Sour­noise fé­ro­ci­té

Alain Blot­tière a ob­te­nu l’im­por­tant prix Dé­cembre avec son ro­man sur le dji­ha­disme, Com­ment Bap­tiste est mort. Pas­sion­nant. Gla­çant.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Mu­riel Min­gau twit­ter : @mmin­gau

Dans ce livre hors normes – pas­sion­nant aus­si pour cette rai­son –, Bap­tiste est bien vi­vant. Il est in­ter­ro­gé. Par qui ? Les ques­tions sont ri­gou­reuses, in­sis­tantes, ré­pé­tées face aux ou­blis et es­quives de l’ado­les­cent de 14 ans. Les de­mandes res­tent bien­veillantes, mar­quées par une forme d’attention, de pré­ve­nance. L’es­sen­tiel du texte prend ain­si la forme d’un dia­logue, d’un in­ter­ro­ga­toire. Pour­quoi ?

Les ré­ponses par­cel­laires du jeune homme fi­nissent par ré­vé­ler qu’il a été en­le­vé avec ses pa­rents et ses frères dans le dé­sert, par des dji­ha­distes. Après des se­maines, il est le seul à avoir été li­bé­ré. Pour­quoi ?

Peu à peu, Bap­tiste ra­conte. Se­lon ses dires, il est bien mort. Ses ra­vis­seurs l’ont re­bap­ti­sé Yu­maï. Des re­la­tions se sont nouées entre eux et lui. Il est le seul a en avoir « bé­né­fi­cié ». Les autres membres de la fa­mille ont été trai­tés avec cruau­té. Le syn­drôme de Stock­holm ? Ce­la y res­semble. Les dji­ha­distes ont par­ta­gé des mo­ments avec lui. Ils l’ont ini­tié à des élé­ments de leur culture ori­gi­nelle, lui ont fait dé­cou­vrir des mys­tères du dé­sert. Ce­la donne d’ailleurs de très belles pages, où l’au­teur ex­prime, cette fois en pro­ se, son amour du beau, du rêve, des lé­gendes, de l’art et sa puis­sance ar­chaïques, ob­jets de haine pour les dji­ha­distes.

La fin du livre est im­pen­sable, si­dé­rante. Ré­vé­la­trice de la fé­ro­ci­té sour­noise des hommes, il ne faut pas la ra­con­ter. Mieux vaut se lais­ser por­ter par l’in­ten­si­té mys­té­rieuse du ro­man. Il a été ins­pi­ré à l’au­teur par l’en­lè­ve­ment d’une fa­mille fran­çaise, dont de jeunes en­fants, par les dji­ha­distes de Bo­ko Ha­ram, en fé­vrier 2013.

Le prix Dé­cembre, beau­coup moins mé­dia­ti­sé que le Gon­court, est un très beau prix. Re­ven­di­quant son in­dé­pen­dance vis­àvis des édi­teurs et des lob­bies, il ré­com­pense une lit­té­ra­ture in­ven­tive et exi­geante, sur le fond et la forme. Ce sont les qua­li­tés du hui­tième ro­man d’alain Blot­tière, épris d’orient et de dé­sert.

PHO­TO AFP POUR ILLUS­TRA­TION

DÉ­SERT. Il fas­cine Alain Blot­tière.

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