« Re­pé­rer les rup­tures avec l’en­tou­rage »

La dé­ra­di­ca­li­sa­tion abor­dée de­vant les tra­vailleurs so­ciaux

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Région - Ju­lien Bi­gay

Les tra­vailleurs so­ciaux de l’allier ont re­çu à Mou­lins un in­ter­ve­nant du ca­bi­net Bou­zar ex­per­tises (*) sur le thème de la dé­ra­di­ca­li­sa­tion.

De­vant un par­terre de tra­vailleurs so­ciaux, ce spé­cia­liste a ten­té de dé­fi­nir les voies d’ac­com­pa­gne­ment des jeunes ra­di­ca­li­sés ou en voie de l’être.

D’abord en pré­ci­sant les signes avant­cou­reurs. « Il faut dis­tin­guer la pra­tique re­li­gieuse de la pos­ture ra­di­cale. Por­ter le voile, une barbe, prier cinq fois par jour, ce ne sont pas des signes, mais une pra­tique. En re­vanche, on peut re­pé­rer les rup­tures avec l’en­tou­rage : fa­mille, amis, école, ac­ti­vi­tés spor­tives ou cultu­relles. Ce n’est pas la culture re­li­gieuse qui est uti­li­sée pour at­ti­rer les jeunes, ils n’y connaissent rien ! La veille de leur dé­part en Sy­rie, cer­tains achètent L’is­lam pour les nuls !»

Des jeunes ci­blés puis iso­lés

Un ap­pel à la vi­gi­lance est lan­cé aux tra­vailleurs so­ciaux car « plus vite on re­père un jeune, mieux on peut le sor­tir de la spi­rale d’em­bri­ga­de­ment ». Une spi­rale par­fois ra­pide, le ma­tra­quage du dis­cours de haine pro­fi­tant des ou­tils of­fert par In­ter­net.

Exemple ob­ser­vé : « Une jeune femme qui af­fiche sur son pro­fil Fa­ce­book son en­vie de tra­vailler dans le so­cial, au­près des gens en dif­fi­cul­tés. Elle est contac­tée par un re­cru­teur qui la fé­li­cite, l’in­vite à voir une vi­déo sur le sort des en­fants en Sy­rie, sous les bombes du ré­gime d’al­as­sad. Puis tout un groupe de gens la de­mande en amis, dis­cute, par­tage d’autres vi­déos. Pe­tit à pe­tit, on lui in­culque l’idée que si elle veut agir pour les autres, il faut les re­joindre sur place… »

Le mythe du che­va­lier blanc est aus­si em­ployé, plu­tôt pour les jeunes hommes, sur un re­gistre guer­rier. Mais, pour tous et toutes, la mé­thode est la même. Celle de toutes les sectes : « On isole le jeune de son en­vi­ron­ne­ment, par un dis­cours in­di­vi­dua­li­sé, ap­puyé sur les failles de son par­cours de vie. Puis, une fois en­tré dans le groupe, on le dés­in­di­vi­dua­lise. Il ne doit plus pen­ser, mais juste agir pour le groupe. » À ce stade, es­timent les membres du ca­bi­net Bou­zar, « on ne peut pas rai­son­ner un em­bri­ga­dé ». Que faire ? « Nous tra­vaillons sur les sou­ve­nirs. L’idée est de re­plon­ger le jeune dans un état émo­tion­nel avant sa ra­di­ca­li­sa­tion, quand, par exemple il n’avait pas rom­pu avec ses pa­rents. »

Il faut « lui faire res­sen­tir à nou­veau », avant de le conduire à « ré­flé­chir à nou­veau par lui­même ». « C’est là qu’in­ter­vient l’aide de re­pen­tis. Eux savent qu’on leur a men­ti, et peuvent par­ler aux jeunes ».

Un tra­vail long, qui n’est pas du res­sort des tra­vailleurs so­ciaux, sur le ter­rain. Mais ils peuvent agir en amont. « Avant qu’il bas­cule, il faut main­te­nir le lien avec le jeune par tous les moyens. Mais, avec sa fa­mille, ne pas hé­si­ter à si­gna­ler son com­por­te­ment, chaque dé­par­te­ment ayant une cel­lule de co­or­di­na­tion pour ce­la ». Ou ap­pe­ler le 119 (en­fance en dan­ger) ou le 0.800.005.696, de l’uni­té de co­or­di­na­tion de la lutte an­ti­ter­ro­riste.

(*) Ob­jet de me­naces, le ca­bi­net Bou­zar donne consigne à ses col­la­bo­ra­teurs de ne pas di­vul­guer leur iden­ti­té dans les mé­dias.

IN­TER­NET. Le Web est l’un des ter­rains de chasse fa­vo­ris des re­cru­teurs de l’is­lam ra­di­cal. L’etat l’uti­lise aus­si pour com­mu­ni­quer et re­ce­voir des si­gna­le­ments. PHO­TO D’ILLUS­TRA­TION

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