« Moins de droit et plus de res­pect »

Haim Kor­sia, le grand rab­bin de France, en con­fé­rence, auourd’hui, à la sy­na­gogue de Vi­chy

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Région - Mat­thieu Per­ri­naud mat­thieu.per­ri­naud@cen­tre­france.com

« Quelle place pour le ju­daïsme dans une ré­pu­blique laïque ? » C’est le thème de la con­fé­rence que don­ne­ra Haim Kor­sia, le grand rab­bin de France, ce dimanche, à Vi­chy. Avant son es­cale au­ver­gnate, il a ac­cep­té de ré­pondre aux ques­tions de La Mon­tagne pour évo­quer l’ac­tua­li­té.

De fa­çon très syn­thé­tique, quelle est votre concep­tion de la laï­ci­té ? C’est simple. Deux prin­cipes. Un, la neu­tra­li­té de l’état ; deux, la li­ber­té de pra­tique re­li­gieuse. Pour que ça fonc­tionne, il faut ra­jou­ter la per­cep­tion que peuvent avoir nos conci­toyens de nos com­por­te­ments. Il faut ex­pli­quer, être dans le lien. On ne peut pas être que dans la vio­lence, dire “J’ai le droit, je fais”, ce n’est pas comme ça la vie. Je pense qu’il faut moins de droit et plus de res­pect.

Qu’en­ten­dez-vous par « moins de droit » ? On ne peut pas lé­gi­fé­rer sur chaque chose. On va faire quoi, une loi sur la taille des maillots, les ho­raires des pis­cines, la taille des frites ? À un mo­ment, il faut res­ter sur des prin­cipes. Glo­ba­le­ment, je pense qu’on ex­cite le droit quand on n’ar­rive pas à s’ar­ran­ger.

Par exemple, il a fal­lu al­ler au Conseil d’état pour sa­voir si on pou­vait faire une pe­tite crèche gen­tillette, alors que n’im­porte qui com­prend la dif­fé­rence entre une crèche cultu­relle et une autre re­li­gieuse. Il n’est pas ques­tion de quel­qu’un qui a dit “Ve­nez em­bras­ser la crèche, conver­tis­sez­vous…”.

Il y a une dif­fé­rence entre le pro­sé­ly­tisme et le par­tage. Ima­gi­nons que je fête Ha­nou­ka, si je viens vous don­ner des gâ­teaux, c’est pour par­ta­ger ma joie. En re­vanche, si je vous dis “Viens prier, tu vas man­ger les gâ­teaux, tu vas te conver­tir…”, ce n’est pas du tout pa­reil.

Tech­ni­que­ment, je vous donne des gâ­teaux dans les deux cas, mais l’en­jeu est dif­fé­rent. Et il n’y a pas be­soin d’al­ler au Conseil d’état pour s’en rendre compte.

Oui, mais quand on n’ar­rive pas à s’ar­ran­ger, il faut bien des règles… Quand c’est le cas, c’est parce que cha­cun à des pré­ju­gés sur l’autre. Il faut faire tom­ber ces pré­ju­gés par la connais­sance, par le par­tage de vo­ca­tion et d’es­pé­rance. Il faut qu’on re­vienne à une com­mu­nau­té na­tio­nale, même si elle com­porte une di­ver­si­té de fa­çon de vivre, et c’est là sa ri­chesse.

C’est la dif­fé­rence fon­da­men­tale entre l’uni­té et l’uni­for­mi­té. L’uni­té, c’est des gens dif­fé­rents qui mettent leurs dif­fé­rences en­semble pour être plus forts ; l’uni­for­mi­té, c’est être tous les mêmes, in­ter­chan­geables, et ce n’est pas la France.

Quelle est votre po­si­tion quant aux signes ex­té­rieurs re­li­gieux ? C’est simple, il faut suivre la règle. La laï­ci­té, c’est la li­ber­té de pra­tique re­li­gieuse. Si on m’in­ter­dit d’avoir un signe re­li­gieux dans l’es­pace pu­blic, ce n’est plus l’es­pace pu­blic. C’est­à­dire qu’il n’y a plus de li­ber­té re­li­gieuse, donc plus de laï­ci­té.

Au­jourd’hui, l’is­lam est sou­vent au coeur de l’ac­tua­li­té, mais glo­ba­le­ment, pour­quoi la France a-t-elle ce rap­port ten­du avec les re­li­gions ? Ça oblige, je crois, à in­té­grer une de­mande de pra­tique, alors que notre so­cié­té est dé­ri­tua­li­sée. Je suis ad­mi­nis­tra­teur na­tio­nal du Souvenir fran­çais, où on en­tre­tient les tombes des sol­dats morts pour la France et on a aus­si vo­ca­tion à ame­ner des jeunes dans des cé­ré­mo­nies pa­trio­tiques pour leur mon­trer qu’il existe un sa­cré ré­pu­bli­cain. Le ri­tuel est quelque chose d’im­por­tant qu’on avait ou­blié.

D’im­por­tantes échéances élec­to­rales se pro­filent en France. Qu’en at­ten­dez­vous ? Je pense qu’on entre tel­le­ment dans le dé­tail, qu’on oc­culte quelque chose de vrai­ment es­sen­tiel, qui est l’es­pé­rance par­ta­gée. Je vois la cam­pagne des pri­maires, c’est très tech­nique et j’ai peur que l’élec­tion pré­si­den­tielle soit vio­lente et tech­nique éga­le­ment, alors qu’elle de­vrait nous éle­ver. Une cam­pagne élec­to­rale, c’est quelque chose qui doit ras­sem­bler et non cli­ver.

Pra­tique. Con­fé­rence dimanche 20 novembre, à 16 heures, à la sy­na­gogue de Vi­chy. En­trée libre sur ré­ser­va­tion : 06.13.64.24.97.

HAIM KOR­SIA. Le grand rab­bin de France don­ne­ra une con­fé­rence, ce dimanche, à Vi­chy. PHO­TO FRÉ­DÉ­RIC LHERPINIERE

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