En Car­pates sur les traces de Dra­cu­la

Le châ­teau de Bran en Rou­ma­nie connait un suc­cès crois­sant de vi­si­teurs at­ti­rés par les vam­pires des Car­pates et le « sou­ve­nir » du comte Dra­cu­la, per­son­nage créé par le ro­man­cier ir­lan­dais Bram Sto­ker.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

Ni­ché dans une val­lée bru­meuse de Tran­syl­va­nie, au coeur du mas­sif des Car­pates en Rou­ma­nie, le châ­teau de Dra­cu­la fas­cine plus que ja­mais avec ses tours poin­tues, ses chan­de­liers et ses cra­que­ments lu­gubres. Il a en­re­gis­tré plus de 500.000 vi­si­teurs de­puis le dé­but de cette an­née.

Les tou­ristes viennent pour une im­mer­sion dans le monde fan­tas­tique du comte Dra­cu­la. Bien avant d’être men­tion­né par le ro­man­cier ir­lan­dais Bram Sto­ker dans un ro­man pu­blié au Royaume­uni en 1897, Dra­cu­la a été un per­son­nage his­to­rique. Fils de « Vlad le Diable », Vlad Tepes est connu pour sa po­li­tique au­to­ri­taire et pour avoir fon­dé Bu­ca­rest.

« Le châ­teau peut aus­si bien être ro­man­tique que mys­té­rieux »

Sur­nom­mé « Vlad l’em­pa­leur » en rai­son de la mé­thode cruelle par la­quelle il pu­nis­sait ses en­ne­mis, le prince rou­main est cé­lèbre pour ses mé­thodes de tor­ture qui ont fait de lui un hé­ros as­soif­fé de sang. Avec une telle ré­pu­ta­tion, Bram Sto­ker a fran­chi le pas d’en faire un vam­pire.

Le châ­teau de Bran abrite au­jourd’hui un mu­sée sur les quatre étages ou­verts au pu­blic. Sa vi­site est conçue pour fa­vo­ri­ser le sus­pense, comme l’avait ex­pé­ri­men­té Jo­na­than Har­ker, l’avo­cat lon­do­nien dont le sé­jour chez le « Prince des té­nèbres » ouvre le fa­meux ro­man.

De nom­breux mor­tels hantent au­jourd’hui les lieux no­tam­ment au­tour de la pé­riode de Hal­lo­ween. Chaque an­née, plu­sieurs mil­liers de cu­rieux s’y pressent à cette oc­ca­sion pour des vi­sites noc­turnes et une fête dans le parc. Sans tou­te­fois avoir le droit d’y de­meu­rer pas­sés les douze coups de mi­nuit.

Pa­ra­doxe : bien que lu­gubre à sou­hait, le châ­ teau de Bran n’a, jus­qu’à preuve du contraire, ja­mais hé­ber­gé Vlad Tepes.

Bram Sto­ker lui­même ne s’y est ja­mais ren­du et c’est après l’avoir dé­cou­vert sur une gra­vure que l’écri­vain l’avait ju­gé « par­fait pour dé­crire le châ­teau de Dra­cu­la », confie Dacre Sto­ker, ex­pert en vam­pires et ar­rière­pe­tit­ne­veu du ro­man­cier.

Gé­rer la fron­tière entre l’his­toire et la lé­gende né­ces­site une « fi­nesse chi­rur­gi­cale », re­con­naît Alexan­dru Pris­cu, di­rec­teur du mar­ke­ting du Châ­teau de Bran.

Mais « le mo­nu­ment offre exac­te­ment ce qu’on at­tend de lui : il peut aus­si bien être ro­man­tique que mys­té­rieux », sou­ligne­t­il.

Cer­taines fe­nêtres de cette for­te­resse de style go­thique aux 57 chambres, construite sur un ro­cher abrupt au XIVE siècle pour sur­veiller les col­lines et val­lées avoi­si­nantes, ne res­semblent­elles pas à des yeux ?

Pas de quoi trau­ma­ti­ser Do­rit, une tou­riste is­raé­lienne ve­nue avec son ma­ri et son fils de 5 ans, à la de­mande, pré­cise­t­elle, du bam­bin.

« Nous sa­vons que Dra­cu­la est une lé­gende donc la si­tua­tion est sous contrôle », confie­t­elle. D’au­tant que la pe­tite fa­mille a pris soin de vi­si­ter le châ­teau de jour, quand Dra­cu­la dort et est in­of­fen­sif…

Sai­si en 1948

Le châ­teau de Bran au­ra connu presque au­tant d’ava­tars que la lé­gende de Vlad Tepes. La bâ­tisse est men­tion­née pour la première fois dans un do­cu­ment of­fi­ciel le 19 no­vembre 1377. Le roi de Hon­grie, Louis Ier d’an­jou, ac­corde alors aux ha­bi­tants de Bra­sov le pri­vi­lège de construire une ci­ta­delle de pierre sur le ro­cher qui porte le nom du vil­lage.

À la fin du XVIE siècle, le châ­teau est pla­cé sous l’au­to­ri­té des Si­cules (po­pu­la­tion de Tran­syl­va­nie de langue ma­gyare), puis rat­ta­ché à la Tran­syl­va­nie sous le règne de Ian­cu de Hu­ne­doa­ra.

Tour à tour poste de douane et bas­tion de dé­fense contre l’ex­pan­sion de l’em­pire ot­to­man, il fut of­fert en 1920 par la ville de Bra­sov à la reine Ma­rie

de Rou­ma­nie, pe­tite­fille de la reine Vic­to­ria d’an­gle­terre, fi­gure po­pu­laire de l’his­toire du pays. La sou­ve­raine l’avait amé­na­gé en ré­si­dence d’été. Sans ja­mais y faire de mau­vaises ren­contres noc­turnes pa­raît­il.

Sai­si par le ré­gime com­mu­niste en 1948, qui l’avait trans­for­mé en mu­sée d’his­toire et d’art féo­dal, il a été ren­du à ses pro­prié­taires en 2009. Il est au­jourd’hui gé­ré par un hé­ri­tier de la fa­mille royale, un den­tiste d’ori­gine amé­ri­caine, Do­mi­nique de Habs­bourg.

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