Des fouilles, la mort et puis la vie

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

Ron­sard en­ter­ré « à gauche de l’au­tel en en­trant dans l’église »

Ils en ont dé­ver­sé de l’en­grais dans ce mas­sif… « On ne com­pre­nait pas pour­quoi les buis jau­nis­saient » et les ro­siers fai­saient grise mine.

L’ex­pli­ca­tion est ve­nue en creu­sant, lorsque les fon­da­tions d’une an­cienne pe­tite église ont af­fleu­ré. « Les ro­siers n’aiment pas trop le cal­caire… », com­mente, sou­riant, Vincent Gui­dault.

Une grande cam­pagne de fouilles en 2009 et 2010 a aus­si li­vré aux équipes 430 sé­pul­tures, re­li­gieuses et laïques, ain­si que des vases fu­né­raires, des fi­bules, le sceau d’une bulle pa­pale… « C’est émou­vant de voir ces ob­jets qu’ils ont tou­chés. Je me sou­viens d’un corps in­hu­mé avec, dans la main, un jeu de ma­relle des­si­né sur une ar­doise », confie le di­rec­teur des lieux. Et puis, il y a ces « choses plus mar­quantes », comme ce bé­bé, dé­cé­dé quelque temps après sa mère, mais « qu’ils avaient pris soin de pla­cer dans les bras de cette dernière, morte en couches ».

Six su­jets tré­pa­nés au XIIIE siècle, « et qui s’en sont sor­tis » comme le prouve la ré­gé­né­ra­tion os­seuse, ont aus­si été ex­hu­més. « Saint Cosme est le pa­tron des mé­de­cins et des chi­rur­giens. Ces lieux ont sans nul doute abri­té une ac­ti­vi­té chi­rur­gi­cale ». Les os­se­ments, après être pas­sés sous la loupe de scien­ti­fiques, ne sont pas res­tés au dé­pôt ar­chéo­lo­gique, mais sont re­ve­nus au mo­nas­tère, où ils re­posent dé­sor­mais dans les combles de l’église. « Nous y te­nions. Ces gens avaient sou­hai­té être en­ter­rés au prieu­ré, donc leur place est ici », confie le res­pon­sable du site.

Au­jourd’hui, le ci­me­tière des moines est sym­bo­li­sé par un jar­din de lau­riers nobles qui for­me­ront, d’ici quelques an­nées, une pro­me­nade pro­pice à la mé­di­ta­tion. Le lau­rier, sym­bole d’im­mor­ta­li­té, de gloire et de connais­sance. Plus loin, à l’em­pla­ce­ment du ci­me­tière laïc, s’épa­nouissent à pré­sent des fi­guiers.

Une ma­nière de rendre hom­mage aux vi­vants d’un autre temps, dont le plus cé­lèbre est bien en­ten­du Pierre de Ron­sard (15241585), « prince des poètes », grand homme de la Re­nais­sance. Ses restes ont été re­trou­vés en 1933, grâce aux in­di­ca­tions pré­cises de son exé­cu­teur tes­ta­men­taire, Étienne Pas­quier. Le­quel in­di­quait que le poète avait été in­hu­mé « à gauche de l’au­tel en en­trant dans l’église ». C’était exact. La sé­pul­ture y re­pose tou­jours.

PHO­TO F.CH

TONALITÉS D’AU­TOMNE. Le prieu­ré vu du bois at­te­nant.

PHO­TO LÉO­NARD DE SERRES

PIERRE TOMBALE. Ici, re­pose Ron­sard, à l’en­droit où ont été re­trou­vés ses restes en 1933.

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