Les graines de la so­li­da­ri­té ont ger­mé « Il ne peut pas y avoir de vol ! »

Le mou­ve­ment des In­croyables co­mes­tibles fleu­rit un peu par­tout en France, et aus­si en Au­vergne. Le but ? Plan­ter pour les autres dans l’es­pace pu­blic avec l’idée de créer une nour­ri­ture abon­dante pour tous.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Ré­mi Pi­ro­nin mou­lins@cen­tre­france.com Pra­tique. Plus d’in­for­ma­tions sur www.in­croya­bles­co­mes­tibles.fr

«Mon­trer l’exemple n’est pas la meilleure fa­çon de convaincre, c’est la seule. » C’est en par­tant de ce constat que des ci­toyens or­di­naires ont dé­ci­dé de chan­ger leur ma­nière de pen­ser l’agri­cul­ture en se tour­nant vers une pro­duc­tion vi­vrière. Dans l’hexa­gone, le film cé­sa­ri­sé De­main, réa­li­sé par Cy­ril Dion et Mé­la­nie Laurent en no­vembre 2015, leur a per­mis de sor­tir de l’ombre.

« Il s’agit d’un mou­ve­ment ci­toyen d’agri­cul­ture par­ta­gée et so­li­daire créé en 2008 à Tod­mor­den dans le nord de l’an­gle­terre, rap­pelle Jean­mi­chel Her­billon, co­fon­da­teur du mou­ve­ment des In­croyables co­mes­tibles en France. Plu­tôt que de ma­ni­fes­ter à Pa­ris, on pré­fère créer des ini­tia­tives lo­cales en France et par­tout dans le monde. » Con­crè­te­ment, il s’agit de se ré­ap­pro­prier l’es­pace pu­blic pour plan­ter des lé­gumes ou des plantes dans des bacs ou des par­terres par­tout où c’est pos­sible, et de mettre en par­tage la ré­colte.

« Créer de la nour­ri­ture à par­ta­ger. C’est notre ob­jec­tif. Ce qui nous dis­tingue des jar­dins com­mu­nau­taires, c’est qu’il n’y a pas de bar­rières. C’est to­ta­le­ment ou­vert au pu­blic. N’im­porte qui peut ve­nir plan­ter, en­tre­te­nir, ré­col­ter et ce ne sont pas for­cé­ment les mêmes per­sonnes qui se chargent des dif­fé­rentes étapes », pour­suit Jean­mi­chel Her­billon.

Im­plan­tée en France de­puis quatre ans et de­mi, l’ini­tia­tive est en pleine crois­sance. Les In­croyables co­mes­tibles comptent en­vi­ron 500 ac­tions au ni­veau na­tio­nal, que ce soit en ville ou à la cam­pagne. Mal­gré cette dy­na­mique na­tio­nale, l’au­vergne reste à la traîne. « En Au­vergne, ça n’a pas vrai­ment dé­col­lé puis­qu’on compte à ce jour onze ini­tia­tives, constate Jean­mi­chel Her­ billon. Mais le nombre est dif­fi­cile à dé­ter­mi­ner car ces ini­tia­tives sont vi­vantes. Ça va, ça vient. Ça peut fleu­rir une sai­son ou s’en­ra­ci­ner pour long­temps. Bien sûr en France, il est obli­ga­toire d’avoir l’au­to­ri­sa­tion pour plan­ter dans l’es­pace pu­blic. Mais nous ne sommes pas an­ti­sys­tème ! Au contraire, nous en­cou­ra­geons la co­opé­ra­tion entre les ci­toyens, les as­so­cia­tions, les col­lec­tifs d’as­so­cia­tions et les pou­voirs pu­blics comme les mai­ries ou les col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales. » Ac­tuel­le­ment dans l’al­lier, trois pro­jets sont re­cen­sés à Mont­lu­çon, La­pa­lisse et Né­ris­les­bains. Ce der­nier, lan­cé dé­but 2015 par Del­phine Lai­ret, res­pon­sable du ser­vice et de la dé­marche qua­li­té à l’of­fice de tou­risme, illustre par­fai­te­ment cet es­prit de co­opé­ra­tion. « Nous sommes à l’ori­gine de ce mou­ve­ment mais en par­te­na­riat avec les sco­laires, les mai­sons de re­traite et les ser­vices tech­niques de la ville. Nous avons donc ins­tal­lé des car­rés po­ta­gers devant l’of­fice de tou­ risme, l’école élé­men­taire, le col­lège, et le cam­ping. Ça a très bien mar­ché ! Du coup, on s’est agran­di et on a amé­na­gé des par­terres dé­diés au fleu­ris­se­ment en po­ta­ger. Nous avons éga­le­ment trans­for­mé la rue du Ca­pi­tai­neMi­gat en “Rue jar­din”, afin de faire de cette voie se­mi­pié­tonne une place pro­pice à la cueillette de plantes aro­ma­tiques et mé­di­ci­nales. »

To­mates, sa­lades, au­ber­gines, ra­dis, plantes aro­ma­tiques ou mé­di­ci­nales… tout est pos­sible ! Mais le but est aus­si de faire ger­mer un es­prit de so­li­da­ri­té et de fra­ter­ni­té.

« Ce que j’aime dans cette ini­tia­tive, c’est qu’elle em­brasse toutes les di­men­sions, aus­si bien so­ciale, qu’en­vi­ron­ne­men­tale, in­ter­gé­né­ra­tion­nelle et ali­men­taire », pré­cise Hé­lène Hé­tier qui s’est je­tée à l’eau en oc­tobre der­nier à Mont­lu­çon. « Il s’agit de se ré­ap­pro­prier le ter­ri­toire, de man­ger sein et lo­cal mais il s’agit aus­si de re­ connec­ter les gens entre eux et avec la terre, in­siste Jean­mi­chel Her­billon. Le but est que les gens se re­trouvent pour par­ti­ci­per à une co­créa­tion joyeuse de proxi­mi­té. Les jar­dins sont plus ou moins éla­bo­rés, mais le prin­ci­pal, c’est que les gens se re­trouvent et ré­flé­chissent à notre nour­ri­ture et à une agri­cul­ture so­li­daire et vi­vante. »

De la nour­ri­ture en libre ac­cès dans l’es­pace pu­blic, l’idée est ori­gi­nale mais pose né­ces­sai­re­ment la ques­tion de la sé­cu­ri­té au­tour de ces lieux. « Il ne peut pas y avoir de vol ! Puisque tout est of­fert li­bre­ment, sou­rit le co­fon­da­teur d’in­croyables co­mes­tibles. Mal­gré tout, on constate quelques dé­bor­de­ments. Cer­tains pré­lèvent plus qu’ils ne de­vraient, et des bacs sont par­fois dé­gra­dés, mais ça fait par­tie in­té­grante du mou­ve­ment des In­croyables co­mes­tibles. On ne maî­trise rien ! Ça pousse à un cer­tain dé­ta­che­ment in­hé­rent à ce mou­ve­ment. Il faut prendre du plai­sir au mo­ment où on le fait. C’est l’ins­tant pré­sent qui compte. »

« N’im­porte qui peut plan­ter, en­tre­te­nir, et ré­col­ter »

INI­TIA­TIVE. Les In­croyables co­mes­tibles fleu­rissent lo­ca­le­ment comme ici dans la « Rue jar­din » à Né­ris-les-bains. PHO­TO CECILE CHAMPAGNAT

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