Il n’y a plus de sai­son pour les cham­pi­gnons !

Gi­rolles, cèpes et pieds de mou­ton poussent ti­mi­de­ment.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE - Guy Le­maître guy.le­maitre@cen­tre­france.com

La sai­son se prête aux ba­lades en fo­rêt. Et, pour bon nombre de ran­don­neurs, elle s’as­so­cie à la re­cherche de cham­pi­gnons en sous-bois. Mais si, cette an­née, la pé­riode la plus pro­pice semble avan­cer, cô­té cueillette, le ré­sul­tat n’est pas au ren­dez-vous. En Au­vergne, ces ti­mides pous­sées ne dé­clenchent pas une réelle at­trac­ti­vi­té.

Gi­rolles grises ou jaunes, cèpes, pieds de mou­ton et autres trom­pettes des morts ne co­lo­nisent pas beau­coup les sous­bois de la ré­gion. Loin s’en faut. « Nor­ma­le­ment nous sommes dans la pé­riode où l’on peut trou­ver la plus grande di­ver­si­té de cham­pi­gnons. Ce n’est pas le cas. » Pas­sion­né de my­co­lo­gie de­puis 35 ans, Ch­ris­tian Hur­ta­do a dé­ve­lop­pé une connais­sance poin­tue des cham­pi­gnons, au point d’en ré­di­ger deux ou­vrages qui font ré­fé­rence. Ce qui l’au­to­rise à je­ter un re­gard prag­ma­tique et sans conces­sion sur cette science qui, à ses yeux, souffre de mé­con­nais­sance (toxi­ci­té, ra­dio­ac­ti­vi­té).

« Il faut évi­ter de dire que telle es­pèce est co­mes­tible, car il en existe sou­vent une autre qui lui res­semble dan­ge­reu­se­ment ! », ex­plique ce­lui qui pré­side la So­cié­té my­co­lo­gique et bo­ta­nique du Li­vra­dois­Fo­rez.

Ba­sée à La Cha­pelle­Ge­neste, en Haute­Loire, cette as­so­cia­tion traite éga­le­ment de la li­ché­no­lo­gie (li­chens), la bryo­lo­gie (mousses et hé­pa­tiques), la bo­ta­nique (plantes à fleurs) et la pté­ri­do­lo­gie (fou­gères).

Quid de la lune ?

Ch­ris­tian Hur­ta­do ex­plore ré­gu­liè­re­ment des ter­ri­toires si­tués sur les pla­teaux entre 700 et 1.000 mètres d’al­ti­tude comme ceux de La Chaise­Dieu (Haute­Loire), Saint­Ger­main­l’Herm et les Com­brailles (Puy­de­Dôme).

S’agis­sant de l’in­fluence de la lune, il est for­mel : « Pen­dant des an­nées, chaque fois que j’ai vu une sor­tie de cèpes, j’ai no­té les phases lu­naires sans pou­voir en ti­rer des re­la­tions de cause à ef­fet in­dis­cu­tables ».

Pré­sident du Groupe my­co­lo­gique de Cour­non, Mi­chel Bo­rel confirme les ti­mides pous­sées de ces der­niers jours. « Seuls quelques pe­tits bo­lets ont bé­né­fi­cié d’une eau suf­fi­sante. Mais les deux mois d’été chauds et sans pluie n’ont pas ap­por­té les condi­tions exi­gées pour de bonnes pous­sées. »

M. Bo­rel re­con­naît que les ge­lées de dé­but oc­tobre n’ont pas em­pê­ché le my­cé­lium de mon­ter mais elles ont ce­pen­dant stop­pé les pous­sées de cham­pi­gnons de prai­rie.

Une pe­tite sai­son

Cô­té lune, il s’en tient, lui aus­si, à de fré­quentes ob­ser­va­tions. « Les cham­pi­gnons ra­mas­sés en lune mon­tante se conservent mieux que ceux cueillis en lune des­cen­dante car ils ré­sistent mieux aux vers et autres agres­seurs. Mais il existe tel­le­ment de fac­teurs (sol, eau, tem­pé­ra­ture, ex­po­si­tion, NDLR) que la lune n’est pas un pa­ra­mètre es­sen­tiel. »

En ce week­end et pour les jours sui­vants, les pré­vi­sions mé­téo ne fe­ront que confir­mer ce que beau­coup pensent au­jourd’hui : les gi­rolles jaunes et les cèpes, no­tam­ment ceux de Bor­deaux, sont dé­jà pré­sents en pe­tite quan­ti­té. Les gi­rolles grises (en tube) vont sor­tir. Mais la sai­son dé­marre trop tar­di­ve­ment pour qu’on la re­tienne.

DE TOUTES LES COU­LEURS. En pleine sai­son, la grande di­ver­si­té des es­pèces ren­con­trées exige vi­gi­lance, ex­per­tise et mo­dé­ra­tion. PHO­TO FRAN­CIS CAMPAGNONI

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.