Pa­ris par les che­mins de t

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Fran­çois Des­noyers

Splen­deurs ar­chi­tec­tu­rales, lieux char­gés d’his­toire ou es­paces de calme et de dé­tente : loin des fi­gures im­po­sées du tou­risme de masse, Pa­ris re­cèle de tré­sors mé­con­nus que de nou­veaux ac­teurs tentent au­jourd’hui de mettre en avant. Le pu­blic ré­pond pré­sent.

a tour Eif­fel ne pro­voque plus en vous la moindre émo­tion ? Vous fuyez la foule brouillonne des Champs­Élysées ? Et ce­la fait bien long­temps que vous ne fris­son­nez plus à la vue des crânes des Ca­ta­combes ? Le constat est sans ap­pel : entre Pa­ris et vous, la pas­sion n’est plus. Une fa­ta­li­té ? Ab­so­lu­ment pas, vous di­ront les Fran­ci­liens. La ca­pi­tale pos­sède en ef­fet nombre de tré­sors mé­con­nus, propres à re­don­ner du sel aux vi­rées pa­ri­siennes. Pour les dé­cou­vrir, un im­pé­ra­tif : sor­tir des sen­tiers bat­tus.

Les che­mins de tra­verse sont par­fois tout proches. Sa­vez­vous, par exemple, qu’à quelques mi­nutes à pied de l’agi­ta­tion de la gare de Lyon se trouve l’un des plus pai­sibles pas­sages de Pa­ris, la rue Cré­mieux, une pe­tite voie pié­tonne se­crète où se suc­cèdent les fa­çades co­lo­rées ? Un îlot de calme au coeur de l’ef­fer­ves­cence ur­baine.

Il faut aus­si sa­voir pous­ser cer­taines portes pour dé­cou­vrir les ri­chesses in­soup­çon­nées de la ca­pi­tale. Ain­si, bou­le­vard Hauss­mann, au 29, l’im­po­sant bâ­ti­ment de l’agence cen­trale de la So­cié­té gé­né­rale, inau­gu­ré en 1912, cache en son sein des tré­sors ar­chi­tec­tu­raux de toute beau­té. « Il suf­fit de ren­trer et d’ad­mi­

rer », en­joint Mar­jo­laine Mees­chaert, res­pon­sable des ar­chives his­to­riques. C’est tout d’abord le hall d’ac­cueil lui­même, vaste en­ceinte cir­cu­laire sur­mon­tée d’une im­pres­sion­nante cou­pole (18 mètres de dia­mètre), qui s’offre au re­gard. « Il y a un ef­fet de sur­prise, no­tam­ment du fait de la beau­té de la ver­rière et des mo­saïques ». L’at­mo­sphère qui s’y dé­gage plonge le vi­si­teur de nom­breuses dé­cen­nies en ar­rière. Et puis, au sous­sol, se trouve une autre pièce d’ex­cep­tion : la porte de la salle des coffres. Construit aux forges du Creu­sot, cet en­semble de 16 tonnes tra­ver­sa Pa­ris au dé­but du XXe siècle jus­qu’à l’agence, de­puis la gare de la Villette, ti­ré par un at­te­lage de neuf che­vaux.

« Les plus belles fesses du Louvre »…

Voir Pa­ris au­tre­ment… L’idée est jus­te­ment au coeur d’un re­nou­veau de l’offre tou­ris­tique de la ca­pi­tale. De­puis quelques an­nées, les pro­fes­sion­nels du sec­teur planchent sur la mise en place de cir­cuits in­édits, pour per­mettre aux vi­si­teurs de re­dé­cou­vrir la ville, et de tom­ber à nou­veau sous le charme, comme au pre­mier jour.

Une ten­dance no­tam­ment por­tée par « Sur le pa­vé la plume », qui met sur pied des ba­lades lit­té­raires, Pa­ris se dé­voi­lant sous l’angle ro­ma­nesque. « La ville a tel­le­ment ins­pi­ré d’écri­vains que nous n’avons que l’em­ bar­ras du choix pour créer nos par­cours », se ré­jouit Eli­sa­beth Cloa­rec. Sur l’île Saint­Louis, où « on mur­mure que des fan­tômes ont élu do­mi­cile pour l’éter­ni­té », Louis Ara­gon est là, le club des ha­schi­schins aus­si (Bau­de­laire, Du­mas…), qui testent les ef­fets de la drogue sur la créa­tion ar­tis­tique. Dans le Ma­rais, c’est la plume de Bal­zac qui rythme le pas des pro­me­neurs. Au fil d’« ar­rêts lec­ture », ils croisent Le Cou­sin Pons ou Lu­cien de Ru­bem­pré (Les Illu­sions per­dues). La vi­site com­mence d’ailleurs bou­le­vard du Temple, là où un théâtre, le Pa­no­ra­ma­Dra­ma­tique, fut le cadre d’une ren­contre entre l’écri­vain et une jeune co­mé­dienne, Coralie, qui se­ra sa maî­tresse.

Les vi­sites thé­ma­tiques, four­millant d’anec­dotes, sont ain­si en pleine ex­pan­sion dans la ca­pi­tale. Les ba­lades du Re­nard pro­posent de se lan­cer sur les traces des mé­tal­los de Bel­le­ville, Bru­no de Baecque, « re­gar­deur pro­fes­sion­nel », in­vite, lui, à dé­cou­vrir « les plus belles fesses du Lou­ vre » ou ce que cachent « les bour­re­lets de Beau­bourg ». Les vi­sites des cou­lisses des mo­nu­ments cé­lèbres (Opé­ra Gar­nier…) ont aus­si la cote.

Le Pa­ris des Pa­ri­siens

« On note éga­le­ment une autre ten­dance : les vi­si­teurs sou­haitent ex­pé­ri­men­ter le Pa­ris des Pa­ri­siens, ils re­cherchent de l’au­then­ti­ci­té », ex­plique l’of­fice du tou­risme de la ca­pi­tale. C’est le temps des bons plans (cu­li­naires, cul­tu­rels, shop­ping…), re­cher­chés par des vi­si­teurs se dé­ta­chant des offres stan­dar­di­sées et four­nis par de jeunes ac­teurs (My Lit­tle Pa­ris, Le Bonbon…). Les tou­ristes sont, dans le même temps, en quête d’échanges plus que d’un simple sur­vol. Cer­tains sou­haitent « al­ler à la ren­contre des Pa­ri­siens ». Man­ger avec l’un d’eux de­vien­drait même un must, pro­po­sé par plu­sieurs so­cié­tés. De quoi confir­mer que, dans la jungle pa­ri­sienne, le dé­pay­se­ment tient par­fois à peu de choses.

BULLE. Peu connue, la rue Cré­mieux, où se suc­cèdent les fa­çades co­lo­rées, se ré­vèle être, à deux pas de la gare de Lyon, un îlot de quié­tude au

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