L’histoire ab­sou­dra­t­elle Cas­tro ?

Sym­bole de la ré­vo­lu­tion, maître de Cuba pen­dant près d’un de­mi­siècle, l’an­cien dic­ta­teur est mort

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & monde actualités - Yves Car­roué yves.car­roue@cen­tre­france.com

La mort de Fi­del Cas­tro, qui di­ri­gea d’une main de fer le ré­gime com­mu­niste de Cuba de 1959 à 2008, est le point fi­nal de la guerre froide dont le Li­der maxi­mo était le der­nier ac­teur.

Le « Li­der maxi­mo », Fi­del Cas­tro, s’est éteint ven­dre­di soir, à La Ha­vane, à l’âge de 90 ans. An­cien chef de l’état et du gou­ver­ne­ment de Cuba, il res­te­ra comme une in­car­na­tion des ré­vo­lu­tions sud­amé­ri­caines et l’une des prin­ci­pales fi­gures de la Guerre froide qui op­po­sa L’URSS et le bloc de l’est aux Oc­ci­den­taux après la fin de la Se­conde Guerre. Et s’il ne fut cer­tai­ne­ment pas le pire des dic­ta­teurs com­mu­nistes que la pla­nète ait connu de­puis la Ré­vo­lu­tion russe de 1917, il a été, comme l’amé­ri­cain John Fitz­ge­rald Ken­ne­dy – lui­même loin d’être le plus an­ti­com­mu­niste des di­ri­geants oc­ci­den­taux – ac­teur d’une des crises ma­jeures du conflit Est/ouest qui di­vi­sa la pla­nète pen­dant près d’un de­mi­siècle, entre l’après­guerre et le dé­but des an­nées 1990.

La ten­ta­tive avor­tée de dé­bar­que­ment de Cu­bains an­ti­cas­tristes sou­te­nus par la CIA, en 1961, dans la fa­meuse baie des Co­chons, puis la crise des mis­siles so­vié­tiques que Mos­cou vou­lait bra­quer sur les ÉtatsU­nis de­puis l’île de Cuba mirent le monde au bord d’une guerre nu­cléaire, en oc­tobre 1962. Un conflit ma­jeur au­quel la pla­nète n’échap­pa que parce que Ken­ne­dy, à l’ouest, et Kh­roucht­chev, à l’est, sur­ent, par­fois à coup de bluff, né­go­cier et sau­ ver les ap­pa­rences. Mais si la des­ti­née de son en­ne­mi amé­ri­cain s’ache­va bru­ta­le­ment dans un bain de sang à Dal­las, en 1963, le sort de Fi­del Cas­tro au­ra été de du­rer, jus­qu’à un âge avan­cé, en te­nant Cuba d’une main de fer pen­dant des dé­cen­nies.

Il avait ar­ra­ché son pays à l’in­fluence nord­amé­ri­caine en ren­ver­sant, en 1959, la dic­ta­ture cor­rom­pue de Ful­gen­cio Ba­tis­ta, grâce à une gué­rilla for­mée au dé­part de quelques di­zaines d’hommes dé­bar­qués sur l’île dans un yacht bap­ti­sé Gran­ma, le 2 dé­cembre 1956. Par­mi eux, le jeune Ar­gen­tin Er­nes­to « Che » Gue­va­ra ren­con­tré lors d’un voyage au Mexique, après l’échec de l’as­saut contre la ca­serne de la Mon­ca­da, à San­tia­go de Cuba, le 26 juillet 1953.

Hé­raut des na­tions en dé­ve­lop­pe­ment

Condam­né par la jus­tice de Ba­tis­ta, mal­gré sa cé­lèbre plai­doi­rie in­ti­tu­lée L’histoire m’ab­sou­dra, puis am­nis­tié, Fi­del Cas­tro avait fon­dé le Mou­ve­ment du 26 juillet (M26) qui se­ra au coeur de la ré­vo­lu­tion.

Si les der­nières images du lé­gen­daire « bar­bu­do » mon­traient un vieil homme à la voix fluette, l’histoire gar­de­ra pro­ba­ble­ment le sou­ve­nir d’un gué­rille­ro in­tré­pide et élo­quent et du hé­raut des na­tions en dé­ve­lop­pe­ment. Elle ne de­vra pas ou­blier que, der­rière la lé­gende de l’avo­cat des humbles qui avait pris les armes contre l’op­pres­sion, qu’il fut au dé­but de sa vie, pros­pé­ra un dic­ta­teur.

Te­nue à bout de bras par L’URSS, Cuba, que des mil­liers d’ha­bi­tants ont fui au fil des an­nées, prin­ci­pa­le­ment vers la Flo­ride proche, n’a pas été un pa­ra­dis tro­pi­cal sous la main de fer de Fi­del Cas­tro. Le blo­cus im­po­sé par les États­unis jus­qu’à la ré­con­ci­lia­tion entre Raul Cas­tro et Ba­rack Oba­ma, fin 2014, n’a rien ar­ran­gé pour une éco­no­mie en proie à des dif­fi­cul­tés ré­cur­rentes, ag­gra­vées au dé­but des an­nées 1990 par la chute du bloc com­mu­niste et la dis­pa­ri­tion de L’URSS, son prin­ci­pal par­te­naire com­mer­cial et son ul­time sou­tien po­li­tique, quoique Fi­del Cas­tro désap­prou­vât la « per­es­troï­ka » éco­no­mique et po­li­tique mise en oeuvre par Mi­khaïl Gor­bat­chev.

Né le 13 août 1926 dans une fa­mille pay­sanne d’ori­gine es­pa­gnole et ai­sée (mais son père était anal­pha­bète !), Fi­del Ale­jan­dro Cas­tro Ruz, élève des frères ma­ristes et des jé­suites, était un avo­cat spé­cia­li­sé dans la dé­fense des pe­tites gens. C’est du­rant ses études qu’il était en­tré en po­li­tique, en mi­li­tant au par­ti du Peuple cu­bain (PPC), dit or­tho­doxe, mou­ve­ment an­ti­im­pé­ria­liste et an­ti­com­mu­niste, et en par­ti­ci­pant à la ten­ta­tive ra­tée de ren­ver­se­ment du dic­ta­teur do­mi­ni­cain Tru­jillo puis aux émeutes de Bo­go­ta, après l’as­sas­si­nat du po­li­ti­cien co­lom­bien Jorge Elié­cer Gai­tan.

Ar­ri­vé au pouvoir en 1959, Fi­del Cas­tro avait of­fi­ciel­le­ment quit­té ses fonc­tions à la tête de l’état en 2008 et trans­mis le pouvoir à son frère Raul, dé­jà à ses cô­tés dès l’ins­tau­ra­tion du ré­gime et qui te­nait les rênes de­puis 2006, an­née où la san­té du Li­der Maxi­mo s’était dé­gra­dée.

VIC­TO­RIEUX. En jan­vier 1959, le lea­der ré­vo­lu­tion­naire cu­bain Fi­del Cas­tro, en­tou­ré de membres du Mou­ve­ment du 26 juillet, dont Ca­mi­lo Cien­fue­gos (à gauche) et Hu­ber Ma­tos (à droite), entre triom­pha­le­ment à La Ha­vane. PHO­TO AFP

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