Une vie après la politique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - 7 jours en politique Actualités - Ber­nard Stéphan ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com (*) En li­brai­rie. Je vote ou pas ? de Laurent Pe­tit­guillaume et Laurent Grand­guillaume. Ed. Al­bin Mi­chel. 139 p., 12,90€.

Laurent Grand­guillaume, dé­pu­té PS de la Côte-d’or, au­rait pu s’ins­tal­ler dans la car­rière. Il dé­cide de rac­cro­cher. Il y a donc une vie après la politique.

Peut­on être un jeune dé­pu­té, élu dans une cir­cons­crip­tion plu­tôt fa­vo­rable à la gauche et dé­ci­der de chan­ger de vie ? Laurent Grand­guillaume a vou­lu tour­ner la page pour ne pas s’ins­tal­ler dans une car­rière. Il l’ex­plique dans un livre co­écrit avec le co­mé­dien et ani­ma­teur de ra­dio Laurent Pe­tit­guillaume (*).

« Il n’y a qu’en France où l’idée de la li­mi­ta­tion de la du­rée des man­dats est anor­male. » Et le dé­pu­té so­cia­liste de la pre­mière cir­cons­crip­tion de la Cô­ted’or ex­plique ain­si : « Pour moi, la politique ce n’est pas seule­ment être élu. Un syn­di­ca­liste, un bé­né­vole dans une as­so­cia­tion sont des gens en­ga­gés, ils sont au­tant utiles qu’un élu dans la ci­té. »

Beau­coup d’élus ont ou­blié le col­lec­tif

C’est ce re­gard qui conduit Laurent Grand­guillaume à por­ter un ju­ge­ment sé­vère sur ses pairs. « Le PS, dit­il, au­jourd’hui, est un peu re­ve­nu à ce qu’était la SFIO ja­dis. Il y a beau­coup de res­pon­sables so­cia­listes lo­caux qui sont de­ve­nus des sou­ve­rains dans leur ter­ri­toire, ils se sont in­di­vi­dua­li­sés en ou­bliant le col­lec­tif. » Et sé­vère, il ajoute : « Au­jourd’hui, le PS est de­ve­nu un par­ti d’élus et de fonc­tion­naires de la politique. Et dans l’exer­cice du pou­voir, il s’est re­cro­que­villé sur ses élus. »

L’exer­cice édi­to­rial du dé­pu­té bour­gui­gnon le conduit à ré­pondre aux in­ter­ro­ga­tions de l’ ac­teu­ra­ni­ma­teur qui, lui, se pose quelques ques­tions simples : Pour­quoi vo­ter ? À quoi servent les élus puisque les im­pôts aug­mentent, le chô­mage ne baisse pas ? Pour­quoi chaque fois c’est le même scé­na­rio : ce­lui des pro­messes non te­nues ?

C’est ain­si que le jeune dé­pu­té so­cia­liste ré­pond, ex­plique, jus­ti­fie, en fixant clai­re­ment son cap, il va quit­ter la politique parce que, dit­il, « il y a une vie après la politique ». Et il la­boure cette piste en ré­pon­dant à la ques­tion sui­vante : peut­on conci­lier sa vie de fa­mille et une vie par­le­men­taire ? Ré­ponse : « C’est dif­fi­cile, ef­fec­ti­ve­ment. […] Trou­ver le bon équi­libre est as­sez com­pli­qué. […] Et c’est là qu’il faut sa­voir choi­sir dans la fa­çon d’abor­der cette pé­riode : faire car­rière ou dé­fendre ses convic­tions pen­dant un temps don­né, un seul man­dat par exemple. Puis re­tour­ner… à sa vie pro­fes­sion­nelle. »

Laurent Grand­guillaume avance aus­si un autre ar­gu­ment, ce­lui de l’au­dace. « Un élu à vie, dit­il, de­vient pru­dent alors qu’un bon par­le­men­taire doit sa­voir prendre des risques. » Ce qui le conduit, à es­quis­ser ce que se­ra l’homme politique idéal de de­main. « Je crois, écrit­il, j’es­père, que l’homme politique de de­main ne cu­mu­le­ra plus de man­dats. Qu’il consi­dé­re­ra la politique comme un en­ga­ge­ment sur un temps li­mi­té et non plus comme un mé­tier à part en­tière. »

Tou­jours confiance en Fran­çois Hol­lande

Laurent Grand­guillaume ne sort pas de la lé­gis­la­ture les­si­vé au sens où il se­rait es­sen­tiel­le­ment dé­çu. Il a glo­ba­le­ment sou­te­nu l’action de la ma­jo­ri­té, il n’a pas par­ta­gé les fièvres des fron­deurs, il garde sa confiance à Fran­çois Hol­lande. « Je pense qu’il se­ra can­di­dat, je l’es­père. Et je pense qu’il doit y avoir un dé­bat, et là les ci­toyens choi­si­ront. Il faut qu’il ex­plique. Quand je l’en­tends dans cer­tains de ses dis­cours, ce­lui de Wa­gram par exemple, j’ai des ré­ponses. Il doit ex­pli­quer, non seule­ment dé­fendre le bi­lan, mais aus­si ex­pli­quer pour­quoi cer­taines choses n’ont pas fonc­tion­né. »

Et même s’il va tour­ner la page et faire autre chose, Laurent Grand­guillaume livre un der­nier mes­sage : il faut vo­ter. Parce que, écrit­il sim­ple­ment, « le vote est le mo­teur de la dé­mo­cra­tie ».

LAURENT GRAND­GUILLAUME. Dé­pu­té de Bour­gogne, il a dé­ci­dé de chan­ger de vie. PHO­TO PHI­LIPPE BIGARD

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