Hol­lande rend l’hom­mage de la na­tion aux Tsiganes in­ter­nés

Au camp de Mon­treuil­Bel­lay, le chef de l’Etat ré­pare un ou­bli dans l’his­toire de la Se­conde Guerre mon­diale.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - LA UNE -

Après les har­kis et les Ar­mé­niens, Fran­çois Hol­lande a pour­sui­vi, hier, le tra­vail de mé­moire en­ta­mé de­puis le dé­but de son quin­quen­nat, en re­con­nais­sant la res­pon­sa­bi­li­té de la France dans l’in­ter­ne­ment de mil­liers de Tsiganes du­rant la Se­conde Guerre mon­diale .

L

a vi­site du chef de l’État, hier, sur le site de l’an­cien camp d’in­ter­ne­ment de Mon­treuil­Bel­lay (Maine­et­Loire), clas­sé aux Mo­nu­ments his­to­riques de­puis 2012, était la pre­mière d’un pré­sident fran­çais de­puis l’in­ter­ne­ment des Tsiganes et des gens du voyage par le ré­gime de Vi­chy, in­ter­ne­ment qui se pro­lon­ge­ra jus­qu’en 1946...

Pris « of­fi­ciel­le­ment au nom des exi­gences de guerre », le dé­cret du 6 avril 1940 – avant l’avè­ne­ment du ré­gime de Vi­chy, donc – sur l’in­ter­dic­tion de la cir­cu­la­tion des no­mades en mé­tro­pole ré­sul­tait « avant tout d’une mé­fiance nour­rie de peurs an­ces­trales, de préjugés et d’igno­rance », a dé­non­cé Fran­çois Hol­lande.

Le pre­mier pré­sident

« La Ré­pu­blique re­con­naît la souf­france des no­mades qui ont été in­ter­nés et ad­met que sa res­pon­sa­bi­li­té est grande dans ce drame », a dé­cla­ré Fran­çois Hol­lande, lors d’une cé­ré­mo­nie d’hom­mage où étaient pré­sents plu­sieurs sur­vi­vants. « Un pays, le nôtre, est tou­jours plus grand lors­qu’il re­con­naît son his­toire », a­t­il ajou­té.

Soixante­dix ans après la li­bé­ra­tion des der­niers Tsiganes in­ter­nés en France, leurs des­cen­dants et les as­so­cia­tions at­ten­daient avec émo­tion une re­con­nais­sance of­fi­cielle de leurs souf­frances. « C’était im­por­tant pour nous d’avoir cette re­con­nais­sance. Ça re­pré­sente des mil­liers et des mil­liers de fa­milles iti­né­rantes », a sa­lué, ému, Fer­nand Delage, qui pré­side l’as­so­cia­tion France Li­ber­té Voyage : « C’est tard, mais mieux vaut tard que ja­mais. »

Lu­cien Vio­let, 69 ans et dont les pa­rents ont été in­ter­nés à Mon­treuil­Bel­lay, était ve­nu d’An­gou­lême pour l’oc­ca­sion. « C’est le pre­mier pré­sident ve­nu rendre hom­mage aux voya­geurs. Nous sommes vrai­ment tou­chés par sa pré­sence », a confié cet homme de 69 ans à l’is­sue du dis­cours pré­si­den­tiel. « Nos fa­milles ont souf­fert énor­mé­ment et ça ne s’ou­blie­ra ja­mais, même si c’est par­don­né », a­t­il ajou­té.

« Pra­ti­que­ment toutes les fa­milles de gens du voyage ont au moins un membre qui est pas­sé par Mon­treuil­Bel­lay », avait rap­pe­lé le pré­sident quelques mi­nutes plus tôt, après s’être ren­du au­près de l’oeuvre com­mé­mo­ra­tive Ins­tant no­made de l’ar­tiste cé­ra­miste Ar­melle Be­noît, un por­tique de huit co­lonnes sur les­quelles ont été gra­vés les pa­tro­nymes de 473 fa­milles in­ter­nées.

La loi de 1969 abro­gée ?

Fran­çois Hol­lande a évo­qué la dis­cus­sion en cours au Par­le­ment du pro­jet de loi « Éga­li­té et ci­toyen­ne­té », en émet­tant l’es­poir que la lé­gis­la­tion d’ex­cep­tion sur les gens du voyage, dé­non­cée par les as­so­cia­tions, soit bien­tôt abo­lie. Le dé­pu­té PS de Loire­At­lan­tique et pré­sident de la com­mis­sion na­tio­nale consul­ta­tive des gens du voyage, Do­mi­nique Raim­bourg, « a pro­po­sé l’abro­ga­tion de la loi de 1969 », a rap­pe­lé Fran­çois Hol­lande : « Elle se­ra, je l’es­père, dé­ci­dée par le Par­le­ment, pour que les gens du voyage n’aient plus ce li­vret de cir­cu­la­tion à pro­duire, pour qu’ils soient des ci­toyens comme les autres. »

Dès 1912, afin de les sé­den­ta­ri­ser, les au­to­ri­tés fran­çaises avaient im­po­sé aux « no­mades » un car­net an­thro­po­mé­trique d’iden­ti­té. Sup­pri­mé en 1969, il a été rem­pla­cé par des car­nets et li­vrets de cir­cu­la­tion que doivent dé­te­nir « les gens du voyage » sous peine d’amende, et par une obli­ga­tion de rat­ta­che­ment à une com­mune.

PHO­TO AFP

POI­GNÉE DE MAIN. Un geste de re­con­nais­sance his­to­rique entre le pré­sident de la Ré­pu­blique et To­ny Mau­mont-Bauer, pré­sident de l’as­so­cia­tion des vic­times de l’in­ter­ne­ment et des fa­milles de gens du voyage.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.