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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAGDIMANCHE -

u dé­part de Da­mas, la longue route en di­rec­tion d’Alep tra­verse un pays en guerre. Mais entre la ca­pi­tale et la grande mé­tro­pole du nord, dis­tante de 400 km, cette guerre, on la de­vine par­fois plus qu’on ne la res­sent réel­le­ment. L’ar­mée de Ba­char el­As­sad a re­pris du ter­rain. On le constate après Homs, l’an­cienne « ca­pi­tale » de la ré­vo­lu­tion au­jourd’hui « pa­ci­fiée ». La route qui re­monte vers Ha­ma est ponc­tuée de barrages mi­li­taires. Ils sont sy­riens, puis lorsque le dan­ger ap­proche, les al­liés de Da­mas ont été ap­pe­lés à la res­cousse. lure un convoi mi­li­taire russe d’une di­zaine de vé­hi­cules. Ce sont les vrais maîtres d’Alep. La grande ville ap­pa­raît dans un ha­lo de brouillard. On y pé­nètre par le su­douest et le quar­tier de Ra­mus­seh. Quar­tier in­dus­triel aux trois quarts ra­sés, avec des im­meubles éven­trés et des trous béants sur les bas­cô­tés de la route. En sep­tembre, les re­belles l’ont re­pris pen­dant quatre se­maines, fer­mant du même coup l’ac­cès à Alep. À un pre­mier bar­rage, un groupe de sol­dats monte la garde, plu­tôt dé­bon­naires. De­puis mar­di, l’avia­tion russe a ces­sé ses bom­bar­de­ments dé­vas­ta­teurs contre la par­tie est d’Alep. Une pause en vue de faire sor­tir les plus ra­di­caux des in­sur­gés ain­si que des ci­vils. Les uns et les autres, com­bien sont­ils ? « Il y a les fa­milles des com­bat­tants et d’autres », pré­cise l’hu­ma­ni­taire. « Les pre­mières ne veulent pas lais­ser leurs pères ou fils seuls au com­bat ». Mais tou­jours se­lon l’ONU, la moi­tié, en fait des ci­vils d’Alep­est, vou­drait quit­ter l’en­fer. C’est tout l’en­jeu de la trêve hu­ma­ni­taire de ces der­niers jours : per­mettre non seule­ment à des in­sur­gés de quit­ter leur re­paire pour que les com­bats cessent, mais aus­si et sur­tout lais­ser les ci­vils pié­gés dans les vio­lences fuir l’en­fer. Pro­blème : les plus ra­di­caux des re­belles fe­raient pres­sion pour qu’ils res­tent au­près d’eux. Au car­re­four de Bous­tan al-Qasr, entre l’est re­belle et l’ouest pro­gou­ver­ne­men­tal, des sol­dats sy­riens ac­cusent les re­belles re­tran­chés à 200 mètres d’eux d’avoir pos­té des dji­ha­distes étran­gers pour em­pê­cher les ci­vils de par­tir. Nous sommes sur la ligne de front. Per­sonne ne fran­chit plus ce point de pas­sage. « C’est seule­ment un lieu d’échanges de corps, de pri­son­niers ou d’otages », confie le co­lo­nel Tays­sir dans le sous­sol d’un im­meuble désaf­fec­té. Du linge pend au bal­con des im­meubles avoi­si­nants ; cô­té gou­ver­ne­men­tal, le quar­tier est tou­jours ha­bi­té. Mais les gens ne s’ap­prochent plus du car­re­four : il est de­ve­nu le pa­ra­dis des sni­pers, ces ti­reurs em­bus­qués qui ont tué une fille de 15 ans, quelques heures avant notre pas­sage mer­cre­di. Étrange im­pres­sion après trois jours pas­sés à Alep. À l’ouest peu­plé d’un mil­lion et de­mi d’ha­bi­tants, la vie suit son cours, la ville est ani­mée, les ca­fés qua­si bon­dés et les mar­chés plu­tôt bien acha­lan­dés. Mais à Alep, les ap­pa­rences sont trom­peuses. « À l’est comme à l’ouest, on n’a qu’une heure d’élec­tri­ci­té par jour, il faut se dé­brouiller avec les gé­né­ra­teurs », confie Ah­med un étu­diant. Une chose est sûre : c’est ici que la guerre se ga­gne­ra. Pour un camp comme pour l’autre.

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