La beau­té en toile de fond

Ins­tal­lé à Ver­neix (Al­lier), l’écri­vain Oli­vier Bor­da­çarre vient de sor­tir un nou­veau ro­man, Ac­ci­dent , où il in­ter­roge la so­cié­té sur son rap­port à la beau­té.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Guillaume Bel­la­voine guillaume.bel­la­voine@cen­tre­france.com

Né à Pa­ris, Oli­vier Bor­da­çarre aime les coins re­cu­lés. Ses per­son­nages aus­si. Dans son nou­veau ro­man, Ac­ci­dents, ils sillonnent le Ju­ra, la Lo­zère, la Bre­tagne. L’écri­vain, lui, ha­bite de­puis trois mois à Ver­neix, dans l’al­lier, après avoir vé­cu long­temps dans le Ber­ry. Dans ce vil­lage, il aime la beau­té du cadre, le si­lence, l’es­pace. « J’ai trou­vé, avec ma femme et ma fille, l’en­droit idéal », dit­il.

Ac­ci­dents, pa­ru le 3 oc­tobre, n’échappe pas pour au­tant à la ca­pi­tale. Il es­quisse l’his­toire d’un peintre qui s’éprend de deux femmes aux ap­pa­rences op­po­sées, pous­sées à l’ex­trême. L’une pos­sède une plas­tique par­faite, éblouis­sante. L’autre a été dé­vi­sa­gée par les flammes lors d’un ac­ci­dent de la route, et vit re­cluse. Oli­vier Bor­da­çarre dé­peint chez elle une pro­fon­deur, une poé­sie, une sen­si­bi­li­té. « Tout ce qu’on ne voit pas de prime abord, car on est sub­ju­gué par ses ci­ca­trices. »

Der­rière ces ca­ri­ca­tures se cache une ré­flexion. « Dans une so­cié­té où l’image est pré­pon­dé­rante dans tous les rap­ports – ami­tié, amour, com­mer­ciaux –, c’est très dif­fi­cile de se re­trou­ver sou­mis à une image qui ne cor­res­pond pas aux ca­nons de la beau­ té », ana­lyse Oli­vier Bor­da­çarre.

L’écri­vain s’est ins­pi­ré de l’his­toire d’un de ses amis, dé­vi­sa­gé de­puis l’en­fance. « Quand on a une ci­ca­trice sur le vi­sage, com­ment fait­on pour ren­con­trer quel­qu’un, ai­mer, trou­ver un em­ploi ? J’ai beau­coup pen­sé à cet ami en écri­vant ce ro­man, mais il y a une dif­fé­rence de taille. Là, je parle d’une femme. Je pense que c’est bien plus dif­fi­cile pour les femmes que pour les hommes. Les pu­bli­ci­tés, les ma­ga­zines mettent en scène des femmes par­faites pour vendre des pro­duits. On ba­lance à la face des clientes un mo­dèle in­at­tei­gnable, et on crée un dé­sir im­pos­sible. »

L’ar­ti­fi­cia­li­té dans les pu­bli­ci­tés

Lui qui avait tra­vaillé dans un stu­dio de pu­bli­ci­té dé­crit cette « so­cié­té consu­mé­riste qui a co­lo­ni­sé les es­prits et les modes de vie ». « J’ai consta­té de ma­nière concrète l’as­pect ar­ti­fi­ciel et men­son­ger de tout ce qui peut se créer pour or­ga­ni­ser la pro­mo­tion d’un ob­jet. »

Le néo­bour­bon­nais vou­lait écrire un ro­man d’amour, ré­flé­chir sur la beau­té, mais aus­si par­ler de l’art, lui qui a sui­vi des cours dans une école d’his­toire de l’art. « C’est un peu un re­tour aux sources. J’ai une af­fec­tion par­ti­cu­lière pour le lan­gage pic­tu­ral. C’est le lan­gage ar­tis­tique le plus ex­tra­or­di­naire, par la lon­gé­vi­té de ses traces. C’est fas­ci­nant de re­gar­der des oeuvres d’art qui ont vingt mille ans. »

Style tra­vaillé

De­puis vingt­cinq ans, Oli­vier Bor­da­çarre anime, en pa­ral­lèle de ses créa­tions, des ate­liers d’écri­ture et de théâtre, dans des hô­pi­taux psy­chia­triques, des as­so­cia­tions d’in­ser­tion, des foyers d’ac­cueil pour per­sonnes en dif­fi­cul­té, des éta­blis­se­ments sco­laires. En ce mo­ment, il tra­vaille pour la Fon­da­tion Ab­bé Pierre. « C’est im­por­tant pour moi, ça me per­met de quit­ter ma table de travail et d’être en contact avec les vrais gens. »

Oli­vier Bor­da­çarre est un amou­reux du style. Les phrases sont écrites, ré­écrites. Son livre La France tran­quille, a su­bi plu­sieurs cor­rec­tions pour sa ré­édi­tion en poche chez Mi­la­dy. « Au bout de quatre ans, j’ai re­tou­ché plein de choses. Et en­core, je me suis re­te­nu, si­non j’au­rais tout ré­écrit de A à Z. » Son nou­veau ro­man a été écrit en trois ans. « J’ai­me­rais qu’on me dise un jour que j’ai créé ma propre mu­sique », dit­il en apar­té.

« Une so­cié­té où l’image est pré­pon­dé­rante dans tous les rap­ports »

PHO­TO FLO­RIAN SALESSE

OLI­VIER BOR­DA­ÇARRE. « J’ai consta­té de ma­nière concrète l’as­pect ar­ti­fi­ciel et men­son­ger de tout ce qui peut se créer pour or­ga­ni­ser la pro­mo­tion d’un ob­jet. »

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