Sé­nes­cence, saines es­sences…

In­fa­ti­gables ar­ti­sans du re­tour à la vie entre les arbres sé­cu­laires et le bois mort, les in­sectes sa­proxy­liques font l’ob­jet d’at­ten­tions nou­velles : arbres « ha­bi­tats », îlots de sé­nes­cence, études, his­toire de boi­se­ments…

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Anne Bourges anne.bourges@cen­tre­france.com

Au bois mort… toute une vie s’as­so­cie !

Dans un cercle ver­tueux aux odeurs de mousse et de cham­pi­gnons, un énorme tronc frap­pé par la foudre craque sans que l’on n’y voit rien bou­ger.

Au sol de­puis des di­zaines d’an­nées, la grume trouée d’un vieux sa­pin vit une agi­ta­tion in­té­rieure que l’arbre vi­vant n’a sans doute ja­mais connue.

Là­de­dans vivent des cen­taines d’in­sectes sa­proxy­liques (1).

Pre­miers à dé­gra­der le bois sur l’arbre mort ou sé­nes­cent, avant l’ar­ri­vée d’un cor­tège d’autres or­ga­nismes, ces co­léo­ptères par­ti­cipent à la ré­gé­né­ra­tion de la bio­masse.

Sous la pres­sion d’en­to­mo­lo­gistes comme Ben­ja­min Cal­mont, pour la So­cié­té d’his­toire na­tu­relle Al­cyde­d’or­bi­gny (DHNAO), ils com­mencent à at­ti­rer l’attention des ex­ploi­tants et or­ga­nismes char­gés de la ges­tion des es­paces fo­res­tiers. 1

Ar­ti­sans de la ré­gé­né­ra­tion. On sait qu’ils sont in­dis­pen­sables à la ges­tion du­rable des fo­rêts. « C’est un pro­ces­sus très lent et ré­gu­lier. Leur ac­tion de dé­gra­da­tion per­met à la bio­masse de re­tour­ner au sol et per­pé­tuer le cycle de la ma­tière : les sols s’ap­pau­vrissent là où l’ex­ploi­ta­tion en­lève tout le bois. On a des exemples de fo­rêts ex­ploi­tées où il faut amen­der les sols. »

Le cycle na­tu­rel dans le­quel tra­vaillent les sa­proxy­liques a per­mis à des fo­rêts mil­lé­naires d’ame­ner à nous des éco­sys­tèmes com­plets. 2

Mé­moires vi­vantes sur des mil­lé­naires. Re­mon­ter le temps : c’est la piste ou­verte par ces in­sectes.

« On ar­rive à éva­luer l’an­cien­ne­té des fo­rêts jus­qu’au 18e siècle avec le ca­dastre et les cartes d’état­ma­jor. Avec les po­pu­la­tions de co­léo­ptères, on peut al­ler beau­coup plus loin ! » 3 Ré­vé­la­teurs de connexions dis­pa­rues.

Site ex­cep­tion­nel au ni­veau eu­ro­péen avec ses 142 es­pèces de co­léo­ptères (2), la fo­rêt qui borde la val­lée de la Rhue, dans le nord Can­tal, a li­vré l’exis­tence d’in­sectes dont la pré­sence in­dique un peu­ple­ment de sa­pins conti­nu de­puis, peut­être, la der­nière pé­riode gla­ciaire !

Une étude des co­léo­ptères est pré­vue sur le nord de la RNN de Chas­treixSan­cy. Des fo­rêts an­ciennes étaient­elles au­tre­fois en connexion ? La com­pa­rai­son de leurs in­sectes le di­ra peut­être.

Par­mi les in­sectes bio in­di­ca­teurs, le Pel­tis gros­sa tra­vaille sous les écorces des gros sa­pins morts du bois de Char­lannes, ins­crits dans les ar­chives de­puis deux siècles. Pour al­ler plus loin, il fau­dra faire par­ler les co­léo­ptères.

(1) In­sectes par­ti­ci­pant à la dé­gra­da­tion du bois, dont la vie est liée au bois mort ou vi­vant, ou à ses pro­duits de dé­com­po­si­tion.

(2) Étude me­née par la SHNAO et L’ONF entre 2010 et 2013.

AU BOIS DE LA MASSE. T. Le­roy conser­va­teur de la ré­serve de Chas­treix-san­cy et B. Cal­mont de la SHNAO mi­litent pour conser­ver du vieux bois en fo­rêt : « Ces mi­cro-niches éco­lo­giques abritent des es­pèces très rares et 25 % de la bio­di­ver­si­té fo­res­tière » : (en haut) pel­tis gros­sa, ro­sa­lia al­pi­na, rhy­sodes sul­ca­tus. PHO­TOS : BOURGES, SHNAO, CAL­MONT

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