Le chant so­li­daire des Ci­gales

De­puis trente ans, bien avant la vague crowd­fun­ding, les clubs Ci­gales sou­tiennent dans la dis­cré­tion des po­jets lo­caux par le fi­nan­ce­ment so­li­daire. Exemples en Au­vergne et en Bre­tagne.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche -

Faire par­tie de ceux qui font. De­puis 30 ans, cette ir­ré­pres­sible en­vie d’agir pousse des mil­liers de Fran­çais à in­ves­tir un peu de leurs éco­no­mies dans une en­tre­prise de leur ré­gion au sein des Club d’in­ves­tis­seurs pour une ges­tion al­ter­na­tive et lo­cale de l’épargne so­li­daire (Ci­gales).

Nées en 1983, les Ci­gales res­tent mé­con­nues. Tho­mas Va­che­resse et Me­lis­sa Mek­kaoui les ont ren­con­trées en 2014 à la fa­veur d’un ap­pel à pro­jets. Deux ans après, ils sont co­gé­rants de la SARL Entre Lacs et Vol­cans à La Cas­sière à Ay­dat (Puy­deDôme).

Me­lis­sa et Tho­mas ont re­pris l’au­berge de La Cas­sière avec l’ap­pui des 15 épar­gnants des Ci­gales de La Serre qui ont per­mis de conso­li­der leur fi­nan­ce­ment de dé­part en ap­por­tant 3.000 € et les ont aus­si in­ci­té à ap­pro­fon­dir l’an­crage lo­cal de leur pro­jet ac­com­pa­gné par la ci­ga­lière Ch­ris­tine, leur mar­raine.

Au prin­temps 2015, Entre Lacs et Vol­cans a ou­vert ses portes pour sa pre­mière sai­son. Cet été ils ont em­ployé 4 per­sonnes et af­fichent des pro­jets de dé­ve­lop­pe­ment.

Mo­deste mais concrète

En Bre­tagne, Fran­çois et Jai­mie Her­vé, un couple de tren­te­naires, cher­chaient l’an der­nier des fi­nan­ce­ments pour lan­cer La Ca­rotte sau­vage, un pro­jet de ma­raî­chage bio sur la com­mune cos­tar­mo­ri­caine de Tre­grom.

Sé­duits par leur pro­jet, les 18 membres de Ci­ga­lar­mor, tous de la ré­gion de Lan­nion, ont dé­ci­dé d’y in­ves­tir 3.000 eu­ros.

Hu­bert Mé­riaux, le par­rain de La Ca­rotte Sau­vage, couve d’un re­gard fier et bien­veillant le trac­teur ache­té grâce aux fonds de Ci­ga­lar­mor.

Ce pay­san de­ve­nu sa­la­rié à Pôle Em­ploi ra­conte avoir « trou­vé le pro­jet bien conçu et l’ex­ploi­ta­tion bien or­ga­ni­sée », loin du « ca­phar­naüm » qu’il a lui­même connu ja­dis. « En tant qu’an­cien agri­cul­teur, dit­il, je n’au­rais pas pous­sé des jeunes à s’ins­tal­ler si leur pro­jet n’était pas viable. »

« 3.000 eu­ros sur 100.000, c’est plu­tôt anec­do­tique », re­con­naît Fran­çois Her­vé, tout en cueillant ses ha­ri­cots, « mais le fait de confron­ter notre pro­jet à une di­zaine de per­sonnes a été un plus. » Sur­tout, « on a sen­ti un sou­tien mo­ral et hu­main. Sa­voir qu’ils étaient prêts à mettre de l’ar­gent dans notre pro­jet nous a don­né confiance. »

« L’in­ves­tis­se­ment en ter­ me d’ar­gent, il est vrai­ment mi­ni­mum », ac­quiesce Jean­claude Du­bois, gé­rant de Ci­ga­lar­mor. « Par contre l’in­ves­tis­se­ment hu­main est vrai­ment im­por­tant. On leur amène un ré­seau de gens qui ont des com­pé­tences. On les aide, mais quelque part, on re­çoit aus­si quelque chose d’eux. »

Il trouve dans les Ci­gales un moyen d’agir, car la po­li­tique, il l’avoue, « il ne la com­prend plus ». En re­vanche, « là, je peux faire quelque chose. On a une es­pèce de légitimité sur notre bas­sin d’em­ploi. »

Agir de ma­nière mo­deste mais concrète : tel est le cre­do des 3.000 ci­ga­liers ac­tifs au­jourd’hui.

Les pre­mières Ci­gales se sont ins­pi­ré des clubs d’in­ves­tis­seurs, créés pour per­mettre aux par­ti­cu­liers de bour­si­co­ter, ex­plique Sté­pha­nie Mo­rin, de la Fé­ dé­ra­tion des Ci­gales de Bre­tagne. « On a dé­tour­né les sta­tuts pour se les ap­pro­prier au­tour d’autres va­leurs », plus éthiques et du­rables.

Consti­tués de 5 à 20 membres, les clubs, qui ont une du­rée de vie de cinq ans, in­ves­tissent en moyenne 3.000 eu­ros par pro­jet.

Cer­taines ré­gions comme la Bre­tagne, 62 Ci­gales sur quelque 250 dans tou­

te la France, sont par­ti­cu­liè­re­ment ac­tives. En 2011, une tren­taine ont ain­si vu le jour dans le Mor­bi­han pour fi­nan­cer un pro­jet éo­lien.

« Notre rai­son d’exis­ter, c’est le col­lec­tif », ré­sume Fé­li­cie Goyet de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale. « Contrai­re­ment au crowd­fun­ding, où je clique sur un bou­ton, avec une Ci­gales, je dé­cide col­lec­ti­ve­ment, avec mon groupe. »

En 2015, elles ont in­ves­ti 530.000 eu­ros. Une goutte d’eau ce­pen­dant com­pa­ré aux 50 mil­lions du crowd­fun­ding.

« Ce qui était très in­no­vant il y a 30 ans ne l’est plus au­jourd’hui. Nous de­vons nous adap­ter », re­con­naît Marc Sou­dée, qui pré­side les Ci­gales de Bre­tagne. Au­jourd’hui, rap­pelle­t­il, plus de 80 % des créa­tions d’en­tre­prises sont des en­tre­prises uni­per­son­nelles comme les au­to­en­tre­prises. Or les Ci­gales ne peuvent fi­nan­cer que des so­cié­tés type SA ou SARL.

Fin 2015, les Ci­gales ont pro­fi­té d’une mo­di­fi­ca­tion lé­gis­la­tive pour nouer en Bre­tage un par­te­na­riat avec Prêtgo, une pla­te­forme de prêt par­ti­ci­pa­tif : elles peuvent dé­sor­mais fi­nan­cer toute en­tre­prise, quel que soit son sta­tut.

ENTRE LACS ET VOL­CANS. Tho­mas Va­che­resse et Me­lis­sa Mek­kaoui ac­com­pa­gnés par les Ci­gales de La Serre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.