« La di­gni­té des fa­milles, leur pu­deur nous ont frap­pés »

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Grand angle grand angle - Ma­rielle Bas­tide ma­rielle.bas­tide@cen­tre­france.com Web. L’in­ter­view com­plète à lire sur www.lamon­tagne.fr.

Res­pon­sable de la Cel­lule d’ur­gence mé­di­co-psy­cho­lo­gique (Cump) de la ré­gion Au­vergne, le docteur Ju­lie Ge­neste-sae­lens est in­ter­ve­nue à Pa­ris et à Nice après les at­ten­tats.

La psy­chiatre a no­tam­ment pris en charge des fa­milles de vic­times du Ba­ta­clan, à l’ins­ti­tut mé­di­co­lé­gal de Pa­ris.

Comment s’est or­ga­ni­sée l’in­ter­ven­tion ? Il y a une co­or­di­na­tion na­tio­nale avec une mon­tée cres­cen­do des ren­forts lors­qu’un tel évé­ne­ment se pro­duit. Nous étions dix de la Cump Au­vergne, tous vo­lon­taires : cinq psy­chiatres, trois psy­cho­logues et deux in­fir­miers spé­cia­li­sés en psy­cho­trau­ma­to­lo­gie.

En quoi consis­tait votre tra­vail ? Nous sommes ar­ri­vés une di­zaine de jours après les at­ten­tats. Nous étions es­sen­tiel­le­ment ba­sés à l’ins­ti­tut mé­di­co­lé­gal, pour ap­por­ter un sou­tien psy­cho­lo­gique im­mé­diat aux fa­milles au mo­ment de la re­mise des corps. Il y avait à la fois une très grande dé­tresse, mais aus­si une di­gni­té, une grande pu­deur dans l’ex­pres­sion de la tris­tesse des fa­milles, qui nous ont vrai­ment frap­pés. Une par­tie de l’équipe a aus­si as­su­ré une per­ma­nence de sou­tien mé­di­co­psy­cho­lo­gique à la mai­rie du 10e et du 11e arrondissement, où des consul­ta­tions ont été mises en place, sept jours sur sept.

Les res­ca­pés peuvent-ils se « re­mettre » d’un tel évé­ne­ment ? Lorsque l’on a été con­fron­té à la réa­li­té de la mort, l’im­pact per­dure à vie, même quand on ar­rive à gé­rer à l’aide de tech­niques psy­cho­thé­ra­peu­tiques, de mé­di­ca­ments.

Quelque chose a été dé­fi­ni­ti­ve­ment cas­sé dans la psy­cho­lo­gie de la per­sonne. Des vic­times par­viennent à la ré­mis­sion, avec la di­mi­nu­tion de cer­tains symp­tômes. Mais on ne peut pas pro­non­cer le mot gué­ri­son dans des cas de stress post­trau­ma­tiques aus­si sé­vères.

Comment vous êtes-vous pré­ser­vée, en tant que pro­fes­sion­nelle ? La du­rée de l’in­ter­ven­tion, trois jours dans notre cas à Pa­ris, compte beau­coup. Il faut sa­voir pas­ser le re­lais aux col­lègues. Ce­la de­mande une vraie dis­ci­pline. Tous les soirs, nous avions au moins deux heures de de­brie­fing en équipe.

C’est im­por­tant pour ne pas être trop im­pac­tés émo­tion­nel­le­ment par ce que nous avons vu et en­ten­du. C’est in­dis­pen­sable pour re­bon­dir le len­de­main, pour être à nou­veau à l’écoute des vic­times et de leurs fa­milles.

RATP. Les res­ca­pés ont été conduits en bus vers les cel­lules d’ur­gence mé­di­co-psy­cho­lo­gique. PHO­TO D’ARCHIVES AFP

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