« Hilla­ry est faite pour gou­ver­ner »

Jour­na­liste, cor­res­pon­dant aux États­Unis pen­dant dix ans, Jean­Luc Hees pu­blie Hilla­ry Clin­ton, une cer­taine idée de l’Amé­rique (Ba­ker Street). Un plai­doyer plein de cha­leur en fa­veur de la can­di­date dé­mo­crate.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Blan­dine Hu­tin-Mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com

Dans huit jours exac­te­ment, on connaî­tra le nou­veau pré­sident des États­Unis. Pour Jean­Luc Hees, pas de doute : il faut que ce soit Hilla­ry Clin­ton !

Pour­quoi ce livre sur la can­di­date dé­mo­crate ? J’ai une fille amé­ri­caine. Quand j’avais ren­con­tré Hilla­ry Clin­ton à la sor­tie de son livre de mé­moires, elle m’en avait dé­di­ca­cé un pour ma fille. Je ne m’at­ten­dais pas à cette at­ti­tude, de la part d’une femme qu’on dit pas cha­leu­reuse, uni­que­ment oc­cu­pée de ses af­faires. Quand on dit au­tant de mal de quel­qu’un, il y a peut­être une in­jus­tice à ré­pa­rer… Je me suis dit « Va vé­ri­fier toi­même ! » Je pense sur­tout qu’elle re­pré­sente le meilleur fu­tur pour l’ave­nir des ÉtatsU­nis ; je l’aime de plus en plus quand je vois Do­nald Trump ! Elle est as­sez pro­fonde. Il y a chez elle quelque chose d’as­sez tra­gique, d’as­sez beau ; elle est une hé­roïne à qui rien n’a été don­né.

Quelle est sa vi­sion de l’Amé­rique ? Les États­Unis ne sont pas dans un bon état psy­cho­lo­gique, so­cié­tal, éco­no­mique. Il y a des dif­fi­cul­tés ra­ciales, des dif­fi­cul­tés pour les femmes, le port des armes, le droit à l’avor­te­ment, l’éco­no­mie – des mil­lions de gens vivent sous le seuil de pau­vre­té. Il faut quel­qu’un qui puisse ras­sem­bler les deux camps de l’échi­quier po­li­tique. Hilla­ry Clin­ton ne re­pré­sente pas la Nou­velle fron­tière de Ken­ne­dy ou la Grande so­cié­té de John­son ; elle ne fait pas rê­ver. Elle n’a ja­mais cher­ché à sé­duire les gens ; toute jeune dé­jà, elle ne cher­chait pas à être jo­lie. Il a fal­lu qu’elle soit la femme d’un sé­na­teur pour al­ler chez le coif­feur ! Mais si elle veut, elle peut être char­mante. Mais elle est très pro­gres­siste. Jeune, elle a mi­li­té pour un can­di­dat de la droite dure et quand la so­cié­té a évo­lué, qu’il y a eu une sorte de li­bé­ra­li­sa­tion, elle a avan­cé. En re­vanche, elle n’a ja­mais cé­dé sur cer­tains su­jets. Les droits des femmes, de la fa­mille, des en­fants… Elle a pro­gres­sé, elle a pris des risques, mais elle n’a ja­mais aban­don­né. D’ailleurs, elle n’aban­donne ja­mais, elle ne se couche ja­mais.

Qui sont ses mo­dèles en po­li­tique ? Elle a beau­coup d’ad­mi­ra­tion pour Lin­coln. Mais son mo­dèle ab­so­lu, c’est Elea­nor Roo­se­velt… Ce qui peut lui jouer des tours. Elea­nor avait une li­ber­té de pen­sée et de com­por­te­ment ex­tra­or­di­naires ; c’était une per­sonne mo­derne. Hilla­ry ne dé­clenche pas l’en­thou­siasme ; elle est un peu se­crète et à la fois sur­ex­po­sée. Mais c’est quel­qu’un de vrai­ment mo­derne, et qui évo­lue. Bill Clin­ton ou Ba­rack Oba­ma sont des bêtes de scène, pas elle ; c’est une in­tel­lec­tuelle, bien éle­vée. Ce n’est pas une na­tu­relle de la cam­pagne, mais elle sait gou­ver­ner.

Quels rap­ports en­tre­tien­telle avec ces deux-là ? Bill Clin­ton reste l’un des meilleurs po­li­ti­ciens du XXe siècle. Il a une vi­sion éco­no­mique très mo­derne, et une vi­sion po­li­tique très fu­tée. Il a in­ven­té les nou­veaux dé­mo­crates, re­cen­trés sur leurs va­leurs. Elle et lui, il faut les voir comme des par­te­naires. Ils ont une même idée pour faire mar­cher le monde. Si elle est élue, il va être bien sage der­rière ma­man, mais ça ne lui fe­ra pas un job ! Il pour­rait tra­vailler à

ré­gé­né­rer des coins ou­bliés des États­Unis. Sauf que le né­po­tisme n’est pas du goût des Amé­ri­cains… Ba­rack Oba­ma, lui, ter­mine son deuxième man­dat avec plus de 50 % de po­pu­la­ri­té, ce que n’at­teignent ni Hilla­ry, ni Trump. Il n’a pas un mau­vais bi­lan, mais il se­ra peut­être dif­fi­cile de faire ou­blier leurs désac­cords quand elle était Se­cré­taire d’État.

Est-ce que son meilleur al­lié pour ga­gner la pré­si­dence n’est pas Da­nold Trump ? Trump est un dan­ger pu­blic. Même avec un autre, elle fe­rait une bonne can­di­date. Je vou­drais qu’on se ré­jouisse de son élec­tion pour ses qua­li­tés. Beau­coup de gens aux États­Unis ne ver­ront pas les choses comme ça, mais dans le monde, là où elle est es­ti­mée, là où ça compte, si. À l’étran­ger, tous ont de l’ad­mi­ra­tion pour elle, la consi­dère comme quel­qu’un de fiable. Mais il va lui fal­loir beau­coup de ta­lent. En fait, pour l’ai­mer, il faut la re­gar­der gou­ver­ner. Elle a été une ex­cel­lente sé­na­trice de New York, ré­élue haut la main ; elle a été aus­si une très bonne Se­cré­taire d’État. Quand elle est aux af­faires, elle a une côte de po­pu­la­ri­té ex­tra­or­di­naire. Elle est faite pour gou­ver­ner, pas pour faire cam­pagne. Qu’elle soit élue, il est temps quand même ! C’est une femme, une femme douée. Il y a des signes, des sym­boles qui changent la face du monde. Son élec­tion se­rait ma­gni­fique pour la moi­tié de l’hu­ma­ni­té – les femmes – et ça ren­drait peut­être les hommes un peu moins cons ! Il faut croire en l’Amé­rique ; c’est un peuple dé­cent, une ma­gni­fique dé­mo­cra­tie. Si elle ne de­vait pas être élue, le monde en­tier en se­rait ma­lade !

Quelles de­vraient être ses pre­mières dé­ci­sions ? Il va lui fal­loir beau­coup de ta­lent… Il y a le pro­blème de la cour su­prême, dan­ge­reux pour les 10­20 ans à ve­nir ; il faut ras­su­rer sur la dé­mo­cra­tie amé­ri­caine. Il y a aus­si les pro­blèmes éco­no­miques. Il faut ras­su­rer les classes moyennes. Et il fau­dra aus­si pan­ser les plaies in­ter­ra­ciales ; le pays est au bord de la crise de nerfs, il faut ras­sem­bler. Elle en est ca­pable.

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