Un géant sur l’échi­quier mon­dial

Cas­tro a su prendre la tête du tiers­monde dans la lutte contre l’im­pé­ria­lisme amé­ri­cain

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - France & monde actualités - Yves Car­roué yves.car­roue@cen­tre­france.com

En­ne­mi ju­ré des Etats-unis, Fi­del Cas­tro a don­né à son île un poids po­li­tique in­édit et a su re­bon­dir, de crises en crises, jus­qu’à de­ve­nir la voix des pays pauvres.

Der­nier di­no­saure de l’ère com­mu­niste à la so­vié­tique ? Le par­cours de Fi­del Cas­tro est bien plus com­plexe que ce­lui des di­ri­geants de l’eu­rope de l’est, ba­layés par la chute du mur de Ber­lin, en 1989, et celle de l’union so­vié­tique.

Hé­ros en URSS

Mar­xiste as­su­mé après la ré­vo­lu­tion cu­baine, sans doute sous la pres­sion d’er­nes­to « Che » Gue­va­ra et de son frère, Raul Cas­tro, Fi­del Cas­tro a don­né à son pays une place in­ter­na­tio­nale bien su­pé­rieure au poids réel que la plus grande île des An­tilles, ac­tuel­le­ment peu­plée de 11 mil­lions d’ha­bi­tants, de­vrait ac­cu­ser sur la ba­lance mon­diale.

Ac­cueilli en Union so­vié­tique, en 1963, après la crise des mis­siles, en hé­ros de la ré­vo­lu­tion, Cas­tro se fait en­tendre au Krem­lin où il plaide pour une aide ac­crue au NordViet­nam, en guerre contre les Etats­unis, et aux ré­vo­lu­tions cas­tristes en Amé­rique du Sud.

En 1966, la confé­rence tri­con­ti­nen­tale de La Ha­ vane réunit des re­pré­sen­tants de 82 pays d’asie, d’afrique et d’amé­rique la­tine, avec un ob­jec­tif tiers­mon­diste, dé­si­gnant les Etats­unis comme le prin­ci­pal en­ne­mi. La mort, l’an­née sui­vante, en Bo­li­vie, de son com­pa­gnon de lutte, « Che » Gue­va­ra, conduit Cas­tro à ré­duire son in­ter­ven­tion­nisme. En 1975, au nom de la « la­ti­no­afri­ca­ni­té », le Li­der Maxi­mo en­voie des troupes en masse en An­go­la pour sou­te­nir le ré­gime mar­xiste en pleine guerre ci­vile. Cuba est pré­sent en Afrique (Na­mi­bie, Mo­zam­bique, Ethio­pie) à la de­mande de gou­ver­ne­ments ou de mou­ve­ments ré­vo­lu­tion­naires.

Papes et roi

En 1979, La Ha­vane ac­cueille le som­met des non­ali­gnés, suc­cès per­son­nel pour Cas­tro qui conti­nue à in­ter­ve­nir aux cô­tés de gou­ver­ne­ments sud­amé­ri­cains ou de la gué­rilla au Sal­va­dor, jus­qu’à la crise de 1981 avec l’amé­ri­cain Ro­nald Rea­gan, qui fait craindre aux Cu­bains une in­va­sion de l’île par les Etats­unis.

Cas­tro change alors de cas­quette pour de­ve­nir le porte­pa­role des pays en­det­tés du tiers­monde. En 1995, on le voit à l’unes­co, à Paris, lors d’un voyage où l’em­bras­sade que lui donne Da­nielle Mit­ter­rand à l’ely­sée fait scan­dale.

Il re­çoit le pape JeanPaul II en 1998 et se­ra en­core là pour son suc­ces­seur, Be­noît XVI, en 2012. Il est l’hôte du roi d’es­pagne Juan Car­los, à La Ha­vane, en 1999. Le ré­vo­lu­tion­naire ne ren­verse plus les tables, il y est convié.

MEN­TOR. Fi­del Cas­tro a ac­com­pa­gné le par­cours du dé­funt di­ri­geant vé­né­zué­lien Hu­go Cha­vez, au point d’al­ler jus­qu’à pro­po­ser une fé­dé­ra­tion des deux pays qui n’abou­ti­ra pas. PHO­TO AFP

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