Et si on les lâ­chait un peu ?

Pour­quoi faut-il que les de­voirs du soir se trans­forment sys­té­ma­ti­que­ment en dé­cla­ra­tion de guerre ? Pour­quoi les pa­rents croient-ils que l’en­fant joue sa vie à l’école ? Nathalie de Bois­grol­lier in­vite tout le monde à re­lâ­cher la pres­sion pour re­trou­ver

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - SEPTIÈME JOUR - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

L

a pre­mière an­née à l’école pri­maire signe sou­vent la « perte de ma­gie », re­grette Nathalie de Bois­grol­lier. C’est le mo­ment où les pa­rents an­goissent, se disent que les choses sé­rieuses vont com­men­cer, qu’il va fal­loir qu’il s’y mette à bos­ser, le p’tit ange. Oh, mais c’est Noël et il ne sait tou­jours pas lire, est­ce nor­mal ? Et s’il prend trop de re­tard, com­ment va­t­il s’en sor­tir ? « Et là, c’est l’es­ca­lade », com­mente la coach en pa­ren­ta­li­té, qui vient de sor­tir Heu­reux à l’école, tout com­men

ce à la mai­son (Al­bin Mi­chel). Ces an­goisses, elle les com­prend tou­te­fois, les juge même « lé­gi­times ». « Les temps sont durs. Le monde pro­fes­sion­nel est plus stres­sant et ten­du que dans les an­nées 70, alors les pa­rents res­sentent la pres­sion ». Et la pro­jettent sur leurs chères têtes blondes qui n’en de­man­daient pas tant. À coups de stages d’été au col­lège, de sou­tien sco­laire, de cours d’an­glais dès la pri­maire, de pré­pa de pré­pa… « On voit des ac­ti­vi­tés pé­ri­sco­laires en­dos­ser une fonc­tion de conso­li­da­tion édu­ca­tive. Ça peut être pro­fi­table », sauf quand le trop de­vient l’en­ne­mi du bien.

Nathalie de Bois­grol­lier, el­le­même mère de deux en­fants âgés au­jourd’hui de 19 et 16 ans, est tom­bée dans les tra­vers du su­rin­ves­tis­se­ment. À 11 ans, en 6e, son fils, pré­coce, en était à 11 heures de sou­tien par se­maine… « On a dit stop, on lui a lâ­ché la grappe ». Elle ra­conte cette prise de conscience comme une li­bé­ra­tion pour tout le monde.

En sau­tant à la corde

« On de­mande à nos en­fants un PIB cons­tant, voire une crois­sance d’en­tre­prise à deux chiffres ! ». Or voi­là, ce ne sont pas des ma­chines. « Il ne faut pas pa­ni­quer s’ils ont des fai­blesses, un re­tard…, mais abor­der l’ap­pren­tis­sage au­tre­ment, les en­cou­ra­ger à pen­ser dif­fé­rem­ment ». Et puis, re­lax… car « être très bon élève à l’école ne veut pas dire réus­sir sa vie pro­fes­sion­nelle ».

Fon­da­trice de l’as­so­cia­tion OZE, elle re­dit ici toute l’im­por­tance d’une édu­ca­tion bien­veillante et po­si­tive, afin de leur don­ner confiance, leur faire prendre conscience de leurs ta­lents et, ain­si, mieux les pré­pa­rer aux aléas de la vie.

Reste ce plai­sir d’ap­prendre à trans­mettre. « Un carnet de voyage à écrire, une re­cette à re­co­pier, des tables de mul­ti­pli­ca­tion à ap­prendre en sau­tant à la corde ! », conseille la coach, qui re­dit toute l’im­por­tance de jouer avec son en­fant, d’être dans un « es­prit de co­opé­ra­tion ». Pas la peine de les clouer à une table pour faire les de­voirs. « On ap­prend aus­si par le corps, par nos per­cep­tions sen­so­rielles ». Un peu de fan­tai­sie ne fait pas de mal, comme « faire ses exer­cices de maths à plat ventre par terre, ou sa lec­ture sur le ca­na­pé… Il faut être créa­tif, mettre de la joie ! »…

La coach en pa­ren­ta­li­té vante la « po­li­tique des pe­tits pas » : « Mieux vaut cinq mi­nutes de tra­vail bien fait plu­tôt que ce­la se ter­mine avec une boîte de mou­choirs ! Un en­fant heu­reux ap­prend plus fa­ci­le­ment, ce­la lui donne une force ».

Elle in­siste sur le corps. « La confiance en soi passe par la maî­trise de son corps ». Or pour que l’en­fant soit à l’aise, il faut lui lais­ser du temps, ex­plique­t­ elle. Cer­taines dif­fi­cul­tés d’ap­pren­tis­sage, comme celles liées à l’écri­ture, re­mon­te­raient à la pe­tite en­fance. C’est ce bé­bé qu’on cherche à as­seoir trop tôt, qui dans ce but contracte sa co­lonne et ra­len­tit de fac­to d’autres ap­pren­tis­sages cog­ni­tifs. À vou­loir al­ler trop vite, « à for­cer les choses, à contrô­ler », on fi­nit par frei­ner. « L’une des plus grandes souf­frances in­fli­gées à l’en­fant, c’est de ne pas le lais­ser être ac­teur ».

Autre en­ne­mi de taille : l’écran, qu’elle as­so­cie à la « perte de l’en­fance ». « Les écrans mangent tout. Or lors­qu’un en­fant fait du co­lo­riage ou un puzzle, il construit sa mo­tri­ci­té fine, tra­vaille sa concen­tra­tion. Tous ces temps de l’en­fance qui n’ont plus lieu mènent im­man­qua­ble­ment à des pro­blèmes ul­té­rieurs ». L’en­fance, ce temps si pré­cieux à ne pas gâ­cher.

PHO­TO AFP

ON SE DÉTEND ! Trop d’en­fants stres­sés, d’étu­diants au ventre noué…, re­grette la coach en pa­ren­ta­li­té.

N. DE BOIS­GROL­LIER. Au­teure. DR

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