Une tech­nique d’étude in­no­vante

Le CPIE (*) du Ve­lay s’est don­né la mis­sion de sau­ve­gar­der les cra­pauds son­neurs à ventre jaune dans les gorges de la Loire, à l’aide d’une tech­nique no­va­trice en ma­tière d’étude sur les pe­tits am­phi­biens.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Gé­ral­dine Gar­cia

Bom­bi­na va­rie­ga­ta, est une es­pèce d’am­phi­bien de la fa­mille des Bom­bi­na­to­ri­dae, ap­pe­lée en langue com­mune, cra­pauds son­neurs à ventre jaune.

Re­con­nais­sable par sa face ven­trale jaune, tran­chant avec sa face dor­sale d’un gris terne, le cra­paud son­neur ap­par­tient à l’une des sept es­pèces d’am­phi­biens me­na­cées sur le ter­ri­toire mé­tro­po­li­tain, et donc pro­té­gées suite aux éva­lua­tions réa­li­sées par le Co­mi­té fran­çais de L’UICN (Union in­ter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la na­ture) et le Mu­séum na­tio­nal d’his­toire na­tu­relle.

C’est dans ce cadre que So­lenne Mul­ler, char­gée de mis­sion au CPIE du Ve­lay s’est don­née la tache de contri­buer à la sau­ve­garde de cette es­pèce en Haute­loire.

En 2014, les sites de re­pro­duc­tion des cra­pauds son­neurs à ventre jaune avaient dé­jà été in­ven­to­riés et pro­té­gés. Consti­tués de mares, or­nières ou flaques d’eau en fo­rêt, ces ha­bi­tats de re­pro­duc­tion de l’es­pèce sont plu­tôt ai­sés à dé­ter­mi­ner. Mais quand est­il des ha­bi­tats ter­restres ? En ef­fet, en hi­ver, entre les mois d’oc­tobre et avril, le cra­paud son­neur hi­berne, s’en­terre, se cache, sur la terre ferme, le plus sou­vent en mi­lieu boi­sé, pour se pro­té­ger du gel, au­quel il est par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible. Alors où partent­ils ? À quelle dis­tance sont­ils des points d’eau ? « La fo­rêt est vaste. Au­tant cher­cher une ai­guille dans une botte de foin », confie So­lenne Mul­ler. Mais c’était sans comp­ter sur les pos­si­bi­li­tés qu’offrent les nou­velles tech­no­lo­gies…

La ra­dio­té­lé­mé­trie

C’est une tech­nique no­va­trice en ma­tière d’étude sur les pe­tits am­phi­biens. Iné­dite en France, « nous avons dû com­man­der le ma­té­riel au Ca­na­da. Il n’existe pas en­core en France », pré­cise So­lenne. Elle pour­suit : « Une ba­lise est pla­cée sur l’ani­mal, qui émet alors un si­gnal per­cep­tible grâce à un ré­cep­teur ra­dio. » Ra­dio en main, la jeune femme cher­chait par­tout, dans les brous­sailles, dans le sable, sous les roches, les touffes de mousse… sui­vant le « bip » émis par la ra­dio et in­di­quant le lieu où s’était ca­ché le cra­paud ap­pa­reillé. C’est un type de re­cherche in­no­vant, en­core très peu uti­li­sé en France, sur des ani­maux de cette taille. « Nous avons pu suivre leurs dé­pla­ce­ments dans l’es­pace sur une pé­riode d’un mois. Grâce à cette étude, nous avons au­jourd’hui de nou­velles connais­sances sur la fa­çon dont le cra­paud son­neur à ventre jaune oc­cupe l’es­pace dans les gorges de la Loire. « Et contrai­re­ment à ce que l’on pen­sait, nous avons ob­ser­vé qu’il ne s’éloi­gnait pas tant que ça de leur lieu de re­pro­duc­tion. Ils res­tent à proxi­mi­té des points d’eau et quoi qu’il en soit, dans le lit ma­jeur du cours d’eau. Soit à une dis­tance de 50 à 60 m au­tour des mi­lieux aqua­tiques, dans les fo­rêts d’aul­naies », dé­taille So­lenne Mul­ler. Dé­sor­mais, lors de tra­vaux fo­res­tiers par exemple, « nous connais­sons les zones à pro­té­ger. »

(*)Centre permanent d’ini­tia­tives pour l’en­vi­ron­ne­ment

Huit cra­pauds ont été équi­pés et sui­vis du­rant un mois d’étude

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.