La belle aven­ture du Splen­did’

Gé­rard Ju­gnot dé­cor­tique une ex­tra­or­di­naire aven­ture col­lec­tive qui a don­né nais­sance au ca­fé­théâtre Le Splen­did’, aux films des Bron­zés, au Père Noël… « Une époque for­mi­dable » vient de pa­raître chez Gras­set.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Mag Dimanche - Jean-marc Laurent jean-marc.laurent@cen­tre­france.com

Gé­rard Ju­gnot, ga­min de Bel­le­ville, au­jourd’hui âgé de 65 ans, se re­tourne vers ses 30 pre­mières an­nées dans Une époque for­mi­dable – Mes an­nées Splen­did’ .Un jo­li livre où il ra­conte l’éton­nante rencontre de trois ga­mins au dé­but des an­nées 60 au ly­cée Pas­teur de Neuilly : Thierry Lher­mitte, Ch­ris­tian Cla­vier et Gé­rard Ju­gnot re­joints en 1968 par Mi­chel Blanc, puis par Ma­rie­anne Cha­zel, sco­la­ri­sée en face. Avec Va­lé­rie Mai­resse, puis Jo­siane Ba­las­ko, le groupe fa­bri­que­ra de ses mains le ca­fé­théâtre Le Splen­did’ et un type de co­mé­die qui ac­cou­che­ra des films culte: Les Bron­zés, Le Père Noël est une or­dure et Pa­py fait de la ré­sis­tance, en 1983, là où Gé­rard Ju­gnot re­ferme son ré­cit. « Un film qui scel­lait dé­fi­ni­ti­ve­ment la fin de notre aven­ture col­lec­tive ».

Re­tour avec lui sur cette éton­nante aven­ture.

65 ans, c’est le temps de se re­tour­ner vers sa jeu­nesse? Pour conduire il faut re­gar­der un peu dans le ré­tro­vi­seur. C’est pas une ques­tion d’âge, plu­tôt de che­min. J’ai com­men­cé à écrire ça pour lais­ser une trace à mon fis­ton et mon pe­tit­fils. Pour trem­per une pe­tite ma­de­leine. Ma­nière de fixer les choses, et de se rap­pe­ler. Mais ce n’est pas un ou­vrage de nos­tal­gie, plu­tôt d’his­to­rien. J’avais en­ten­du tel­le­ment de choses in­exactes sur notre par­cours. Et comme j’étais un peu l’ar­chi­viste du groupe, j’ai gar­dé plein de trucs.

Comment ces trucs et cette trace sont-ils de­ve­nus un livre ? Un ami m’a orien­té sur Oli­vier No­ra de Gras­set qui a trou­vé ça in­té­res­sant et m’a pous­sé pour que ça de­vienne un livre. J’ai pas mal tra­vaillé. Je ne suis pas un homme de lettres, comme disent les sur­réa­listes plu­tôt un homme de pe­tites voyelles. C’est ma fier­té, je l’ai écrit tout seul.

Qu’est-ce qu’elles avaient de for­mi­dables vos 30 Glo­rieuses ? Elles étaient for­mi­dables dans le sens éty­mo­lo­gique du mot. À la fois stu­pé­fiantes et for­mi­dables, qui font peur (for­mi­do). Ça nous fai­sait un pe­tit peu peur ces an­nées. Et en même temps, sur une ami­tié, elles nous ont per­mis de construire un par­cours épa­tant, et qui m’épate tou­jours !

En aviez-vous conscience à l’époque ? On ne s’est pas ren­du compte du tout que l’on fai­sait des choses qui al­laient res­ter. On a d’abord re­çu des seaux d’eau sur la tronche. Puis la chance de trou­ver une ré­so­nance au­près de nos contem­po­rains, et une ré­so­nance qui conti­nue. On a eu le bon­heur de ne pas être des stars des an­nées 80, qui font trois films et tombent aux ou­bliettes.

Vous avez be­soin du col­lec­tif dites-vous dans le livre, est-ce tou­jours vrai ? Oui. Je dis « nous », même quand je fais un film per­son­nel. Au théâtre, j’ai tou­jours ai­mé être dans des troupes, même si j’aime être chef de troupe. J’aime fé­dé­rer. Je m’em­merde tout seul. J’ai fait une fois un one­man­show, on s’en­nuie beau­coup. Au Splen­did, nous étions tous des in­di­vi­dua­listes, mais des in­di­vi­dua­listes col­lec­tifs.

Que de­vez-vous à Tsilla Chel­ton ? Beau­coup de choses. En tant qu’ac­teur et en tant qu’homme. Elle avait une mé­thode for­mi­dable sur l’in­tel­li­gence du texte, la com­pré­hen­sion, l’ana­lyse lo­gique et le comment jouer dont je me sers en­core. Avec elle on en a ba­vé, mais on a bien avan­cé.

Que reste-t-il de l’es­prit ca­fés-théâtres des an­nées 70? Le ca­fé­théâtre, qui a fait suite au ca­ba­ret, était une ma­nière de dé­bu­ter pour les jeunes ar­tistes. Et comme on était très près des gens, ce­la im­pli­quait un jeu moins théâ­tral, plus ci­né­ma. C’était la dé­mo­cra­tie directe ! Les gens ve­naient ou ne ve­naient pas, ai­maient ou n’ai­maient pas… Cet es­prit­là a mu­té vers la té­lé­vi­sion, avec Les Nuls, main­te­nant vers l’in­ter­net, les stand­up, les one­man­shows. Les ca­fés­théâtres ce n’était pas une es­thé­tique, mais un moyen de jouer puisque les grands théâtres ne nous en­ga­geaient pas. C’était un théâtre sans in­ter­mé­diaire, sans pro­duc­teur ni met­teur en scène. On écri­vait, on construi­sait les théâtres, on s’oc­cu­pait de l’ad­mi­nis­tra­tion, de la ré­ser­ va­tion, du pres­sing. Nous nous en ti­rions par la ri­go­lade et la dé­ri­sion, mais nous avions au fond de nous une pe­tite ter­reur qui nous di­sait : « Est­ce qu’on va ar­ri­ver à quelque chose dans ce mé­tier ? » Mais on était ac­teur, on jouait deux spec­tacles tous les soirs, même si on ga­gnait 200 balles. Et ça c’est im­por­tant, un ac­teur qui ne joue pas, comme un bou­lan­ger qui ne fait pas de pain, il perd as­sez vite le sa­voir­faire.

Ani­ma­teur de ci­né-club dans vos jeunes an­nées, c’est cet amour du ci­né­ma qui vous a fait pas­ser à la réa­li­sa­tion ? Oui, ab­so­lu­ment. Je ne vou­lais pas être ac­teur, je vou­lais être met­teur en scène. Je fai­sais des films avec la ca­mé­ra de mon pa­pa, une ca­mé­ra double 8. Quand je parle de ça j’ai l’im­pres­sion de par­ler de Mé­liès ou des frères Lu­mière !

Quelle im­por­tance a eu Co­luche dans votre par­cours ? Il fait par­tie des gens qui nous ont ou­vert les yeux, avec qui on a beau­coup tra­vaillé, qu’on a beau­coup fré­quen­té, qu’on a beau­coup vu jouer. Mais la pre­mière rencontre primordiale c’était Ro­main Bou­teille qui a beau­coup in­fluen­cé Co­luche. C’est lui qui a fon­dé les ca­fés­théâtres. Quand on a vu Des bou­lons dans mon yaourt au Ca­fé de la Gare on s’est dit « c’est ce qu’il faut qu’on fasse ». Il y avait une telle li­ber­té là­de­dans !

Vous re­ver­ra-t-on bien­tôt sur scène ? J’ai joué 400 fois Cher tré­sor de Francis Ve­ber. Mais je re­pren­drai j’es­père, j’adore ça, tous les 2­3 ans j’y re­tourne parce que c’est là où on se sent vivre, en prise directe avec les gens, en pleine dé­mo­cra­tie directe ! Au ci­né­ma on tra­vaille un peu en aveugle.

Et au ci­né­ma ? Je viens de ter­mi­ner le tour­nage de mon nou­veau film, C’est beau la vie quand on y pense, qui sort le 7 avril. Je suis en plein mon­tage. Je par­tage l’af­fiche avec un jeune ac­teur, Fran­çois De­block, for­mi­dable. La confron­ta­tion un peu ex­plo­sive entre un père à la ra­masse qui a ar­rê­té de vivre et ce jeune mec qui vit avec le coeur trans­plan­té de son fils.

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