Le gé­nie de Blaise Pas­cal à la Bi­blio­thèque Na­tio­nale de France

Le gé­nie cler­mon­tois au coeur d’une ex­po­si­tion à la Bi­blio­thèque na­tio­nale de France

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Fran­çois Des­noyers

L’homme s’est construit une place du­rable dans l’his­toire de la science et de la pen­sée. Il a lais­sé aus­si der­rière lui une part de mys­tère. Une ex­po­si­tion ri­che­ment do­cu­men­tée, à Pa­ris, pro­pose de le­ver le voile.

C’est un masque blanc, qui trône en ma­jes­té à la fin de l’ex­po­si­tion. Il per­met de dis­tin­guer de fa­çon re­mar­quable les traits du vi­sage de Pas­cal : un front haut, un nez fort… Ce mou­lage a été pris sur son lit de mort, en 1662, à la de­mande de sa fa­mille. Il sym­bo­lise, bien sûr, la fin d’un scien­ti­fique qui mar­qua son temps, in­ven­teur de gé­nie, tout à la fois ma­thé­ma­ti­cien et phi­lo­sophe de ta­lent. Mais il consti­tue aus­si un lien pré­cieux, unique même, qui nous met en con­tact avec l’homme du XVIIE siècle. C’est en ef­fet grâce à ce masque mor­tuaire que des por­traits de Pas­cal ont pu être réa­li­sés. Au­cune re­pré­sen­ta­tion n’avait été pro­duite de son vi­vant.

« Ac­cé­der à la réa­li­té de Pas­cal est dif­fi­cile, voire pé­rilleux », re­con­naît bien vo­lon­tiers, Jean­marc Cha­te­lain, com­mis­saire de l’ex­po­si­tion. Dé­voi­ler qui se cache der­rière le masque de Pas­cal, c’est pour­tant la mis­sion que s’est don­née la Bi­blio­thèque na­tio­nale de France à tra­vers une ex­po­si­

tion réa­li­sée en col­la­bo­ra­tion avec la ville de Cler­mont­fer­rand et le mu­séum Hen­ri­le­coq. Celle­ci pro­pose de pé­né­trer dans l’uni­vers du scien­ti­fique, avec l’exi­gence conti­nue de re­pla­cer son par­cours et ses pen­sées dans le con­texte his­to­rique de son temps.

« Dès que mon frère fut en âge qu’on lui pût par­ler, il don­na des marques d’un es­prit tout ex­tra­or­di­naire par les pe­tites ré­par­ties qu’il fai­sait tout à pro­pos, mais en­core plus par des ques­tions sur la na­ture des choses, qui sur­pre­naient tout le monde. » Peu de temps après la mort de Blaise Pas­cal, sa soeur Gil­berte prend ain­si la plume pour dé­crire l’éton­nante pré­co­ci­té de son frère. Ces pro­pos sont ceux d’une soeur em­plie d’amour et d’ad­mi­ra­tion. Mais ils té­moignent éga­le­ment d’une réa­li­té qui va se confir­mer au fil de l’ado­les­cence puis de l’en­trée dans l’âge adulte : Pas­cal dis­pose d’une sai­sis­sante puis­sance de rai­son­ne­ment.

La fa­mille a quit­té l’au­vergne pour Pa­ris en 1631, et son père l’in­tro­duit dans les cercles de ma­thé­ma­ti­ciens qu’il fré­quente alors. Le jeune Pas­cal fait montre de ses pré­dis­po­si­tions et, au fil des ans, de tra­vaux scien­ti­fiques en in­ven­tions (ci­des­sous), il va s’im­po­ser comme un sa­vant aus­si pré­coce qu’écou­té. C’est par exemple Des­cartes qui, à 51 ans, rend vi­site en 1647, au jeune Pas­cal de 24 ans.

Ce gé­nie de Pas­cal est au­jourd’hui connu. Ce qui l’est moins, en re­vanche, et que l’ex­po­si­tion pro­pose de dé­cou­vrir, c’est la ca­pa­ci­té de l’homme à s’in­té­grer aux af­faires de son siècle et l’im­por­tance des re­la­tions so­ciales dans son par­cours. « Contrai­re­ment à l’image d’es­prit so­li­taire et iso­lé qui peut cir­cu­ler à son en­droit, il a été un homme dans le monde », as­sure Jean­marc Cha­te­lain. Il fré­quente ain­si as­si­dû­ment les sa­lons aris­to­cra­tiques au dé­but des an­nées 1650. C’est là qu’il va, par le jeu des re­la­tions, s’en­ga­ger dans des pro­jets no­va­teurs (as­sé­che­ment d’une par­tie du ma­rais poi­te­vin, créa­tion du pre­mier ré­seau de trans­ports en

Ma­thé­ma­ti­cien et in­ven­teur, phi­lo­sophe et au­teur spi­ri­tuel

com­mun pa­ri­sien). « Il avait une vo­lon­té d’amé­lio­rer le monde dans une oeuvre d’in­no­va­teur tech­no­lo­gique », confirme le com­mis­saire de l’ex­po­si­tion.

Ac­tua­li­té brû­lante

Cette im­pli­ca­tion dans les af­faires de son temps trouve d’ailleurs son point d’orgue dans la ré­dac­tion des Pro­vin­ciales. Pas­cal se sai­sit là d’une « ques­tion qui, à l’époque, était d’une ac­tua­li­té brû­lante », rap­pelle Jean­marc Cha­te­lain : le dé­bat sur la grâce et la li­ber­té de l’homme dans l’oeuvre de son sa­lut. Proche du cou­rant jan­sé­niste, l’au­teur va alors « faire de cette po­lé­mique théo­lo­gique un chef­d’oeuvre lit­té­raire. »

Mais c’est der­rière un masque qu’il agit : Pas­cal écrit ces lettres sous le pseu­do­nyme Louis de Mon­talte. La tech­nique se­ra la même, en 1659, lors de la pa­ru­tion de sa der­nière oeuvre scien­ti­fique dans la­quelle il jette les bases du cal­cul in­té­gral : les Lettres de A. Det­ton­ville, Amos Det­ton­ville n’étant autre que l’ana­gramme de Louis de Mon­talte.

Cette dif­fi­cul­té à sai­sir Pas­cal est fi­na­le­ment sym­bo­li­sée par son oeuvre ma­jeure : Les Pen­sées. Une oeuvre in­ache­vée, faite de mul­tiples mor­ceaux de pa­piers que fa­mille et édi­teurs ont ten­té de ré­or­ga­ni­ser après sa mort. Pas­cal n’avait en ef­fet lais­sé au­cune ins­truc­tion quant à l’or­ga­ni­sa­tion de cette apo­lo­gie de la re­li­gion chré­tienne. C’est donc très sym­bo­li­que­ment que, dans l’or­ga­ni­sa­tion de l’ex­po­si­tion, une pièce rare, le re­cueil au­to­graphe de cette oeuvre, fait face au masque mor­tuaire de l’au­teur. « Il peut ser­vir d’em­blème à ces Pen­sées qu’on ne connaît pas et dont on n’a qu’une em­preinte, ex­pose Jean­marc Cha­te­lain. Car le corps même des pen­sées a fi­na­le­ment dis­pa­ru avec le corps phy­sique de Pas­cal. »

POR­TRAIT. Le ju­riste Jean Do­mat, avo­cat du roi au pré­si­dial de Cler­mont réa­li­sa entre 1677 et 1681 ce des­sin à la san­guine, re­pré­sen­ta­tion post­hume.

EM­PREINTE. Masque post­hume de Blaise Pas­cal. © THIER­RY OL­LI­VIER

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