Pré­ser­ver la dé­mo­cra­tie

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Attentats du 13 novembre - BER­NARD STÉPHAN ber­nard.ste­phan@cen­tre­france.com

Faut-il com­mé­mo­rer ? La ré­ponse est évi­dem­ment oui. Dans le cas des at­ten­tats de Pa­ris, elle fonde une uni­té au­tour de la mé­moire du trau­ma­tisme. Elle n’est pas seule­ment sou­ve­nir des morts, elle est union des vi­vants. La com­mé­mo­ra­tion est tou­jours un moyen de trans­mis­sion de la mé­moire, no­tam­ment pour les gé­né­ra­tions qui viennent et du sou­ve­nir, no­tam­ment pour ceux qui ont été les té­moins des évé­ne­ments. La tra­gé­die étant très ré­cente, la com­mé­mo­ra­tion par­ti­cipe for­cé­ment du deuil. En­fin, elle est une ex­pres­sion de la Na­tion au­tour de ses va­leurs com­munes.

Alors un an après, la France a­t­elle chan­gé ? Là en­core, la ré­ponse est oui. D’abord, elle n’a pas ci­ca­tri­sé toutes les plaies. Elle est en­core dans le deuil. En­suite elle a cons­truit un sys­tème contre l’agres­sion. Ain­si elle vit au­tre­ment. Peu­têtre glisse­t­elle vers une so­cié­té à l’is­raé­lienne, sur le qui­vive mais aus­si sou­mise à la fa­ta­li­té. Elle est moins heu­reuse au sens de l’in­sou­ciance. Ce qui la ca­rac­té­rise le plus, c’est l’in­quié­tude, sen­ti­ment sous­ja­cent permanent.

La crainte est­elle tou­jours là ? La ré­ponse est for­cé­ment oui. Cette crainte n’est pas mieux illus­trée que par le sen­ti­ment qui étreint ce qu’on a ap­pe­lé « la gé­né­ra­tion Ba­ta­clan ». Une gé­né­ra­tion pro­fon­dé­ment mar­quée par la pré­ca­ri­té, celle du chô­mage, celle de l’ave­nir. Et lorsque la mort la fauche, elle illustre crû­ment la pré­ca­ri­té de notre so­cié­té, à la mer­ci du ha­sard des ter­ro­ristes, à la mer­ci du ha­sard de ceux qui veulent ba­layer la paix de notre ci­vi­li­sa­tion.

La France a­t­elle ré­sis­té ? La ré­ponse n’est pas bi­naire. Certes, elle a or­ga­ni­sé la lutte. Mais à quoi sert un État d’ur­gence ba­na­li­sé, quand l’em­pi­le­ment ju­ri­dique a ren­for­cé le bras ar­mé de la so­cié­té ? Les ter­ro­ristes ont por­té le fer dans notre dé­mo­cra­tie. Le pi­teux dé­bat sur la dé­chéance de na­tio­na­li­té bri­sant l’uni­té na­tio­nale a lais­sé des plaies. La confron­ta­tion politique s’est cris­pée, l’idéo­lo­gie a cli­vé les rap­ports, l’ex­trême droite a sai­si l’op­por­tu­ni­té pour pro­li­fé­rer sur un lit de so­lu­tions simples. Et pour­tant, il n’est sans doute pas trop tard pour sor­tir libre de cette tra­gé­die et faire ga­gner la dé­mo­cra­tie.

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