Le ro­seau filtre mais ne rompt pas

Pas de mau­vaise odeur, une meilleure in­té­gra­tion pay­sa­gère et un trai­te­ment bio­lo­gique des eaux usées : les sta­tions d’épu­ra­tion à filtres plan­tés re­dorent l’image de l’as­sai­nis­se­ment.

La Montagne (Clermont-Ferrand) - - Mag­di­manche - Fa­brice Mi­na fa­brice.mi­na@cen­tre­france.com

Jean de la Fon­taine avait rai­son : il ne sert à rien de re­gar­der le ro­seau de haut. Certes, le moindre vent qui d’aven­ture fait ri­der la face de l’eau, l’oblige à bais­ser la tête. Bien sûr que tout lui est aqui­lon. Il plie mais ne rompt pas. Ce n’est pas ce pé­dant de chêne qui di­ra le contraire. Au XVIIE siècle, ce bon vieux fa­bu­liste ne connais­sait pas en­core un des autres atouts de cette her­ba­cée vi­vace : être un al­lié éco­lo­gique de l’es­pèce hu­maine. Une idée ap­pa­rue au dé­but des an­nées 2000 et de plus en plus ré­pan­due. La Se­me­rap (so­cié­té pu­blique lo­cale qui ex­ploite les ré­seaux d’eau et d’as­sai­nis­se­ment pour en­vi­ron 170 com­munes si­tuées prin­ci­pa­le­ment au nord et à l’est de Cler­mont­fer­rand) confirme : « Sur les 103 sta­tions de notre ter­ri­toire, près de 10 % sont avec des filtres à ro­seaux. Et la ten­dance est plu­tôt à la hausse ».

Le prin­cipe est as­sez simple : il s’agit d’un sys­tème de trai­te­ment des eaux uti­li­sant des plantes dans une zone hu­mide ar­ti­fi­cielle. Le sys­tème le plus ré­pan­du reste ce­lui à écou­le­ment ho­ri­zon­tal qui vise à re­pro­duire le fonc­tion­ne­ment d’une la­gune, avec du sable et des gra­viers. Plu­sieurs étages per­mettent de mieux pro­fi­ter des ca­pa­ci­tés épu­ra­toires na­tu­relles des vé­gé­taux et des mas­sifs fil­trants.

Ceux­ci ap­pré­cient des plantes per­sis­tantes émer­gentes, telles que les ro­seaux com­muns, les joncs, les scirpes, les laîches ou les pa­py­rus. L’im­por­tant reste la rhi­zo­sphère, pe­tite ré­gion au­tour des ra­cines où croissent de grandes po­pu­la­tions de bac­té­ries. Celles­ci se nour­rissent

NA­TU­REL­LE­MENT. Le prin­cipe est as­sez simple : il s’agit d’un sys­tème de trai­te­ment des eaux uti­li­sant des plantes dans une zone hu­mide ar­ti­fi­cielle. PHO­TO D’AR­CHIVES A. GAU­DIN

Une so­lu­tion adap­tée aux pe­tites com­munes « Avant on avait les odeurs. Au­jourd’hui plus rien. En plus c’est quand même plus joli. Pour com­pa­rer, il suf­fit de pas­ser près de la sta­tion vers Aul­nat. Ce n’est pas vrai­ment le même pay­sage, ni le même par­fum. » Gé­rard Du­bois, maire de Pes­sat-vil­le­neuve, est sa­tis­fait. Sa sta­tion « éco­lo » fonc­tionne de­puis mars et il ne re­grette rien. La com­mune pos­sé­dait un sys­tème de la­gunes mais la sta­tion d’épu­ra­tion, mise en ser­vice en 1979, était vieille et sous-di­men­sion­née. Après une étude tech­nique pré­li­mi­naire, des vi­sites sur le ter­rain (À Jo­ze­rand ou à Saint-bon­net-de-ro­che­fort, com­munes dé­jà équi­pées), les élus optent pour les ro­seaux. « Nous au­rions pu re­joindre un gros syn­di­cat in­ter­com­mu­nal mais les rac­cor­de­ments étaient hors de prix. Et le coût de l’abon­ne­ment n’est pas le même ! Nous vou­lions donc une sta­tion au­to­nome et nous avons consi­dé­ré que les ro­seaux étaient la so­lu­tion la plus adap­tée à notre po­pu­la­tion, la plus éco­no­mique à l’en­tre­tien, la moins chère et la plus du­rable. En fonc­tion­ne­ment, cette sta­tion nous coûte deux fois moins que la pré­cé­dente qui était plus pe­tite ».

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