Nos pe­tites ma­nies à la loupe

Bru­no Léan­dri sort un « pe­tit guide » sur les cu­rio­si­tés du quo­ti­dien

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Septième jour - Flo­rence Ché­do­tal flo­rence.che­do­tal@cen­tre­france.com

Il avait en­vie de s’ar­rê­ter un peu sur ces mi­cro­phé­no­mènes qui, pour un peu, pas­se­raient in­aper­çus tant on s’y ha­bi­tue. Ma­nies, ma­rottes, ob­ses­sions, tics, su­per­sti­tions… Tout y passe avec l’hu­mo­riste et écri­vain Bru­no Léan­dri.

In­tro­duire une pe­tite cuillère dans sa bou­teille de champ’ en­ta­mée pour ne pas qu’elle s’évente… « Comme tout le monde », il l’a fait, mais sans trop y croire quand même. De­vant cet ob­jet sus­pen­du, il se di­sait « Al­lons voyons, soyons sé­rieux… ». Entre­temps, des scien­ti­fiques se sont pen­chés sur cette ques­tion cru­ciale avec le ré­sul­tat at­ten­du : la pe­tite cuillère ne sert à rien… Bru­no Léan­dri a ain­si col­lec­té dans C’est cu­rieux ce truc/pe­tit guide de nos drôles de ma­nies (*) ces pe­tites choses du quo­ti­dien aux­quelles nous ne prê­tons pas at­ten­tion, par la force de l’ha­bi­tude.

D’ailleurs, il re­mer­cie les « brosses à dents, les en­ton­noirs et les cour­gettes » en fin de livre. Il ne rend pas hom­mage aux pe­tits riens, en mode poé­tique, à la Phi­lippe De­lerm, ni en mode ob­ser­va­tion mé­di­cale ou so­cio­lo­gique, mais « pour ri­go­ler ». « Je suis juste là pour agi­ter mes mous­taches. Je ne me prends pas au sé­rieux », confie l’écri­vain et hu­mo­riste, dont les nom­breuses an­nées pas­sées à Fluide gla­cial ont nour­ri le re­gard dé­ca­lé.

Les guille­mets dans l’air

« Du­rant des an­nées, j’ai col­lec­té des his­toires amu­santes en histoire, géo­gra­phie, arts et vie quo­ti­dienne. Puis j’ai dé­ci­dé de m’ar­rê­ter sur ces cu­rio­si­tés de la vie quo­ti­dienne ». Il les com­pile, ten­tant d’en faire un large in­ven­taire. On l’ima­gine en train de dis­sé­quer ses sem­blables. Lui ré­fute être un « com­plo­tiste ob­ses­sion­nel ». « Je n’es­pionne pas avec ma loupe. Ce sont les choses qui viennent à moi ». L’homme se qua­li­fie aus­si de « pre­mier su­jet d’étude ». « J’ai plein de ma­nies comme tout le mon­ de ». Par exemple ? « Grat­ter un point noir, s’aga­cer pour un poil qui dé­passe, ran­ger des ob­jets dans un cer­tain ordre… ». On avait pré­ve­nu, on n’est pas dans du poé­tique !

Bru­no Léan­dri se donne l’avan­tage d’avoir du re­cul face à ses propres pe­tites bi­zar­re­ries, avec les­quelles il fait bon mé­nage. « C’est tel­le­ment rien du tout. Ce­la ne fait de mal à per­sonne. Il est agréable de vivre avec, tant que ce­la ne re­lève pas de la mé­de­cine et de la psy­chia­trie ».

Bon, soyons hon­nêtes, par­fois, ce­la l’agace gen­ti­ment. Sur­tout chez les autres. Il se sou­vient de cette mode, il y a une ving­taine d’an­nées : « Les gens mi­maient les guille­mets avec deux doigts de chaque cô­té de leur tête. On se de­mande vrai­ment d’où ça vient quand deux, trois, puis quatre per­sonnes vous font le coup suc­ces­si­ve­ment ». Il en va ain­si des modes de cours de ré­cré, des « fi­lets de vi­naigre bal­sa­mique ou de sauce cho­co­lat » qui comblent le vide des as­siettes gas­tro­no­miques, ou des tics de lan­gage : le « tu vois » des an­nées 80, le « c’est clair » des an­nées 2000 ou le « voi­là » des an­nées 2010. L’hu­mo­riste s’agace des gens qui vous parlent en re­gar­dant le pla­fond, du pe­tit air de mu­sique qui vous en­va­hit le cer­veau sans som­ma­tion, des ma­tins où il se fra­casse le pe­tit or­teil contre le pied de son lit, des smi­leys à tout bout de champ… « J’ai un peu de mal avec le gré­ga­risme ».

Il a connu, comme beau­coup, des mo­ments de so­li­tude. « Avec ma grande bouche, il m’est ar­ri­vé de sor­tir, en so­cié­té, de grandes af­fir­ma­tions pé­remp­toires, avec beau­coup d’ar­ro­gance. Suf­fit d’un spé­cia­liste dans l’as­sem­blée pour que j’aie l’air to­ta­le­ment ri­di­cule… ».

Il s’amuse beau­coup de la co­horte fan­tai­siste des su­per­sti­tions. La mayon­naise en concentre pas mal… Pour la réus­sir, il fau­drait « plan­ter une gousse d’ail au bout de la cuillère ». Après, si vous vou­lez en­le­ver l’odeur d’ail qui vous colle aux doigts, « il faut les frot­ter contre une lame de cou­teau sous un fi­let d’eau ». Ce que Bru­no Léan­dri ap­pelle plu­tôt le « mar­ke­ting Ur­go ». Dans la même veine : pour ra­mol­lir du gruyère ra­bou­gri, l’en­ve­lop­per dans un « tor­chon préa­la­ble­ment trem­pé dans du vin blanc bouillant ». Ce qui vous fait… une « fon­due sa­voyarde clé en main ».

Le « ma­niaque de l’ob­ser­va­tion » qu’il est, « ra­me­nant tout au ra­tion­nel », n’est « pas du tout su­per­sti­tieux. Ce se­rait in­com­pa­tible », as­sure­t­il. « Quoi que… Vous m’avez ap­pe­lé un mar­di et ça porte mal­heur… ». On en ap­prend tous les jours.

Le p’tit air en­tê­tant dans la tête, l’art de réus­sir une mayon­naise, le chiffre ob­ses­sion­nel…

B. LÉAN­DRI. Sa ma­nie pré­fé­rée : « Se ser­vir un verre de vin le soir ». DR

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