Que fe­ra Do­nald Trump au Moyen-orient ? La Sy­rie se­ra très vrai­sem­bla­ble­ment le lieu où Amé­ri­cains et Russes ac­cen­tue­ront leur co­opé­ra­tion

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - AFP

Que fe­ra Do­nald Trump au Moyen­orient ? Le pro­chain pré­sident amé­ri­cain se­ra­t­il un « iso­la­tion­niste » qui de­man­de­ra aux ré­gimes arabes de « faire plus et mieux » pour la sta­bi­li­té de cette ré­gion du monde si im­por­tante pour notre sé­cu­ri­té ? Ou bien au contraire un « in­ter­ven­tion­niste » dans la li­gnée de son pré­dé­ces­seur ré­pu­bli­cain George Bush ? La pa­role de Do­nald Trump ayant été rare et sou­vent contra­dic­toire sur le su­jet, il est en­core dif­fi­cile de dé­cryp­ter sa feuille de route. Quelques évi­dences se dé­gagent tou­te­fois des pro­pos de cer­tains de ses conseillers. Trump de­vrait fa­vo­ri­ser la Rus­sie de Vla­di­mir Pou­tine avec le­quel il s’est en­tre­te­nu mar­di au té­lé­phone. La Sy­rie se­ra très vrai­sem­bla­ble­ment le lieu où Amé­ri­cains et Russes de­vraient ac­cen­tuer leur co­opé­ra­tion, contre l’état is­la­mique, au pro­fit de Ba­char el­as­sad, au grand dam donc des re­belles. Le can­di­dat Trump l’avait clai­re­ment an­non­cé du­rant sa cam­pagne : il n’aime pas As­sad, mais son en­ne­mi nu­mé­ro un, c’est Daech. Par consé­quent, on peut ima­gi­ner qu’après la ba­taille de Mos­soul en Irak, Russes et Amé­ri­cains unissent leurs ef­forts pour bou­ter les dji­ha­distes de Ra­q­qa, la « ca­pi­tale » sy­rienne de l’état is­la­mique. Signe qui ne trompe pas : quelques heures seule­ment après le pre­mier en­tre­tien té­lé­pho­nique Trump­pou­tine, la Rus­sie lan­çait une at­taque contre des re­belles sy­riens à par­tir de leur porte­avion ré­cem­ment dé­ployé en mer Mé­di­ter­ra­née. Les op­po­sants à As­sad risquent d’être les grands per­dants de la pré­si­dence Trump. « Qui sont­ils ? », se de­man­dait le can­di­dat qui me­nace de leur cou­per toute as­sis­tance mi­li­taire. À Da­mas, le pou­voir, de son cô­té, ju­bile, es­pé­rant même une re­prise des re­la­tions bi­la­té­rales avec les États­unis. Une chose pa­raît CONSTAT. qua­si cer­taine : Do­nald Trump de­vrait lais­ser Vla­di­mir Pou­tine ins­tal­ler un man­dat russe sur la Sy­rie. Plus gé­né­ra­le­ment, le nou­veau lo­ca­taire de la Mai­son blanche de­vrait dé­lé­guer à un cer­tain nombre d’états arabes le soin de ren­for­cer la sé­cu­ri­té du Moyen­orient. Il peut comp­ter sur l’égypte – à cran contre le tro­pisme pro Frères mu­sul­mans de cer­taines franges de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma – et les Émi­rats arabes unis – amis de la Rus­sie, et fa­rou­che­ment hos­tiles aux is­la­mistes. Poids lourd du Golfe et al­lié stra­té­gique des États­unis, l’ara­bie saou­dite est dans un at­ten­tisme plu­tôt bien­veillant à l’égard de Trump. De nom­breux princes de la fa­mille ré­gnante n’en pou­vaient plus de Ba­rack Oba­ma et de son rap­pro­che­ment avec l’iran, l’en­ne­mi de Riyad. N’ou­blions pas que la di­rec­tion saou­dienne, hos­tile à tout ce qui res­semble aux idées de gauche, a « Reste que le pro­bable par­te­na­riat amé­ri­ca­no-russe au Le­vant risque de se faire au dé­tri­ment de la France [...] ». tou­jours « vo­té » Ré­pu­bli­cains aux ÉtatsU­nis, même si les Saoud gardent un très mau­vais souvenir de George Bush. Des liens d’af­faires entre les deux camps peuvent éga­le­ment ai­der à rap­pro­cher les po­si­tions entre le mil­liar­daire Trump et des di­ri­geants saou­diens, par na­ture, prag­ma­tiques. Sur­tout si le pro­chain lo­ca­taire de la Mai­son blanche s’op­pose à « l’ex­pan­sion­nisme » ira­nien au MoyenO­rient, l’ob­ses­sion des pays du Golfe. Ira­til, comme il l’a me­na­cé, jus­qu’à « dé­chi­rer » l’ac­cord sur le nu­cléaire conclu entre Té­hé­ran et les prin­ci­pales puis­sances mon­diales en 2015 ? Pro­ba­ble­ment pas, même si cer­tains de ceux qui oc­cu­pe­ront une place de choix dans la fu­ture ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine l’y in­citent dé­jà. Ra­vi du tro­pisme an­ti­ira­nien du nou­veau lea­der amé­ri­cain, Ben­ja­min Ne­ta­nya­hou se frotte dé­jà les mains. Wa­shing­ton de­vrait exer­cer en­core moins de pres­sions sur Is­raël pour faire les conces­sions ter­ri­to­riales in­dis­pen­sables à la paix avec ses voi­sins pa­les­ti­niens. Avec Trump, cer­tains com­men­ta­teurs ont dé­jà en­ter­ré la so­lu­tion des deux états – la Pa­les­tine aux cô­tés d’is­raël – pour ré­gler le conflit. Pro­blème : pa­reille com­plai­sance avec les thèses de la droite is­raé­lienne pour­rait pro­vo­quer une nou­velle ré­volte dans les ter­ri­toires pa­les­ti­niens, qui pla­ce­rait les États­unis en po­si­tion dif­fi­cile. Une chose semble ac­quise : le 45e pré­sident amé­ri­cain se­ra dans la real­po­li­tik pure. Les mots « dé­mo­cra­tie » et « mo­dé­rés » ne de­vraient plus fi­gu­rer dans son lexique, au grand dam des « belles âmes » oc­ci­den­tales qui avaient rê­vé d’un nou­veau MoyenO­rient por­té sur les fonts bap­tis­maux par des « Prin­temps arabes » for­cé­ment ver­tueux. S’il veut lais­ser la Rus­sie opé­rer en Sy­rie, Do­nald Trump de­vra se rap­pro­cher de la Tur­quie, qui a re­noué cet été avec Mos­cou. Dé­çu lui aus­si par Ba­rack Oba­ma, le très au­to­ri­taire pré­sident turc Re­cep Tayyip Er­do­gan lui a d’ores et dé­jà adres­sé une oeillade re­mar­quée. Ce par­te­na­riat à trois im­pli­que­rait que Wa­shing­ton laisse tom­ber les com­bat­tants kurdes sy­riens, en­ne­mis ju­rés des Turcs, mais au­jourd’hui al­liés du mi­nis­tère amé­ri­cain de la Dé­fense dans le nord de la Sy­rie contre les dji­ha­distes. C’est l’une des contra­dic­tions qu’au­ra à dé­nouer Do­nald Trump. Il y en a d’autres. Com­ment ac­cen­tuer la lutte contre l’état is­la­mique sans s’en­ga­ger mi­li­tai­re­ment en Sy­rie et en Irak ? Com­ment contrer l’iran sans heur­ter la Rus­sie en Sy­rie qui, avec Té­hé­ran, aide Ba­char el­as­sad ? Bref au­de­là des slo­gans de cam­pagne, le nou­veau pré­sident amé­ri­cain de­vra te­nir compte de la com­plexi­té de la si­tua­tion au Moyen­orient. Pour s’adap­ter à celle­ci. Reste que le pro­bable par­te­na­riat amé­ri­ca­no­russe au Le­vant risque de se faire au dé­tri­ment de la France, qui avait pa­rié sur un dé­part ra­pide de Ba­char el­as­sad, sans voir ve­nir en­suite le re­tour en force de Mos­cou au Moyen­orient, et en­core moins la vic­toire du can­di­dat an­ti sys­tème ou­treAt­lan­tique.

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