choi­si une mé­thode qui ga­ran­tisse la ré­forme à ap­pli­ca­tion im­mé­diate.

Donc Ni­co­las Sar­ko­zy ne chan­ge­ra pas de stra­té­gie ? Je crois qu’il ne doit pas dé­vier de ligne. Il est dans cette lo­gique où il veut tout dire avant pour tout faire après.

Com­ment comp­tez-vous faire face à la dy­na­mique Jup­pé qui joue la carte de la force tran­quille, de la France apai­sée, de l’homme qui ras­sure ? J’ai sié­gé dans le même gou­ver­ne­ment qu’Alain Jup­pé qui a, lui­même, une longue ex­pé­rience puis­qu’il était mi­nistre il y a trente ans. Je le connais et l’ap­pré­cie, et l’ai d’ailleurs eu au té­lé­phone il y a quelques jours. Pour au­tant, oui, il y a des dif­fé­rences dans les pro­grammes. Ni­co­las Sar­ko­zy veut une baisse im­mé­diate de l’im­pôt sur le re­ve­nu, pas Alain Jup­pé. Ni­co­las Sar­ko­zy sou­haite sus­pendre le re­grou­pe­ment fa­mi­lial, Alain Jup­pé est contre ! Alain Jup­pé était hos­tile à la ré­ten­tion pré­ven­tive des ter­ro­ristes po­ten­tiels – une par­tie des fi­chés S – contrai­re­ment à Ni­co­las Sar­ko­zy.

En­fin, Alain Jup­pé évoque l’« iden­ti­té heu­reuse » de la France, ce qui est son droit. Ni­co­las Sar­ko­zy, lui, consi­dère que ce n’est pas la réa­li­té, et que le pays doit faire preuve de lu­ci­di­té face aux dé­fis que nous de­vons re­le­ver.

BRICE HOR­TE­FEUX. Pour l’élu au­ver­gnat et dé­pu­té eu­ro­péen, Ni­co­las Sar­ko­zy « est dans cette lo­gique où il veut tout dire avant pour tout faire après ». PHO­TO RÉMI DUGNE

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