Dix jours ponc­tués de re­bon­dis­se­ments

In­ci­dents, confi­dences, té­moin sur­prise, apos­trophes et mo­ments d’in­tense émo­tion

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Affaire fiona après le verdict - Jean-bap­tiste Le­dys

« Toi non plus, tu ne dis pas toute la vé­ri­té »

Dans un contexte mar­qué par l’émo­tion col­lec­tive, le pro­cès d’assises, qui vient de s’ache­ver à Riom, a été ponc­tué de très nom­breux temps forts.

Le ver­dict de la cour d’assises est tom­bé ven­dre­di soir, au terme de dix jours d’au­dience. Ce pro­cès de l’af­faire Fio­na, au centre de nom­breuses pas­sions, a été émaillé par bon nombre de mo­ments re­mar­quables.

Lun­di 14 no­vembre. Les deux vé­hi­cules de l’ad­mi­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire entrent dans l’en­ceinte de la cour d’ap­pel de Riom sous le re­gard de di­zaines de jour­na­listes et de nom­breux ba­dauds. C’est une cer­ti­tude : ce pro­cès de l’af­faire Fio­na, au cours du­quel sont ju­gés Cé­cile Bour­geon et Ber­kane Ma­kh­louf, ne se­ra pas comme les autres.

La pre­mière jour­née de dé­bats a été consa­crée à la per­son­na­li­té du beau­père de la fillette. Dans le box, les deux ac­cu­sés sont côte à côte. Ils n’échangent pas un re­gard. Mais ils ne se dé­chirent pas non plus.

Mar­di 15. La per­son­na­li­té de Cé­cile Bour­geon oc­cupe une large par­tie de l’au­dience. L’ac­cu­sée ra­conte son en­fance chao­tique, son plon­geon dans la drogue, sa liai­son avec Ni­co­las Cha­fou­lais, le père de Fio­na, puis avec Ber­ka­ ne Ma­kh­louf.

Mer­cre­di 16. Un té­moin sur­prise se pré­sente, à la de­mande de Me Gri­maud, avo­cate de l’une des par­ties ci­viles. Cette femme est une ra­dies­thé­siste qui af­firme avoir été en re­la­tion avec Fio­na ! Mais ses ex­pli­ca­tions ir­ra­tion­nelles plongent vite la cour dans la conster­na­tion.

Jeu­di 17. Pour la pre­mière fois de­puis le dé­but du pro­cès, alors que la cour évoque les der­niers jours de vie de Fio­na, les deux ac­cu­sés s’in­ter­pellent dans le box des ac­cu­sés. « Cé­cile, dis la vé­ri­té ! », ex­horte Ber­kane Ma­kh­louf. « Toi non plus, tu ne dis pas toute la vé­ri­té », ré­pond Cé­cile Bour­geon.

Ven­dre­di 18. C’est un té­moin « ca­pi­tal » ou « fon­da­men­tal », se­lon les avo­cats de la dé­fense et le pré­sident. L’homme qui dé­pose à la barre, ce ven­dre­di matin, as­sure for­mel­le­ment avoir vu Ber­kane Ma­kh­louf por­ter Fio­na sur son dos le ven­dre­di 10 mai 2013. « Fio­na avait le sou­rire », pré­cise­t­il. Cette dé­po­si­tion per­met de pré­ci­ser la date de la mort de Fio­na et ac­cré­dite la ver­sion des ac­cu­sés.

Deuxième se­maine

Lun­di 21. Ni­co­las Cha­fou­lais, le père de Fio­na, lance des re­gards noirs à Cé­ cile Bour­geon, dans le box des ac­cu­sés. Il la dé­signe d’un doigt ac­cu­sa­teur. « J’ai­me­rais sa­voir où est Fio­na. J’at­tends de ce pro­cès la vé­ri­té. Mais je ne pense pas l’avoir... », ra­get­il. Dans un long mo­ment d’émo­tion, il évoque sa fillette : « Elle était mi­gnonne, ado­rable, sage. Elle était belle, avec des yeux ma­gni­fiques. » Il parle aus­si de la pe­tite soeur de Fio­na, au­jourd’hui âgée de 6 ans. « J’es­père que tu ne la re­ver­ras ja­mais », jette­t­il à Cé­cile Bour­geon.

Mar­di 22. « Leur couple était un cok­tail ex­plo­sif. » Dé­cryp­tées par le re­gard des ex­perts, les per­son­na­ li­tés des ac­cu­sés portent toutes les deux le sceau de graves ca­rences af­fec­tives et édu­ca­tives. La psy­cho­logue évoque « le dis­cours ca­mé­léon » de Cé­cile Bour­geon. Ber­kane Ma­kh­louf est plus or­di­naire, mar­qué par son « im­pul­si­vi­té constante, ses sautes d’hu­meur, son in­to­lé­rance à la frus­tra­tion. »

Mer­cre­di 23. Un coup de théâtre sur­vient en fin de jour­née, après de très longues heures d’au­di­tion des en­quê­teurs. Cé­cile Bour­geon, qui a af­fir­mé à plu­sieurs re­prises que son ex avait frap­pé Fio­na à coups de ge­noux dans le tho­rax, re­vient sur cette ver­sion : « Pour moi, des coups, il n’y en a pas eu [...] Parce qu’il a vou­lu m’ac­ca­bler, je l’ai ac­ca­blé aus­si. »

Jeu­di 24. Ce fut sans doute l’une des jour­nées les plus char­gées en émo­tion. Alors que Cé­cile Bour­geon vient de dé­cla­rer son sou­hait de gar­der le si­lence jus­qu’à la fin du pro­cès, elle se lance dans un long mo­no­logue. S’en­suit un long échange entre les deux ac­cu­sés, comme s’ils étaient seuls au monde. Ils s’in­ter­pellent, s’in­vec­tivent. Ber­kane Ma­kh­louf parle, lui aus­si, en larmes.

« Fio­na était belle, avec des yeux ma­gni­fiques »

Ven­dre­di 25. Es­cor­tés par des po­li­ciers, les ju­rés quittent la cour d’ap­pel. A l’avo­cat gé­né­ral qui avait re­quis trente ans de ré­clu­sion pour les deux, ils viennent de ré­pondre par leur ver­dict : vingt ans pour Ber­kane Ma­kh­louf et l’ac­quit­te­ment de Cé­cile Bour­geon pour les coups mor­tels qui lui étaient re­pro­chés. Elle écope de cinq ans pour les seuls dé­lits.

Dans l’après­mi­di, les avo­cats de la dé­fense avaient en­ga­gé les ju­rés à ne pas se lais­ser sub­mer­ger par la co­lère ou l’émo­tion. Le pu­blic, dans la salle d’au­dience, ne suit pas. Il ac­cueille la dé­ci­sion avec avec co­lère et les in­sultes fusent en di­rec­tion des deux ac­cu­sés lors­qu’il quittent la cour d’ap­pel dans les four­gons de l’adm­nis­tra­tion pé­ni­ten­tiaire.

AC­CU­SÉS. Au terme de dix jours d’un pro­cès in­tense et par­fois très pe­sant, Ber­kane Ma­kh­louf (à gauche) et Cé­cile Bour­geon (à droite) n’ont pas ap­por­té de ré­ponses à toutes les ques­tions en­tou­rant en­core la mort de la pe­tite Fio­na, en mai 2013, à Cler­mont-fer­rand. PHO­TOS RÉ­MI DUGNE

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