« Un tré­sor » à par­ta­ger

La lec­ture pleine d’émo­tion de Mi­chel Cha­rasse

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 JOURS EN POLITIQUE - Claude Lesme

Mi­chel Cha­rasse, qui fut très proche de Fran­çois Mit­ter­rand, a lu avec émo­tion les « Lettres à Anne » de l’an­cien pré­sident à celle qu’il ap­pe­lait « sa chance de vie ».

A

vant leur pu­bli­ca­tion, Anne Pin­geot avait en­voyé à Mi­chel Cha­rasse les deux ou­vrages, Lettres à Anne 19621995 et Jour­nal pour Anne 1964­1970, qui viennent de pa­raître. Au terme d’une lec­ture pleine de sou­ve­nirs, non dé­nuée d’émo­tion, de cette pas­sion amou­reuse sur fond d’his­toire po­li­tique, ce fi­dèle d’entre les fi­dèles du pré­sident Fran­çois Mit­ter­rand, ré­pu­té pour sa dis­cré­tion – lui qui fut au coeur du pou­voir – nous livre ses im­pres­sions.

Quels sen­ti­ments vous animent après la lec­ture de cette oeuvre mo­nu­men­tale ? Ce qui m’a d’abord mar­qué, c’est l’ex­tra­or­di­naire qua­li­té de l’écri­ture, du soin qui y est mis, sans ra­ture, avec des mots exacts et une connais­sance in­croyable de la langue et du vo­ca­bu­laire. C’est as­su­ré­ment le té­moi­gnage d’une grande culture. En­suite, il y a un cô­té très in­time, très per­son­nel, qui rend dif­fi­cile au lec­teur d’ap­pré­cier les sen­ti­ments dé­ve­lop­pés ou de se mettre à la place de ce­lui qui les dé­crit.

En­fin, il y a la pré­sence constante de l’Au­vergne et de Clermont­Fer­rand (Anne Pin­geot est cler­mon

toise) dans de nom­breuses lettres. Beau­coup de cho­ ses y rap­pellent Clermont. Un sé­jour en­traî­nait une des­crip­tion de la beau­té de l’Au­vergne.

C’est aus­si l’his­toire d’un

par­cours po­li­tique… Ef­fec­ti­ve­ment. À tra­vers ses lettres, Fran­çois Mit­ter­rand ex­plique à Anne ses dé­pla­ce­ments en France et dans la Nièvre. Hi­ver comme été, il mul­ti­pliait les ki­lo­mètres, al­lant jus­qu’à re­la­ter un ba­nal ac­ci­dent sur le ver­glas. Ce­la dé­note que Fran­çois Mit­ter­rand, de­puis la Li­bé­ra­tion, puis dans les an­nées soixante, au dé­but de sa re­la­tion avec Anne, n’a ces­sé de la­bou­rer le ter­ri­toire à la ren­contre des gens et des élus dans l’exer­cice de ses man­dats.

C’est ex­tra­or­di­naire de consta­ter, au fil des lettres, le la­beur abat­tu pour ar­ri­ver à son but. À com­pa­rer avec l’in­croyable lé­gè­re­té de ceux qui, au­jourd’hui, pensent conqué­rir des ter­ri­toires sans ef­fort et en trai­tant les af­faires lo­cales par­des­sus la jambe.

Comment com­pre­nez-vous la re­la­tion entre Anne et

Fran­çois ? Je ne suis pas char­gé de l’ana­ly­ser, mais je crois qu’elle s’est faite comme ça. Au mo­ment de l’Ély­sée, il m’en par­lait en me di­sant des choses ba­nales, du genre « ce soir, je dîne avec Anne et Ma­za­rine ». Après le Con­seil des mi­nistres du mer­cre­di, nous dé­jeu­nions sou­vent en­semble, par­fois avec d’autres amis, comme Ro­bert Ba­din­ter. Ils nous ar­ ri­vaient d’al­ler man­ger au Ritz, dans les bu­reaux en sous­sol du chef Guy Le­gay, un Au­ver­gnat. L’am­biance était fa­mi­liale. C’était celle d’un père qui re­trou­vait sa com­pagne et sa fille dans le cadre d’une fa­mille re­com­po­sée. C’était es­sen­tiel pour lui. S’il n’avait pas eu cet uni­vers fa­mi­lial, il au­rait pro­ba­ble­ment dé­pri­mé, avec les res­pon­sa­bi­li­tés et la masse de tra­vail qu’il de­vait ef­fec­tuer.

Il échap­pait ain­si à la fa­meuse so­li­tude de l’Ély­sée ? Il ne s’est ja­mais sen­ti so­li­taire à l’Ély­sée, car il en sor­tait tout le temps pour le tra­vail. Sauf en cas de crise ma­jeure, il n’y ré­si­dait pas. Il y était peu­têtre un peu plus du­rant sa ma­la­die et lors­qu’Anne n’était pas à Pa­ris.

Comment ce­la se pas­sait-il

avec sa fa­mille of­fi­cielle ? Il n’y avait pas de pro­blème quant à sa double fa­mille. Sa fa­mille of­fi­cielle, Da­nièle et les en­fants, était au cou­rant et cha­cun ac­cep­tait les obli­ga­tions des uns et des autres.

Long­temps si dis­crète, pour­quoi Anne Pin­geot a-telle ac­cep­té cette pu­bli­ca­tion ? Elle a été convain­cue, par la Fon­da­tion Mit­ter­rand et l’édi­teur Gal­li­mard, qu’elle dé­te­nait un tré­sor et qu’elle ne pou­vait pas le gar­der juste pour elle.

Qu’en pense sa fille Ma­za­rine ? J’ai dé­jeu­né ré­cem­ment avec elle. Elle m’a dit qu’elle était heu­reuse de ces pu­bli­ca­tions et qu’elle ap­pré­ciait que soit don­née à cette oc­ca­sion une si belle image de son père.

FI­DÈLE. Sou­ve­nirs et émo­tion pour Mi­chel Cha­rasse qui a lu avec pas­sion le mo­nu­men­tal « Lettres à Anne ». PHO­TO R. BRUNEL

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