La mer au mas­cu­lin plu­riel

Vingt­neuf skip­pers au dé­part mais pas une seule concur­rente fé­mi­nine

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième jour - Oli­vier Char­rier

Le ven­dée Globle – dont le dé­part se­ra don­né, au­jourd’hui, à 13 h 02, des Sables-d’olonne – reste tou­jours la seule course au­tour du monde à la voile en so­li­taire, sans es­cale et sans as­sis­tance. Et sans aucune femme, cette an­née.

«C’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme, ta­ta­tin »… Et la femme ? C’est à croire, comme le chante Re­naud, qu’elle « pré­fère la cam­pagne » ! Voire.

En tout cas, force est de consta­ter qu’aucune concur­rente fé­mi­nine ne pren­dra le dé­part de la hui­tième édi­tion du Ven­dée Globe, my­thique course à la voile au­tour du monde, que les ma­rins ont d’ailleurs sur­nom­mée « l’eve­rest des mers ».

Cette ab­sence de na­vi­ga­trices consti­tue une triste « première » de­puis 20 ans. Car en s’ali­gnant, en 1996, au dé­part de cette épreuve qui se dé­roule tous les quatre ans, Isa­belle Au­tis­sier et Ca­the­rine Cha­baud ou­vraient en­fin aux femmes la pé­rilleuse « route des trois caps » (Bonne Es­pé­rance, Leeu­win et Horn), des 40e ru­gis­sants et même des 50e hur­lants !

La première mar­qua l’his­toire de ce troi­sième Ven­dée Globe en cher­chant déses­pé­ré­ment, pen­dant plu­sieurs jours et sans suc­cès, la trace de son ami Ger­ry Rouf, dis­pa­ru dans les mers du sud… Hors course, elle ra­me­na son voi­lier jus­qu’aux Sables­d’olonne, tan­dis que la se­conde bou­cla la course à la sixième place, sur quinze concur­rents au dé­part. À l’époque, la mixi­té s’an­non­çait donc avec pa­nache sur le Ven­dée Globle.

Lorsque la Bri­tan­nique El­len Macar­thur – pe­tit bout de femme âgée de 24 ans seule­ment – se pré­sen­ta, en 2000, sur un ba­teau construit spé­cia­le­ment pour elle, le pu­blic se de­man­da com­ment ce­la al­lait être pos­sible : si jeune et si frêle à la barre d’un si grand voi­lier ?

Lors­qu’elle fran­chit la ligne d’ar­ri­vée en deuxième po­si­tion – un jour et 28 mi­nutes très exac­te­ment der­rière Mi­chel Des­joyaux – plus per­sonne ne se po­sa de ques­tions sur ses ca­pa­ci­tés phy­siques à domp­ter un « monstre des mers ». L’ac­cueil qui lui fut ré­ser­vé lors de son re­tour aux Sables consa­cra d’ailleurs la jeune femme comme la « reine » de l’épreuve.

Un titre ho­no­ri­fique qui ne lui se­ra mal­heu­reu­se­ment pas dis­pu­té, cette an­née, la mixi­té rê­vée il y a 20 ans sur le Ven­dée Globle en ayant pris un sa­cré coup dans les voiles.

Car pour cette hui­tième édi­tion, seule l’es­pa­gnole An­na Cor­bel­la s’était pré­ins­crite : « Quand j’ai vu qu’il n’y avait pas de femmes, je me suis dit qu’on ne pou­vait pas lais­ser par­tir un Ven­dée Globe sans femme ! », confiait­elle le mois der­nier. Mais la na­vi­ga­trice a dû re­non­cer à son pro­jet, n’ayant pu réunir le bud­get mi­ni­mum de 700.000 eu­ros…

La faute aux spon­sors ? Se­lon Dee Caf­fa­ri – sixième de l’édi­tion 2008­2009 – trou­ver de l’ar­gent reste « dif­fi­cile pour tous les ma­rins, homme ou femme ». Alors quoi ? Se­lon cer­tains ob­ser­va­teurs, ce se­rait l’évo­lu­tion même de la course qui se­rait en cause, avec le choix de la classe IMO­CA pour les mo­no­coques en com­pé­ti­tion : 60 pieds (soit 18,28 mètres de long) pour un poids de 7,5 tonnes et jus­qu’à 570 m2 de voiles au por­tant.

La Bri­tan­nique El­len Macar­thur reste la « reine » de l’épreuve

Ren­dez-vous en 2020

In­ter­ro­gé par L’AFP, le di­rec­teur de la course, Jacques Ca­raës, in­cri­mine, lui, le « ha­sard » : « Il n’y a aucune contrainte par­ti­cu­lière de jauge, cette an­née. » Et si cette édi­tion marque l’ar­ri­vée de ba­teaux à foils (*), « qui sol­li­citent da­van­tage les skip­pers, phy­si­que­ment », ce fac­teur n’ex­plique pas, se­lon lui, l’ab­sence de femmes, « la voile né­ces­si­tant d’abord de la stra­té­gie, et pas seule­ment de la force ».

En at­ten­dant le re­nou­vel­le­ment de la gé­né­ra­tion Au­tis­sier, Cha­baud ou Macar­thur, Sa­man­tha Da­vies – sans doute la na­vi­ga­trice la plus at­ten­due sur cette course après deux par­ti­ci­pa­tions dont une qua­trième place, en 20082009, et un aban­don après avoir dé­mâ­té, en 2012­2013 (lire ci­contre) – pré­fère re­je­ter la faute sur « un mau­vais concours de cir­cons­tance », elle qui, en­ga­gée dans la Vol­vo Ocean Race, en 2015, « n’a pas eu as­sez de temps, cette an­née, pour se pré­pa­rer ».

Une si­tua­tion qui ne de­vrait tou­te­fois pas se re­pro­duire lors de la pro­chaine édi­tion, en 2020, à la­quelle elle a dé­jà pro­mis de « par­ti­ci­per ». Ga­geons qu’elle ne soit pas la seule à pré­fé­rer la mer… à la cam­pagne !

(*) « Mous­taches » sur la coque qui font s’éle­ver les voi­liers au­des­sus de l’eau.

« OÙ SONT LES FEMMES ? » La na­vi­ga­trice Ca­the­rine Cha­baud, ici à la proue de son voi­lier, le 18 oc­tobre 2000, au large des Sables-d’olonne. PHO­TO AFP

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