Des fon­da­tions, pas en­core de fi­ni­tion

Les Bleus ont pour­tant eu de nom­breuses oc­ca­sions

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Sports l'actu nationale - À Saint-de­nis, Va­lé­ry Le­fort

Gé­né­reux, en­tre­pre­nants, les Bleus ont don­né le change aux Néo-zé­lan­dais en pre­mière pé­riode. Mais in­ca­pables de conclure leurs temps forts, ils ont en­suite plié. Mais de­main, il pour­rait faire beau sur le rugby fran­çais.

Réa­lisme. Der­rière ses pe­tites lu­nettes cer­clées, « Prof No­vès » pour­ra faire co­pier le mot cent fois à ses élèves après cette nou­velle dé­faite face aux cham­pions du monde. Mais on ima­gine qu’il gra­due­ra la sé­vé­ri­té de la peine au re­gard des in­ten­tions de jeu, de l’im­pli­ca­tion, et de la gé­né­ro­si­té de ses hommes.

Car même au fin fond des fermes de Nou­velle­zé­lande, on a bien dû se rendre compte avant d’al­ler pan­ser les bêtes au pe­tit matin (dé­ca­lage ho­raire oblige) que ce XV de France n’avait ab­so­lu­ment plus rien à voir avec ce vi­sage aus­si pauvre que pa­thé­tique af­fi­ché il y a un an à Car­diff, et les an­nées pré­cé­dentes avec.

Les Bleus ont eu quatre oc­ca­sions de mar­quer en pre­mière pé­riode. Pas une n’a été conclue.

Alors non, on ne va pas to­ta­le­ment grim­per au ri­deau. Car tout n’est pas par­fait, tant s’en faut. Quand on se troue comme un môme dans les airs comme l’a fait Na­kai­ta­ci sur le pre­mier es­sai de Dagg, ou quand on se fait in­ter­cep­ter un bal­lon qu’on es­père d’es­sai comme Lo­pez pour un contre as­sas­sin de cent mètres de Bar­rett, il faut se dire que le haut ni­veau ne par­donne pas ce genre de ra­té ma­jus­cule.

Et quand on as­pire à (re) jouer dans la cour des grands, chose à la­quelle le rugby fran­çais peut dé­sor­mais pen­ser s’il conti­nue à bos­ser fort dans ce sens, il faut conclure ses ac­tions les plus pres­santes. Être cli­nique, sans pi­tié, mar­quer sur ses temps forts. C’est le Ba­ba. Hier soir, les Bleus ont eu pas moins quatre oc­ca­sions d’es­sais en pre­mière pé­riode. Contre les Blacks, c’est juste un ra­tio énorme!

Mais au­tant de fois, pour un ou deux mètres man­quants, pour un en­avant, pour une faute d’in­at­ten­tion, Lo­pez, Fo­fa­na, Va­ka­ta­wa ou Ol­li­von ont lou­pé le coche. A l’in­verse, les Blacks ont in­fli­gé à leurs ad­ver­saires une le­çon de ta­bleau noir ­ ce fa­meux réa­lisme ­ en mar­quant pra­ti­que­ment sur cha­cune de leurs in­cur­sions dans le camp tri­co­lore. Plus réa­listes qu’eux, tu meurs !

On at­ten­dait de cette bleu­saille qu’elle conti­nue d’af­fi­cher le re­gain de cou­leurs en­tre­vu face aux Sa­moa et par in­ter­mit­ tence ­ mais trop tar­di­ve­ment ­ face à l’aus­tra­lie. Ils y sont par­ve­nus dans ce match d’une rare in­ten­si­té où les tam­pons ont cla­qué dans la nuit dio­ny­sienne. A 16­24 à l’heure de jeu, grâce à un es­sai de Pi­ca­moles alors que Gui­ra­do en avait eu un autre au bout des doigts un peu plus tôt, les Bleus te­naient le coup avant de voir peu à peu les doubles cham­pions du monde s’ins­tal­ler ­ en­fin ­ dans le camp tri­co­lore.

On avait dit : at­ten­tion à l’heure de jeu… Car c’est prio­ri­tai­re­ment là que le ser­pent noir crache son ve­nin, lais­sant le plus sou­vent son ad­ver­saire en po­si­tion lé­tale. Ac­cé­lé­ra­tions, off load, tech­nique hors pair, jeu de passes mil­li­mé­tré : c’est ce poi­son por­té au ni­veau d’un élixir de jeu qui ­ le plus sou­vent ­ étouffe qui­conque se place en tra­vers de la route des All Blacks. Hier soir, le piège n’a pas fonc­tion­né. Re­ve­nus à cinq points après une pé­na­li­té de Se­rin (19­24), avec l’idée d’un es­sai du bout du monde à la Blan­co pour coif­fer les Blacks sur le po­teau, les Bleus ont te­nu le choc. Fi­na­le­ment, de peur d’un contre, Aa­ron Smith, le meilleur de­mi de mê­lée au monde, leur ren­dait hom­mage en choi­sis­sant de ta­per dans les tri­bunes alors que les siens bu­taient sur les bar­be­lés tri­co­lores. Elle a per­du, mais la France a re­trou­vé bien des choses. No­tam­ment de l’al­lant et de la fier­té. C’est dé­jà im­mense. Il est des dé­faites por­teuses de (gros) es­poirs…

DÉ­FAITE. L’es­sai de Pi­ca­moles a re­don­né de l’es­poir aux Tri­co­lores mais ce­la n’a pas suf­fi pour ve­nir à bout des Blacks.

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