Le Poi­lu re­trou­vé un siècle plus tard !

La dé­pouille de Ga­briel Ay­mard, mort à la ba­taille de la Somme en 1916, iden­ti­fiée cet été

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Puy-de-dôme actualité - Guy Lemaître guy.le­maitre@cen­tre­france.com

De­puis le mois de juillet, un évé­ne­ment a per­tur­bé le quo­ti­dien de la fa­mille Ay­mard, sur les hau­teurs de Pont-du-châ­teau : l’iden­ti­fi­ca­tion du corps de Ga­briel, Poi­lu tom­bé au com­bat lors de la ba­taille de la Somme en 1916.

Lorsque le des­tin rat­trape l’histoire et s’ac­com­pagne de sur­pre­nantes coïn­ci­dences. En juillet der­nier, un chan­tier réa­li­sé sur la com­mune de Chil­ly, dans la Somme, a per­mis la dé­cou­verte des restes d’un sque­lette à proxi­mi­té du­quel re­po­sait une mé­daille d’iden­ti­té mi­li­taire : celle du sol­dat Ga­briel Ay­mard, né à Pont­du­châ­teau le 29 fé­vrier 1888.

Certes son nom fi­gure en tête de liste des Poi­lus sur le mo­nu­ment aux morts de la com­mune. Mais au­cune trace de l’être cher dis­pa­ru lors cette ba­taille san­gui­naire en­ga­gée le pre­mier juillet 1916. « Ce conflit a fait 19.000 morts dès le pre­mier jour. Pour la pre­mière fois, il était mé­ca­ni­sé du cô­té en­ne­mi, un dé­tail qui at­teste de la vo­lon­té al­le­mande de mar­quer les es­prits pour “sou­la­ger” le front de Ver­dun », dé­taille Da­niel Fer­ra­gu, ad­joint au maire de Pont­du­châ­teau et spé­cia­liste de cette pé­riode de l’histoire.

Le sort a vou­lu, qu’à 28 ans, Ga­briel soit abat­tu par les balles en­ne­mies, dans une tran­chée. Mais sa dé­pouille n’a été re­trou­ vée que pen­dant la se­maine pré­cé­dant le 14 juillet der­nier, dans un fos­sé… ou­vert pour des tra­vaux de ca­na­li­sa­tion.

À quelques jours près

Un os a été re­ti­ré à cet en­droit de Chil­ly. Le chan­tier est alors in­ter­rom­pu pour en­ga­ger des fouilles. Le reste du sque­lette est en­suite trou­vé dans une po­si­tion ana­to­mique où le corps sem­blait re­cro­que­villé et à ge­noux.

Se­cond fait du ha­sard, cette dé­cou­verte in­ter­vient pres­qu’un siècle après le dé­cès de Ga­briel Ay­mard, à quelques jours près.

Pierre Ay­mard, le ne­veu de Ga­briel – son père était le frère du dé­funt – plonge dans ses sou­ve­nirs : « Ga­briel s’était en­ga­gé, entre 1909 et 1911, dans les pom­piers de Paris pour faire son ré­gi­ment. Il fut mo­bi­li­sé en 1914 avant de re­joindre le 92e RI de Cler­mont­fer­rand pour le dé­but du conflit. »

Quelques an­nées plus tôt, Ga­briel Ay­mard était de­ve­nu culti­va­teur, sur la com­mune de Pont­du­châ­teau où vi­vait la fa­ mille. Au­jourd’hui, la mai­son Ay­mard com­prend aus­si JeanPaul et Mi­chel Fré­jat, les deux fils de la soeur du Poi­lu ain­si que des pe­tits ne­veux.

Maire de Pont­du­châ­teau, Re­né Vin­zio re­con­naît qu’il a par­ta­gé l’émo­tion de cette an­nonce dont il a été le mes­sa­ger au­près de la fa­mille.

À ce jour, les pho­tos et pe­tits ob­jets sou­ve­nirs rap­pe­lant le sol­dat très tôt dis­pa­ru tiennent une bonne place dans la villa cas­tel­pon­tine. Un grand por­trait pré­sente Ga­briel dans son cos­ tume d’ap­pa­rat lors­qu’il était dans les pom­piers de Paris.

Sur le mo­nu­ment aux morts de la com­mune, Ga­briel fi­gure en tête de liste, alors que par ordre al­pha­bé­tique des noms, il de­vrait être deuxième.

Pour l’heure, la fa­mille est plus pré­oc­cu­pée par le re­tour du cer­cueil de Ga­briel. Elle de­vrait at­tendre quelques mois. Un dé­lai ha­bi­tuel pour ac­com­plir les dé­marches ad­mi­nis­tra­tives né­ces­saires, conclut Georges Merle, pré­sident dé­par­te­men­tal des ACPG­CATM (an­ciens com­bat­tants) et de la com­mis­sion « mé­moire » de l’of­fice na­tio­nal des an­ciens com­bat­tants et vic­times de guerre (ONAC­VG).

POR­TRAIT. La fier­té de Pierre et des autres pa­rents après cette an­nonce que per­sonne n’at­ten­dait. PH. JEAN-LOUIS GORCE

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.