Des pom­piers face au « chaos »

Ve­nus pour soi­gner une en­torse, ils ont été pris dans les fu­sillades des ter­rasses

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Attentats du 13 novembre -

Le 13 no­vembre, trois pom­piers étaient ve­nus pour une en­torse et se sont re­trou­vés au coeur de l’at­ten­tat. Cible des dji­ha­distes, ils ont sur­mon­té leur pa­nique pour ai­der les vic­times.

Ce soir­là, le ca­po­ral­chef Ch­ris­tophe, le ca­po­ral Loïc et Ar­thur sont en­voyés dans un su­per­mar­ché à quelques mètres du res­tau­rant Le Pe­tit Cam­bodge et du Ca­rillon. Ils soignent l’en­torse d’une em­ployée quand éclatent les tirs.

La scène dure deux, trois mi­nutes. « J’ar­rive sur le car­re­four. Je fais un pre­mier bi­lan ap­proxi­ma­tif : 15 morts », ra­conte le ca­po­ral­chef. Cal­me­ment, il trans­met les in­for­ma­tions à la ra­dio. Il s’étonne au­jourd’hui d’avoir res­pec­té la pro­cé­dure. Et d’avoir vu ses deux hommes s’exé­cu­ter dans ce « chaos », faire mé­ca­ni­que­ment les gestes de se­cours maintes et maintes fois ré­pé­tés.

« Vic­times et sau­ve­teurs »

Eux qui n’ont ja­mais vu de bles­sures par balles doivent « prio­ri­ser » les bles­sés. « Y’en a qui vous ap­pellent à deux mètres, mais y’en a 15 autres avant. Ils ont tous re­çu des balles… », ra­conte Ar­thur. Les ren­forts ar­rivent en­fin.

Après près de cinq heures de soins, ils rentrent « rin­cés par la vie ». Qua­torze per­sonnes ont pé­ri là­bas. Ar­thur n’ou­blie­ra ja­mais ce « couple de jeunes amou­reux al­lon­gé sur le cô­té en train de se re­ gar­der ». « La fille, la ving­taine, avait pris une balle dans le poi­gnet. Son co­pain était en train d’ago­ni­ser. Elle m’a sup­plié de l’ai­der, j’ai fait quelque chose, mais je sa­vais que c’était fi­ni pour lui », ex­plique­t­il.

« On s’est re­trou­vés vic­times et sau­ve­teurs », ana­lyse Ch­ris­tophe qui a dé­cou­vert « un sen­ti­ment que je connais­sais pas : un gros sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té ». « Lié » pour tou­jours à ces deux hommes, le ca­po­ral­chef ne sait plus s’il les a même fé­li­ci­tés. Il lève les yeux vers eux : « Si ça a pas été fait, les gars, je suis dé­so­lé. Je suis fier de vous, oui. » Le len­de­main, quel­qu’un a glis­sé sous la porte de la ca­serne un mot qu’ils n’ou­blie­ront pas. « Vous êtes des hé­ros. »

HÉ­ROS. De gauche à droite, le ca­po­ral-chef Ch­ris­tophe et les ca­po­raux Loïc et Ar­thur. PHO­TO AFP

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