Trente-cinq ans après sa mort il conti­nue de vivre en livres et en chan­sons

Trois mois après l’abo­li­tion de la peine de mort, le 29 oc­tobre 1981, à 60 ans, Brassens dis­pa­rais­sait. 35 ans plus tard, le poète et le mu­si­cien conti­nuent de vivre, en chan­sons et en livres pour les nou­velles gé­né­ra­tions.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Jean-Yves Vif jean-yves.vif@cen­tre­france.com

GEORGES BRASSENS. Édi­teur du poète et mu­si­cien, l’au­teur Jean­Paul Lié­geois pro­pose une in­té­grale de chan­sons, en pa­roles et mu­siques.

Un jour de 1963 dans les cou­lisses du théâtre de Mou­lins, Jean­Paul Lié­geois, avec la com­pli­ci­té de Re­né Fal­let as­siste, ému, au concert de Brassens. Fal­let et Brassens qui se quittent peu de­puis dix ans ne ces­se­ront d’ins­pi­rer Jean­Paul Lié­geois, jour­na­liste et écri­vain de­ve­nu édi­teur. Li­ber­taires et pour­fen­deurs des ha­bi­tudes bour­geoises, Brassens et Fal­let par­tagent beau­coup. Au pu­dique et humble Brassens, Fal­let, plus in­so­lent, ré­pond par quelques coups de gueule mais son écri­ture que Blon­din qua­li­fiait de « suc­ces­sion de pe­tits bon­heurs » at­tire le res­pect du poète. Sur une créa­tion et une concep­tion du chan­teur Yves Uzu­reau, Jean­Paul Lié­geois livre cette fois­ci une in­té­grale des chan­sons et, plus ori­gi­nal, des mu­siques. Ex­pli­ca­tions d’un pas­sion­né per­sua­dé que l’oeuvre in­tem­po­relle du sé­tois re­cèle en­core de mille tré­sors ca­chés.

Pour­quoi un nou­veau livre consa­cré à Brassens ? C’est un pro­jet d’Yves Uzu­reau qui sou­hai­tait rendre ac­ces­sible la mu­sique. On ou­blie trop, ou on ne sait pas, que Brassens était un for­mi­dable mé­lo­diste. Il a écrit de belles chan­sons certes mais il a éga­le­ment com­po­sé des choses éblouis­santes, ce que l’on sait moins. Et c’est pré­ci­sé­ment l’idée de pro­po­ser cette mu­sique y com­pris à ceux qui ne maî­trisent pas par­fai­te­ment le sol­fège.

Pour­quoi ce livre-là ? C’est ce­lui d’une vie avec l’in­té­grale des 136 chan­sons en­re­gis­trées entre 1952 et 1976. Tout Brassens est là dans ses notes, dans ses mots ex­quis, bour­rus, tendres ou iro­niques, in­so­lents ou pu­diques. Nous avons vou­lu don­ner à lire et à en­tendre.

Peut-on dire que Brassens a pas­sé les gé­né­ra­tions ? Brassens est hors d’âge, hors du temps ! Maxime Le­fo­res­tier, puis beau­coup d’autres in­ter­prètes, le re­ prennent. Sa sta­ture et la qua­li­té de ses textes en font un au­teur qui mé­rite d’en­trer dans les plus pres­ti­gieuses col­lec­tions, à cô­té de Villon et de Ra­be­lais.

Quelle est cette his­toire d’ami­tié avec Fal­let ? En 1953, Brassens est à l’af­fiche des Trois­Bau­dets et le pu­blic dé­couvre Chan­son pour l’Au­ver­gnat. Il ren­contre Re­né Fal­let au­teur à suc­cès six ans plu­tôt de Ban­lieue Sud­est qui lui a consa­cré un ar­ticle to­ni­truant dans le Ca­nard En­chaî­né. La voix de ce gars c’est une chose grave et qui perce les croas­se­ments de toutes ces gre­nouilles du disque et d’ailleurs. Une voix en forme de dra­peau noir, de robe qui sèche au so­leil, de coup­de­poing sur le ké­pi, une voix qui va aux fraises à la ba­garre, à la chasse aux pa­pillons.

Quels sont leurs au­teurs com­muns, leurs di­ver­gences ? Brassens di­sait avoir lu plu­sieurs bil­blio­thèques et Fal­let évo­quait sa fré­né­sie de livres entre quinze et trente ans. Leurs goûts com­muns : les poètes Villon, Bau­de­laire, Ver­laine Pré­vert mais aus­si Mo­lière et Léau­taud. Brassens ai­mait Tris­tan Cor­bière, Emile Cha­vée quand Fal­let pré­fé­rait Cen­drars et Har­

del­let. Brassens se ré­fé­rait à La Fon­taine et La Ro­che­fou­cauld, Fal­let plu­tôt à Jules Re­nard. Quand Brassens pri­sait Ra­be­lais et Charles­Louis Phi­lippe, Fal­let re­li­sait Mar­cel Ay­mé et Sten­dhal. Leur vrai désac­cord : Fal­let ad­mi­rait Cé­line, Brassens dé­tes­tait sa prose.

En po­li­tique et en idéaux ? À Brassens qui di­sait je n’ai pas de maître et je suis plu­tôt un pa­ci­fiste qu’un an­ti­mi­li­ta­riste, ou je suis d’une es­pèce li­ber­taire, Fal­let ré­pon­dait, je suis né à gauche et j’y suis res­té et, en po­li­tique plus que les idées, ce sont les hommes qui me con­ quièrent ou me re­butent.

Brassens, l’homme dans l’in­ti­mi­té ?

Brassens, c’est un homme com­plexe mais le plus hu­ma­niste que j’ai connu. Il n’a ja­mais chan­gé d’idée. Il ne vou­lait pas em­mer­der les autres et ne don­nait ja­mais de le­çons. À l’image de son re­gard : un oeil fait d’iro­nie, un autre de bon­té.

C’était quoi la chan­son pour Brassens ?

Lui­même di­sait : la chan­son c’est une chose qui fait que n’im­porte qui à un mo­ment se lève et se met à chan­ter pour une oreille quel­quonque sans trop d’ar­ti­fice. C’est pour moi une belle dé­fi­ni­tion !

« Brassens, c’est un homme com­plexe mais le plus hu­ma­niste que j’ai connu ». JEAN-PAUL LIÉ­GEOIS

BRASSENS. Chez lui, deux jours avant son pre­mier concert à Bo­bi­no, le 9 oc­tobre 1972. AFP

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