Re­trou­ver l’autre

Quand l’autre échappe, la littérature part en quête. L. Slimani et C. Cus­set aux com­mandes.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - MAG DIMANCHE - Blan­dine Hu­tin-Mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com

En cette ren­trée lit­té­raire, deux femmes partent à la ren­contre de l’autre ; deux femmes – les deux seules – qui se re­trouvent au coude­à­coude dans la der­nière sé­lec­tion du Gon­court.

Deux femmes qui, l’une en une sorte de douce in­tros­pec­tion, l’autre en une âpre quête de sens, s’in­ter­rogent sur ce qui construit l’autre, ce qui le mène à nous, ce qui nous en sé­pare, ses dé­si­rs et ses failles.

Ca­the­rine Cus­set, dans L’autre qu’on ado­rait (Gal­li­mard), re­vient sur la vie d’un ami, an­cien amant res­té tout proche. Dans la sphère de ces jeunes adultes qui construisent leur vie, mais au bord, tou­jours au bord. Car cet autre, Tho­mas, n’abou­tit ja­mais à ce qu’il cherche ; ses amours se fâchent, ses am­bi­tions uni­ver­si­taires s’ef­fritent, sa confiance s’étiole. Jus­qu’à sa perte…

C’est une autre perte que conte Leï­la Slimani dans Chan­son douce (Gal­li­mard). Celle d’une nou­nou de­ve­nue meur­trière des deux bam­bins dont elle a la charge. Celle d’une femme per­due dans les dé­dales d’une so­cié­té où seuls les forts, les dé­ci­dés, les ins­truits, les do­mi­nants semblent avoir la main haute sur leur des­ti­née.

On en­tend des ré­so­nances entre ces deux ré­cits, les échos d’une souf­france hu­maine que d’autres cherchent à éclai­rer, à dé­faut de la com­prendre tout à fait. Les écri­tures sont dif­fé­rentes, les par­cours lit­té­raires aus­si (même si Ca­the­rine Cus­set et Leï­la Slimani n’hé­sitent pas à se confron­ter à des thèmes lourds). Mais leur quête, cha­cune, laisse une em­preinte au coeur du lec­teur. Ce qui pour­rait va­loir un prix…

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