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La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Mag Dimanche -

e dé­bat pu­blic est vo­la­til : on en est au­jourd’hui à l’élec­tion pri­maire à droite, en at­ten­dant de dis­cu­ter sur l’élec­tion pri­maire à gauche. Bien ! Mais je n’ou­blie pas, ce­pen­dant, qu’un autre thème, un peu ou­blié au mi­lieu de tout ça, de­meure sous­ja­cent : c’est ce­lui de l’iden­ti­té, qu’on a aus­si évo­qué sous le nom de « ré­cit na­tio­nal » ou même de « ro­man na­tio­nal ». On en a pour­tant beau­coup par­lé. Un lea­der po­li­tique (M. Sar­ko­zy, pour ne pas le nom­mer), a cru bon d’af­fir­mer qu’il fal­lait re­par­ler de « nos an­cêtres les Gau­lois ». Tol­lé ! Dans le même temps un autre lea­der (M. Mé­len­chon, pour ne pas le nom­mer) nous as­su­rait que l’iden­ti­té fran­çaise com­mence en 1789 avec la Dé­cla­ra­tion des droits de l’homme, point fi­nal, et rien avant. Au pas­sage, un jour­na­liste fort connu (M. Apha­tie, pour ne pas le nom­mer en­core) pré­co­ni­sait de ra­ser le châ­teau de Ver­sailles, sym­bole de l’éta­tisme ab­so­lu­tiste de Louis XIV. Mais dans le même temps, un idéo­logue de l’ex­trême droite (M. de Les­quen, pour ne pas le nom­mer non plus), pen­sait qu’il fau­drait des enquêtes de voi­si­nage pour dis­tin­guer les vrais Fran­çais des autres (sui­vez mon re­gard). Oui, oui, toutes ces choses ont été dites... som­maires, voire pé­nibles, deux camps se dis­tinguent : le camp de ceux qui se disent mo­dernes, aux yeux de qui toute ré­fé­rence à une iden­ti­té his­to­rique, cultu­relle, re­li­gieuse, est ré­ac­tion­naire par dé­fi­ni­tion. Ce camp parle des « iden­ti­tés fan­tas­mées », consi­dère l’ex­pres­sion « Fran­çais de souche » comme obs­cène, et ne manque pas de pro­non­cer dans la fou­lée l’ad­jec­tif « nau­séa­bond ». À leurs yeux, il ne fau­drait plus avoir au­cun en­ra­ci­ne­ment, et tout sen­ti­ment d’ap­par­te­nance re­vien­drait à ex­clure quel­qu’un. Un ex­cès en en­traî­nant un autre par ré­ac­tion, se dé­ve­loppent les iden­ti­ta­rismes. Il en est de toutes sortes, et dans tous les coins. De jeunes gens, hé­las, se rap­pe­lant va­gue­ment leurs ori­gines, s’en re­mettent au dji­had et au voile is­la­mique. Des chré­tiens, se re­trou­vant à la sor­tie d’une messe en cos­tumes d’époque avec du la­tin, trouvent le pape Fran­çois trop mou, ma­ni­festent avec des pous­settes et ne semblent plus se sou­ve­nir que Jé­sus, dont ils se ré­clament, par­lait à tous les hommes. Je ne fais que poin­ter quelques exemples voyants. Sans al­ler cher­cher les Bre­tons bre­ton­nants, les fé­mi­nistes heur­tant le « pla­fond de verre », les mi­li­tants contre l’ho­mo­ pho­bie ou l’is­la­mo­pho­bie (ou toutes les pho­bies qu’on vou­dra), on en­tend par­ler d’une France ou­vrière qui se li­vre­rait au « po­pu­lisme ». On en­tend par­ler d’une France « des ci­tés », voire « des quar­tiers », qui se­rait dé­lais­sée. Mais on en­tend par­ler aus­si d’une France « de la ru­ra­li­té », non moins dé­lais­sée. On a en­ten­du par­ler aus­si d’une « France pé­ri­phé­rique » : c’était le titre d’un es­sai mé­mo­rable du so­cio­logue Ch­ris­tophe Guilly. Il y au­rait une France ur­baine, « bobo » et connec­tée, une France « des élites », une France « mon­dia­li­sée » qui ne com­pren­drait plus rien à la France réelle. Ah, j’ou­bliais : il y a eu une France « sui­ci­dée » (Eric Zem­mour). Et une France eu­ros­cep­tique. J’en passe et des meilleures ! On a tout en­ten­du. On nous an­nonce que les éco­liers n’ap­prennent plus qui était Char­le­magne. De bons es­prits ajoutent qu’ils ne savent plus par­ler fran­çais non plus. Al­lez donc ! On en ar­rive à des dé­bats sans queue ni tête sur des crèches de Noël dans des mai­ries, ou sur des af­fiches de pré­ven­tion contre le si­da. Au fond, qui sommes-nous ? Nous ne le sa­vons plus très bien. Dom­mage. Je pense que ce se­rait un peu plus im­por­tant que de dis­cu­ter du nombre de fonc­tion­naires.

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