Ver­cin­gé­to­rix re­çu en grande pompe

Re­dé­cou­verte de l’his­toire des bâ­ti­ments et des mo­nu­ments cler­mon­tois

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont vivre sa ville - Pierre-ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Jour­née po­pu­laire, pour l’inau­gu­ra­tion de la sta­tue de Ver­cin­gé­to­rix, dans une ville toi­let­tée de frais. C’était en oc­tobre 1903.

Ason ar­ri­vée à Cler­mont, la contro­verse sur l’em­pla­ce­ment dé­fi­ni­tif de la sta­tue de Ver­cin­gé­to­rix n’est pas com­plè­te­ment éteinte… Elle est même re­lan­cée avec hu­mour dans la presse lo­cale : « Cler­mont avait eu en France le pre­mier tram élec­trique, que Cler­mont ait donc la pre­mière sta­tue au­to­mo­bile…

» Ache­tons l’au­to, les chauf­feurs cler­mon­tois s’ho­no­re­ront cer­tai­ne­ment d’en prendre à tour de rôle la conduite, et la sta­tue pour­ra, chaque an­née or­ner deux ou trois mois les Sa­lins, deux ou trois mois Jaude ou la place De­lille. Mais on pour­ra en­core la conduire à l’es­pla­nade le jour de la dis­tri­bu­tion des prix du Ly­cée de jeunes filles (Jeanne­d’arc), et elle pour­rait prendre la pré­si­dence des fêtes de quar­tier sur la place du Champ­gil ou au mar­ché Saint­pierre.

» En­fin, il se­rait peu ba­nal de voir le grand chef Ar­verne dé­fi­ ler en tête des troupes le 14 juillet ou al­ler au­devant des mi­nistres quand nous au­rons l’avan­tage d’en re­ce­voir… »

Après un sé­jour de plu­sieurs mois dans la cour du Pa­lais uni­ver­si­taire (l’ac­tuel rec­to­rat), l’em­pla­ce­ment de la place de Jaude s’im­pose et à par­tir de là les évé­ne­ments s’en­chaînent avec une pré­ci­sion ma­thé­ma­tique : dé­but 1903, le Conseil mu­ni­ci­pal vote un cré­dit de 40.000 F et dé­signe une dé­lé­ga­tion pour se rendre à Pa­ris in­vi­ter les plus hautes au­to­ri­tés de l’état. La sta­tue est ins­tal­lée le 20 sep­tembre et l’inau­gu­ra­tion pré­vue pour le 11 oc­tobre 1903.

De nom­breux cour­riers conser­vés aux Archives mu­ni­ci­pales de Cler­mont at­testent de l’en­thou­siasme sou­le­vé dans la France en­tière par cette pers­pec­tive. De nom­breux poètes en­voient spon­ta­né­ment leurs oeuvres dé­diées au grand chef gau­lois, des per­son­nages les plus di­vers font des offres de ser­vices en par­ti­cu­lier dans le do­maine ar­tis­tique pour créer des spec­tacles et les clubs spor­tifs lo­caux ri­va­lisent de pro­jets de courses vé­lo­ci­pé­diques ou ter­restres des­ti­nées à agré­men­ter la jour­née…

L’en­semble de la voi­rie com­mu­nale est pas­sé au peigne fin, les places sont dé­ga­gées de tout en­com­bre­ment et sa­blées de neuf, les rues sont net­toyées avec une grande at­ten­tion.

Ré­sul­tat : la ville est toute pim­pante, prête à vivre une des plus belles jour­nées fes­tives de son his­toire. Plus de cin­quante mille per­sonnes as­sistent aux cé­lé­bra­tions en pré­sence de trois mi­nistres dont le pre­mier d’entre eux, le pré­sident du Conseil, Emile Combes.

Comme sou­vent à cette époque, les évé­ne­ments se dé­cryptent avec une lec­ture politique. Ain­si le mo­nu­ment de Ger­go­vie éle­vé en 1900 sur les plans de l’ar­chi­tecte Jean Teillard est­il l’oeuvre des Conser­va­teurs (en­ten­dez Ré­pu­bli­cains mo­dé­rés, Bo­na­par­tistes et Mo­nar­chistes).

En ré­ponse, pour l’inau­gu­ra­tion de la sta­tue de Ver­cin­gé­to­rix en oc­tobre 1903, tout ce que Cler­mont compte de Ré­pu­bli­cains (en­ten­dez Ra­di­caux et So­cia­listes) est pré­sent. La plu­part des syn­di­cats ou­vriers veulent par­ti­ci­per aux dif­fé­rents dé­fi­lés, comme l’at­teste le cour­rier du « Syn­di­cat des ou­vriers des mé­taux » se plai­gnant de ne pas avoir été in­vi­té…

Pre­mier sé­jour dans la cour de l’ac­tuel rec­to­rat De­ve­nu un sym­bole ana­chro­nique pour les Ré­pu­bli­cains

Une mé­daille com­mé­mo­ra­tive en ar­gent est frap­pée à deux cents exem­plaires. Elle porte cô­té face une re­pré­sen­ta­tion de la sta­tue de Ver­cin­gé­to­rix et au dos cette ins­crip­tion : « A la Gloire de l’au­vergne d’où sur­git le Pre­mier Cri de Pa­trio­tisme sur le Sol de France »… Comme le si­gnalent vo­lon­tiers les his­to­riens con­tem­po­rains : « L’at­ta­che­ment à Ver­cin­gé­to­rix re­lève d’un ana­chro­nisme com­plet… il est de­ve­nu un sym­bole pour les Ré­pu­bli­cains alors que c’était un roi… » Notre his­toire n’est pas à une contra­dic­tion près…

TÉ­MOI­GNAGE. Le texte d’une carte pos­tale dé­crit l’inau­gu­ra­tion, en oc­tobre 1903. Vient en­suite la si­gna­ture et, au ver­so, l’adresse de la des­ti­na­taire (une fian­cée ?) au Puy-en-ve­lay. © DR ARCHIVES P.-G. G.

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