Ha­bi­tat grou­pé : de l’uto­pie à la réa­li­té

Les pro­jets de lo­ge­ments par­ti­ci­pa­tifs fleu­rissent au­jourd’hui après 40 ans d’une his­toire chao­tique

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Puy-de-dôme - Cé­cile Ber­gou­gnoux ce­cile.ber­gou­gnoux@cen­tre­france.com

Por­tés par des par­ti­cu­liers, des bailleurs so­ciaux et même des com­munes, les pro­jets d’ha­bi­tats grou­pés fleu­rissent. Une ré­ac­tion à la crise ? Ex­pli­ca­tion de Cé­cile Vial­lon, qui vit en ha­bi­tat grou­pé, à Lyon, de­puis 1977.

Tout est par­ti d’une idée : « C’est su­per d’avoir des co­pains ! ». C’était il y a 40 ans. Cé­cile Vial­lon, pré­si­dente de Eco­ha­bi­tat grou­pé, une as­so­cia­tion fon­dée en 1977 par les six pre­miers groupes d’ha­bi­tat au­to­gé­rés, re­vien­dra sur cette his­toire de l’ha­bi­tat grou­pé, à Cler­mont, le 25 novembre (lire ci­contre). Elle a ac­cep­té de ré­pondre à nos ques­tions.

Com­ment est né l’ha­bi­tat grou­pé? « Au dé­but des an­nées 70, on a rê­vé d’un lo­ge­ment. Cha­ cun chez soi mais avec des pièces de vie com­munes : une buan­de­rie, un lo­cal à vé­lo à mi­ni­ma. Une salle à man­ger ou une chambre d’amis par­fois. Nous étions dans la ban­lieue de Lyon, tous lo­ca­taires d’un bailleur so­cial. Il a dé­ci­dé de faire le che­min avec nous ». En 1982, une dou­zaine de fa­milles em­mé­nagent dans cet ha­bi­tat grou­pé.

Com­ment s’est pas­sée la co­ha­bi­ta­tion. Ça marche ? Pas comme on l’avait ima­gi­né. Mais oui, ce­la fonc­tionne. On s’en­gueule, on rit, on vit ! Les en­fants ont gran­di dans cette am­biance.

Comme dans un village ? Oui, ma pe­tite­fille m’a dit l’autre jour, “c’est comme un village ici”. C’est tout à fait ça. On re­trouve ce type de rap­port entre les per­sonnes. De la so­li­da­ri­té, de la bien­veillance même si ce n’est pas rose tous les jours. On veut se voir, on se voit. On ne veut pas. Pas de sou­ci, on reste chez soi !

Vous vi­vez tou­jours en ha­bi­tat grou­pé ? Oui. Nous avons été des rê­veurs, des idéa­listes puis mar­gi­na­li­sés dans les an­nées 90. Les lois de 2014, no­tam­ment, nous re­mettent au goût du jour. Et puis, il y a la crise, le prix du fon­cier… Aus­si l’idée que, à plu­sieurs, on va pou­voir ache­ter un bien, que l’on va pou­voir par­ti­ci­per à sa concep­tion. Il y a aus­ si une quête de sens. En ha­bi­tat grou­pé, le grand avan­tage, c’est que l’on ne vit pas re­plié sur soi. On a de bon rap­port avec ses voi­sins parce que l’on s’est un peu choi­si.

Il n’y a pas qu’une sorte d’ha­bi­tat grou­pé. C’est vrai. Il n’y a pas de mo­dèle. Au dé­part du pro­jet, il y a sou­vent un groupe d’ha­bi­tants ras­sem­blés en as­so­cia­tion (comme La Sem­bla­da, consti­tué en 2011, pour construire un ha­bi­tat par­ti­ci­pa­tif dans le quar­tier de Tré­mon­teix à Cler­montFer­rand, ndlr). Ils dé­cident de leur de­gré d’im­pli­ca­tion : ce­la peut al­ler de la concep­tion, avec une forte de­mande éco­lo­gique, à la simple ac­ces­sion à la pro­ prié­té ou la lo­ca­tion dans un pro­jet dé­jà pen­sé. Tous les pro­jets sont dif­fé­rents.

L’in­ter­gé­né­ra­tion­nel est-il un axe de dé­ve­lop­pe­ment ? Tout ce qui par­ti­cipe du vivre en­semble peut être in­té­gré dans un pro­jet d’ha­bi­tat par­ti­ci­pa­tif. 40 ans plus tard, l’uto­pie est de­ve­nue réa­li­té mais sans perdre sa part de rêve ».

CHÂTELDON. La zone ré­ser­vée à l’ha­bi­tat grou­pé s’ins­crit dans un pro­gramme d’en­semble qui pré­voit des lots libres, des es­paces verts, un che­min pié­ton­nier… DO­CU­MENT BO­RIS BOU­CHET AR­CHI­TECTES

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