De Ta­ra à Cé­lia, la même ob­ses­sion

Elle a ven­du plus d’un mil­lion d’exem­plaires de sa sa­ga fan­tas­tique Ta­ra Dun­can. So­phie Au­douinMa­mi­ko­nian pour­suit sur sa lan­cée avec Dan et Cé­lia les ju­meaux d’au­tre­monde. Sans perdre son souffle.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Magdimanche - Blan­dine Hu­tin-mer­cier blan­dine.hu­tin@cen­tre­france.com Dan et Cé­lia Les ju­meaux d’au­tre­monde. Chez XO Édi­tions.

Avec So­phie Au­douin­ma­mi­ko­nian, tout est une ques­tion de souffle. Souffle pour la lire, pour l’écou­ter, pour la suivre dans ses mul­tiples pro­jets, de la lit­té­ra­ture au ci­né­ma.

Avec le re­cul, com­ment ana­ly­sez-vous l’aven­ture Ta­ra Dun­can ? C’est un truc de dingue ! Je ne pense pas qu’un autre au­teur ait vé­cu une telle histoire ! J’ai écrit cette sa­ga à 25 ans, elle a été re­fu­sée par­tout pen­dant 13 ans. Puis Har­ry Pot­ter est pa­ru et je me suis dit « Moi j’ai écrit la même chose mais en plus drôle et c’est elle qui est pu­bliée ! » Du coup, j’ai bé­né­fi­cié de ce suc­cès et j’ai réa­li­sé le rêve de ma vie avec 25 ans de re­tard ! J’ai eu la chance de pou­voir par­ta­ger mon sens de l’hu­mour et de l’au­to­dé­ri­sion avec des mil­lions de gens. Ça a été ma­gique. Une histoire de fou !

Vous avez dé­ci­dé de pour­suivre l’aven­ture de Ta­ra, mais à tra­vers ses en­fants. Pour­quoi ? Au­jourd’hui, Ta­ra a 22 ans, deux en­fants, je ne me voyais pas ra­con­ter cette histoire, ex­ploi­ter la sur­prise d’un ado­les­cent face à cette histoire­là.. En fait, j’ai tou­jours un peu 14 ans dans ma tête. Quand j’écris, je ri­gole ; mes fans me le disent d’ailleurs. Ils m’ima­ginent en train de ri­ca­ner de­vant mon or­di­na­teur en me li­sant. Donc si ça ne m’amuse pas, je n’écris pas. J’ai be­soin de dé­crire les ré­ac­tions de quel­qu’un face à des si­tua­tions en­core in­con­nues, des ré­ac­tions in­con­grues par­fois. Et puis, je me sens un peu mal à l’aise avec tout ce qui est adulte. Je pré­fère m’adres­ser aux ados. Même si mes lec­teurs ont gran­di, c’est ma­gique de conti­nuer à créer un nou­veau monde pour eux.

Le monde des ju­meaux at-il évo­lué com­pa­ré à ce­lui de leur mère ? J’ai amoin­dri la ma­gie. Avant, le su­per­pou­voir de Ta­ra ve­nait tou­jours à sa res­cousse. Là, Dan et Cé­lia n’ont pas ce pou­voir, il faut donc qu’ils soient ma­lins, mi­ser plus sur leur in­tel­li­gence, du moins lors­qu’ils sont sé­pa­rés. Le plus in­té­res­sant à mes yeux est le per­son­nage de Luke, un pe­tit gar­çon ra­cket­té, mal­heu­reux. Il y a plein d’en­fants comme lui, qui vivent une ado­les­cence com­pli­quée ; dès que vous êtes dif­fé­rents, tout le monde vous tombe des­sus, c’est un peu ce que j’ai vé­cu, en­fant… En fait, Ta­ra était mon cô­té le plus dé­jan­té et Luke, mon cô­té le plus déses­pé­ré, dont je n’avais ja­mais par­lé. En écri­vant sur lui, j’ai mis un as­pect de ma per­son­na­li­té dans le livre et c’est ce qui change aus­si.

C’est votre mes­sage aux jeunes ? C’est im­por­tant de vrai­ment leur par­ler. Je veux qu’ils s’iden­ti­fient à mes per­son­nages et qu’ils voient qu’on gran­dit, que la souf­france est pas­sa­gère, qu’au fil des an­nées, les choses ne nous touchent plus de la même fa­çon, on évo­lue. Com­bien de mil­liers de gens m’ont écrit que mes livres les avaient ai­dés à sur­vivre ! Les gens ne se rendent pas compte à quel point les livres peuvent être im­por­tants…

Que vous ap­porte jus­te­ment l’écri­ture ? Une joie im­mense. Si je pou­vais, j’ado­re­rais que mes livres soient gra­tuits, que tout le monde puisse les lire. Pour moi, tout est pos­sible ; la seule chose qui nous em­pêche d’avan­cer, c’est nous­même. Com­bien de lettres ai­je re­çu, me di­sant « je n’ose pas ». La pa­resse est notre en­ne­mi n° 1, nous sommes nos propres en­ne­mis. Je ré­ponds à chaque fois : « Don­nez­vous les moyens pour ar­ri­ver à faire des choses à votre por­tée. Quand vous vou­lez rê­ver, rê­vez grand ! ».

À part écrire, quel est votre rêve ? J’ai tou­jours rê­vé de faire du ci­né­ma… Quand vous écri­vez, vous di­ri­gez vos équipes men­tales. Quand vous fil­mez, vous avez af­faire à une ma­tière hu­maine. Faire al­ler tout le monde dans la même di­rec­tion, quel chal­lenge ! Il y a 2 ans, j’ai écrit un scé­na­rio, mais je me suis heur­tée aux mêmes dif­fi­cul­tés qu’avec Ta­ra. Cette ma­nie de dire « non » à la nou­veau­té ! Mais je viens de fi­nir un pre­mier court­mé­trage, Le Saint, une histoire de bri­gands. J’es­père tour­ner l’an pro­chain une adap­ta­tion de mon livre Agathe Po­lo­chon. À terme, j’es­père mon­ter une struc­ture pour réa­li­ser mes Ta­ra. Je n’y ar­ri­ve­rai peut­être pas, mais je vais es­sayer…

SO­PHIE AU­DOUIN-MA­MI­KO­NIAN. « N’im­porte quoi peut dé­clen­cher mon ima­gi­na­tion. Puis, je passe dix heures par jour à écrire. L’écri­ture est mon ob­ses­sion ». PHOTO THIERRY CHOL

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