Au com­men­ce­ment était une ab­baye

Ba­lade his­to­rique à la re­dé­cou­verte du Ly­cée pro­fes­sion­nel Amé­dée­gas­quet

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Clermont vivre sa ville - Pierre Ga­briel Gon­za­lez pgg@orange.fr

Construit dans les an­nées 1930, le ly­cée Amé­déegas­quet oc­cupe un em­pla­ce­ment qui a joué un grand rôle dans l’histoire de la ville…

C’est un éta­blis­se­ment re­li­gieux dé­dié à saint An­dré qui vient oc­cu­per le grand es­pace dé­dié au ly­cée Amé­dée­gas­quet, au sud du quar­tier Font­giève.

Il fut fon­dé par Pierre de Cha­ma­lières, pre­vost de la ca­thé­drale de Cler­mont, mais d’autres sources y voient l’ac­tion du comte Guillaume VII dit Le Grand.

En re­vanche, les his­to­riens s’ac­cordent sur les dates et si­tuent la créa­tion de l’ab­baye au mi­lieu du XIIE siècle, très exac­te­ment en 1149.

Une pros­pé­ri­té très bien en­ca­drée

Jus­qu’en 1789, cet im­por­tant éta­blis­se­ment re­li­gieux des frères pré­mon­trés bé­né­fi­cie d’un cer­tain nombre de pri­vi­lèges (exemp­tions d’im­pôts et de taxes) et de bé­né­fices (re­ve­nus et re­cettes di­verses). C’est d’ailleurs le cas de toutes les autres ab­bayes et cou­vents qui cein­turent Cler­mont à cette époque. Pour exemple, au dé­but du XVIIIE siècle, chaque nou­ veau ma­rié doit ver­ser « la somme de 13 livres tour­nois » à l’église ab­ba­tiale de Saint­an­dré.

Tou­jours au XVIIIE siècle, l’ab­baye est exempte de la taille (im­pôt royal sur le re­ve­nu) et de la ga­belle (taxe sur le sel). À l’in­verse, lors­qu’en 1749, sont re­nou­ve­lés les bé­né­fi­ciaires de la dîme (10 % des ré­coltes et/ou des re­ve­nus ver­sés au cler­gé), on note les Bé­né­dic­tins de Saint­alyre et les Pré­mon­trés de Saint­an­dré.

Il faut aus­si si­gna­ler que des pro­prié­tés ap­par­tiennent aux moines de cette ab­baye dans les monts d’au­vergne et dans la Li­magne : les re­ve­nus an­nuels s’éle­vaient à 5.000 livres (en­vi­ron 100.000 eu­ros).

Après des siècles de pros­pé­ri­té, l’ho­ri­zon s’as­som­brit : la Ré­vo­lu­tion de 1789 vient frap­per aux portes de l’ab­baye. Elle va bou­le­ver­ser son des­tin.

À Paris, les be­soins fi­nan­ciers sont co­los­saux pour pouvoir fi­nan­cer les ar­mées et sau­ver la pa­trie en dan­ger. Les as­si­gnats per­mettent de cou­ler des ca­nons et d’équi­per les « sans­cu­lottes »… Or, ces pa­piers mon­naies sont ga­ran­tis par les biens na­tio­naux, no­tam­ment ceux de l’église

La vie quo­ti­dienne des moines tourne vite au cau­che­mar. Ils ont des dettes et se voient pri­vés de re­ve­nus. Ils se plaignent au­près des au­to­ri­tés. Une lettre est confiée au sieur Gaul­tier de Biau­zat, dé­pu­té de Cler­mont. Son texte vaut le dé­tour dès l’en­tête : « A nos Sei­gneurs de l’as­sem­blée Na­tio­nale… »

Et ce­la conti­nue : « Les re­li­gieux de l’ab­baye de Saint­an­dré­lez­cler­mont (*), ont ap­plau­di ce sage dé­cret que l’amour de la pa­trie a dic­té à l’au­guste aréo­page qui ré­gé­nère la France… Ils se voient dé­pouillés sans re­grets des biens ec­clé­sias­tiques dont ils avaient une part en apa­nage, lors­qu’ils songent qu’il faut sau­ver l’état […]. Cette ré­si­gna­tion pa­trio­tique semble leur don­ner des droits et c’est avec une juste confiance qu’ils viennent se je­ter dans les bras de l’as­sem­blée na­tio­nale et lui de­man­der l’in­ter­po­si­tion de son au­to­ri­té contre les créan­ciers qui leur ont ôté par des sai­sies vexa­toires et gé­né­rales tout moyen de sub­sis­ter […]. Cet acte de jus­tice et d’hu­ma­ni­té vous as­su­re­ra, Nos Sei­gneurs, de nou­velles bé­né­dic­tions… ».

En dé­pit des pro­tes­ta­tions et des sup­pliques, les bâ­ti­ments de l’ab­baye sont ven­dus comme biens na­tio­naux. L’en­clos de­vient contre le paie­ment d’une somme de 87.000 F la pro­prié­té du sieur Fran­çois Mey­nial, ha­bi­tant à Cler­mont. En 1793, les sieurs Mey­na­dier et Des­mon­tel éta­blissent dans les bâ­ti­ments re­li­gieux vi­dés de leurs oc­cu­pants une ma­nu­fac­ture d’armes qui fonc­tionne jus­qu’en 1796.

(*) « Lez » pour « près ».

La vie quo­ti­dienne des moines tourne au cau­che­mar

Di­manche pro­chain. Au XIXE siècle, les an­ciens bâ­ti­ments de l’ab­baye ont ser­vi tour à tour d’or­phe­li­nat, d’école d’agri­cul­ture, d’école Nor­male de gar­çons et d’école hô­te­lière, avant de de­ve­nir un ly­cée pro­fes­sion­nel. Vous avez fré­quen­té le ly­cée Amé­dée-gas­quet (en­sei­gnants, em­ployés ad­mi­nis­tra­tifs ou élèves), vous sou­hai­tez té­moi­gner, ra­con­ter une anec­dote : mer­ci de nous contac­ter sur pgg@orange.fr ou par cour­rier pos­tal à Cler­mont Vivre sa ville La Mon­tagne-cen­tre­france, 45, rue du Clos-four, 63.020 Cler­montfer­rand Ce­dex 02.

VUE HIS­TO­RIQUE. XVE siècle. © DR. L’ab­baye Saint-an­dré-lez-cler­mont, sur une gra­vure du

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